Exploiter les gaz de houille en Lorraine

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gaz de houille

Canal des houillères et étang de Gondrexange, Moselle, France (48°42’ N – 6°55’ E).
À l’ouest de l’Alsace, le canal des houillères a été creusé au XIXe Siècle afin de relier le gisement houiller de Sarrebruck et les industries de Mulhouse, grandes consommatrices de charbon. Voie d’eau de 105 Km, équipée de 27 écluses, le canal traverse en Lorraine, les étangs-réservoirs de Gondrexange, de Mittersheim et du Stock. L’activité économique de ce canal de type Freycinet a longtemps été le transport de marchandises.
© Yann Arthus-Bertrand/Altitude

L’exploitation des gaz non-conventionnels fait débat en France. Julien Moulin est le président d’EGL (European Gas Limited) dont il a pris la tête en 2009. Cette entreprise explore les réserves françaises en gaz de houille en Lorraine. Il nous livre son point de vue sur ce sujet très controversé : les gaz de houille en France et leur potentiel au niveau local.

Gaz de houille, gaz de mine, gaz de schiste, le néophyte s’y perd un peu. Quelle est la différence ?

Ce n’est pas leur composition qui les différencie –  il s’agit dans les trois cas principalement de méthane – mais les techniques employées pour les extraire : ce sont des gaz non-conventionnels. Le gaz de houille est un gaz présent dans les veines de charbon. Le gaz de mine, quant à lui, c’est ce même gaz lorsqu’il se libère de la roche et se répand dans les mines ; il se mélange avec l’oxygène dans l’air des galeries. C’est lui qui peut créer des coups de grisou. Gaz de houille et gaz de mine peuvent être exploités sans fracturation hydraulique, à la différence du gaz de schiste qui se trouve dans d’autres types de gisements.

Ce gaz est-il exploité ?

Jusqu’à la liquidation des charbonnages de France en 2007, le gaz de mine a été exploité. Gazonor, qui faisait anciennement partie d’EGL, exploite ce gaz de mine dans le Nord-Pas-de-Calais. Il le revend à un tarif préférentiel au nom de l’intérêt général. Nous, à EGL, nous travaillons sur le gaz de houille, et sur une autre zone : la Lorraine.

Où en êtes vous ?

Nous disposons des anciennes données géologiques de Charbonnages de France sur les réserves de gaz présentes dans les veines de charbon. Nous effectuons des forages tests pour vérifier ces données et les faire certifier par l’IFP. A partir des puits existants, notre travail consistera alors à optimiser l’architecture des forages et des puits. Encore une fois, j’insiste, sans utiliser de fracturation hydraulique. Nous voulons limiter les forages et la place qu’ils prennent en surface, nous sommes dans des régions habitées. Nous espérons entrer en production vers 2015.

Vous faites du gaz de houille, pourquoi ?

Avec le gaz de houille, nous avons la possibilité de transformer ce qui auparavant était une source de malheur, le grisou, en une énergie porteuse de développement économique. Et ainsi d’aider des zones sinistrées. Le potentiel est là, les forages existent déjà et cela nous permet de limiter notre impact à la surface : pas besoin de creuser des centaines de puits, il suffit de réutiliser les infrastructures déjà existantes. L’idée est de faire un usage local de ce gaz afin de développer l’économie et non pas de faire partir ce gaz sur des marchés éloignés. Il faut réinventer un projet industriel. Et en plus, on est au milieu d’infrastructures (de canalisations) qui existent déjà.

Quels sont les volumes ?

Je vais vous donner les chiffre certifiés par l’IFP, c’est-à-dire ceux des volumes réellement commercialisables. En Lorraine, nous avons entre 5 et 10 ans de consommation française de gaz. Notre objectif est de parvenir à sortir 8 % de la consommation française à partir de 2017. C’est un peu plus qu’à Lacq [le grand gisement de gaz du sud-ouest français qui a été exploité pendant 60 ans et vient de fermer].

Quel peut-être l’impact économique de l’exploitation de ces réserves ?

Contrairement à ce qui a été dit par certains lobbyistes des gaz de schiste, notre exploitation du gaz de houille ne va pas changer les prix du gaz, en tout cas au niveau national. Nous devrions toutefois être capables de fournir localement du gaz un peu moins cher. D’abord pour faire du remplacement. Et ensuite, on peut envisager de faire de la pile à combustible en transformant le méthane en hydrogène ou encore de la cogénération. L’avantage du gaz de houille réside dans sa bonne qualité, il contient 96 % de méthane. En raison de sa propreté, il ne nécessite pas de traitements majeurs.

Rencontrez-vous des obstacles dans vos projets au niveau local  ?

Nous faisons face à de nombreuses incertitudes réglementaires et à un ballet des ministres de tutelle, à l’environnement, à l’économie, au redressement productif, etc. Ils sont en concurrence sur leurs prérogatives et ils changent souvent. A chaque fois, il faut tout réexpliquer et le cadre législatif fluctuant ne facilite pas les investissements.

Au niveau local, il existe une certaine opposition, mais je pense que c’est avant tout une question de perception, en raison de la confusion qui existe entre gaz de schiste et gaz de houille. Certains jouent sur les peurs de la population. Dans les réunions publiques, il est parfois difficile de discuter et une partie de la population n’a pas plus confiance ni dans les politiques, ni dans les industriels, ni dans les services de l’Etat ni dans les scientifiques.

Que faire pour surmonter ces oppositions ?

Il faut être respectueux des populations locales et des riverains. Essayer de les faire participer, de les faire bénéficier du projet. Nous avons fait appel  à des investisseurs locaux. Nous sommes aussi des producteurs d’eau, car le charbon est humide. Nous l’avons donnée aux agriculteurs, aux entreprises de construction ou encore à la centrale d’épuration. Plutôt que de la reverser dans la rivière comme les services de l’Etat nous y autorisaient. Enfin, je pense que le gouvernement devrait faire en sorte que les riverains bénéficient plus des forages, car s’ils n’ont que les désagrément comme une tour de 10 mètres qui gâcherait leur paysage et le passage des camions – qui sont peut être utilisés pour les gaz de schistes mais que nous n’utilisons pas -, ils ne seront jamais d’accord.

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