Une défense de la compensation carbone

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Biogaz familial au Mali : un projet GoodPlanet – ETC Terra

Il y a une grande hypocrisie autour de la compensation carbone. Mais elle n’est pas où on croit.

Certains y voient l’équivalent moderne et écologiste de ces Indulgences qui ont symbolisé, il y a plusieurs siècles, la corruption et la déviance de l’église catholique. Il s’agissait alors de verser de l’argent aux prêtres pour se faire pardonner des péchés – ce qui a été perçu à la fois comme la disculpation des plus riches et comme une forme de corruption de l’Église.

Aujourd’hui, la compensation carbone (dont la fondation GoodPlanet est l’un des acteurs) est présentée comme un moyen pratique de se donner une bonne conscience climatique : en versant quelques euros, destinés caricaturalement à planter des arbres, on se dédouane de ses responsabilités de pollueur ou d’émetteur de gaz à effet de serre. Pour les entreprises, la compensation est accusée de participer au greenwashing, ces opérations de communication trompeuses, qui verdissent l’image d’entreprises polluantes.

Mais le parallèle historique est pris à contre-sens, et le malentendu porte sur au moins trois points principaux.

Le premier est moral. Ceux qui critiquaient les indulgences voulaient rénover l’église catholique. Ils voulaient plus de foi ou plus de vertu. Et non pas moins. Toute une partie de ceux qui critiquent aujourd’hui la compensation carbone critiquent la compensation non pas pour mener une action écologiste plus forte, mais pour justifier leur propre inaction.

Il est ainsi courant de mépriser la compensation mais de continuer à prendre l’avion comme si de rien n’était, pour les vacances ou le travail, alors qu’un aller-retour vers les Maldives correspond à autant de CO2 que n’en émet un Français sur six mois ! Celles et ceux qui diminuent réellement leurs émissions peuvent, à juste titre, regretter l’impact insuffisant de la compensation. Mais les autres sont bien mal placés pour le faire.

Le second est écologique. Il porte sur le principe même de la compensation qui consiste à récolter des fonds pour mener des actions concrètes visant à diminuer les émissions de carbone, en quantités équivalentes aux émissions que l’on a provoquées et que l’on souhaite compenser.

Il s’agit, par exemple, de fournir des cuiseurs améliorés aux populations afin qu’elles déforestent moins pour cuire leur nourriture. Ou de construire des “bio-digesteurs” qui permettront de récupérer le méthane émis par la décomposition de matière organique. Tout cela diminuera concrètement les émissions ou les quantités de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Bien entendu, il existe des projets meilleurs que d’autres, et certains sont même mauvais. Mais pour quelques brebis galeuses, il est trop facile de condamner le troupeau.

Le principe en est solide : les gaz à effet de serre émis dans l’atmosphère se mélangent et exercent une action globale partout sur la planète. Le CO2 émis à New York, à Pékin ou à Madagascar, a partout le même effet, et chaque molécule additionne son action à celle des autres. Peu importe, donc, si le CO2 est émis ici ou là, Et donc, il est possible de compenser à Cotonou les émissions de Paris.

Il repose sur un mécanisme similaire à celui utilisé par la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique – celle qui encadre le protocole de Kyoto par exemple. Depuis des années, celle-ci est à l’origine de ce qu’on appelle le CDM ou mécanisme de développement propre, qui est très proche de la compensation, à l’échelle des entreprises.

Le troisième est social : les critiques contre la compensation négligent une dimension fondamentale de la question, l’impact social qu’ont effectivement les projets. Là encore il y a de bons et de mauvais exemples. Mais la plupart des projets actuels insistent sur ce point.

Prenons l’exemple du biogaz. Ces petites installations permettent aux familles – et en fait surtout aux femmes et aux enfants- de gagner plusieurs heures par jour qu’elles auraient dû consacrer à aller chercher du bois. En plus, le gaz est un combustible de meilleure qualité : il émet beaucoup moins de ces polluants qui empoisonnent les cuisines et -encore une fois – touchent tout particulièrement celles qui se consacrent aux tâches domestiques. Et cela, alors que selon l’organisation mondiale de la santé, la pollution de l’air intérieur, comme on l’appelle, et qui est principalement causé par de mauvaises combustions, tue 4 millions de personnes par an !

En conclusion, et pour revenir à la critique des Indulgences, lorsque Luther placarda ses fameuses 95 thèses sur la porte de l’église de Wittemberg, il visait à moraliser l’église. Mais il savait qu’on ne pouvait pas éradiquer le mal.

Aujourd’hui, on ne peut pas totalement supprimer nos émissions de CO2. La question est de comment les diminuer et de comment diminuer leur impact sur notre planète.

Il serait absurde de critiquer ceux qui font l’aumône parce que cela ne résout pas le problème de la pauvreté ou de jaser des efforts pourtant méritoires des associations humanitaires parce qu’ils n’ont toujours pas résolu la faim dans le monde…. Critiquer ceux qui font de la compensation carbone parce que cela ne résout pas le problème climatique revient au même.

Au final, on peut reprocher à la compensation de faire trop peu pour lutter contre le réchauffement climatique et trop peu pour aider les gens. Mais c’est seulement ceux qui font mieux ou plus – et ils sont trop rares – qui peuvent se permettre ces critiques. Les autres justifient leur inaction – et là est l’hypocrisie.

Olivier Blond

Pour en avoir plus sur les actions de compensation de la fondation GoodPlanet, visitez le site du programme Action Carbone Solidaire

Olivier Blond

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Olivier Blond

Olivier Blond a été directeur éditorial de la fondation GoodPlanet. Il a créé la page écologie de Courrier International et participé à la création de l’émission Vu du Ciel sur France2. Il préside l’association Respire.

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