Rio+20 : réagir pacifiquement et démocratiquement aux crises à venir

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Hervé Le Treut dresse un bilan de 20 ans d’actions face au changement climatique.

Depuis le premier sommet de Rio, qu’est- ce qui a changé en matière de climat ?

En 1992, les résultats scientifiques indiquant un réchauffement climatique se fondaient sur des modèles physiques encore simples. Ces résultats sont confirmés par des études beaucoup plus nombreuses et précises, et le climat lui-même évolue désormais dans un sens qui est parfaitement compatible avec ces prévisions. Or, les perspectives se sont plutôt assombries : les 2 °C de réchauffement que la communauté internationale s’est engagée à ne pas dépasser pourraient arriver dès 2050.

Comment expliquez-vous que, malgré l’accumulation des évidences scientifiques, il existe toujours autant de personnes qui doutent du changement climatique ?

Il y a, bien sûr, des lobbies associés à des acteurs économiques ou politiques qui voient dans ce diagnostic scientifique un obstacle à leurs activités. Il y a aussi beaucoup de personnes à qui ces changements annoncés font peur, ou qui refusent qu’on les culpabilise, ou les deux : tous préfèrent ne pas y croire et écoutent les messages qui les soulagent.En tout cas, il faut éviter les mauvais débats tout en favorisant ceux qui sont nécessaires : nous avons des certitudes, mais aussi des incertitudes concernant l’évolution climatique, et nous sommes face à des choix difficiles. La Chine est désormais le premier pollueur mondial.

Quel impact pour la planète ?

La croissance rapide des pays émergents fait basculer le problème. Certes, un Chinois pollue toujours 2 fois moins qu’un Européen, et un Indien encore moins : comment leur refuser la croissance dont nous avons nous-mêmes profité sans beaucoup d’entraves ? Mais collectivement, ce sont eux qui conduisent une nouvelle vague de croissance des émissions de gaz à effet de serre, alors qu’il faudrait au contraire les diminuer. Face aux changements climatiques qui deviennent inévitables, il va devenir nécessaire d’envisager des stratégies d’adaptation.

Est-ce que vous avez des attentes particulières pour le sommet de Rio + 20 ?

Je crois que les 20 années qui se sont écoulées depuis Rio ont fait disparaître une certaine forme d’enthousiasme, d’innocence. Comment séparer le problème climatique des impératifs politiques et sociaux, des contraintes énergétiques, du souci de protéger la biodiversité, de nourrir la planète ? Est-ce que Rio + 20 aidera à faire émerger une forme de gouvernance adaptée à des enjeux aussi complexes et urgents ? Sans réponse forte à ces questions, les déconvenues pourraient s’accumuler.

Quel est l’enjeu des 20 prochaines années, pour RIO + 40

Au moment de Rio + 40, nous aurons très probablement déjà été confrontés à des situations de crise nouvelles. Dans le domaine du climat : vagues de chaleur, sécheresses, fonte des glaces… Mais aussi dans des domaines liés : renchérissement du coût de l’énergie. L’enjeu des décennies futures sera de réagir pacifiquement et démocratiquement à ces crises.

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