Rio+20 : le développement durable 20 ans plus tard…

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Ecologiste américain reconnu pour son travail sur la durabilité, Lester Brown, l’un des pionniers du développement durable, tire un bilan contrasté des 20 ans de développement durable.

Quoi de neuf depuis le Sommet de la Terre de Rio en 1992 ?

En 20 ans, nous n’avons pas résolu un seul des grands problèmes auxquels l’humanité est confrontée. Déforestation, érosion de la biodiversité, changement climatique, faim…

Et pourtant, il y a une meilleure prise de conscience. La multiplication des phénomènes climatiques extrêmes joue son rôle : en 2011, avec l’ouragan Irène, des parties de Manhattan ont même été évacuées pour la première fois. Cela a attiré l’attention de toutes les chaînes de télévision.

N’y a-t-il pas, quand même, des changements positifs ?

Depuis Rio, le rythme de croissance de la population a ralenti. Les énergies renouvelables ont connu une croissance considérable. Et, pour parler des États-Unis, les émissions de carbone ont diminué de 7 % entre 2007 et 2011. Le pays consomme moins de carburant. Les moteurs sont plus efficaces et la société change : les jeunes préfèrent désormais les smartphones aux grosses voitures…

Et dans les autres pays ?

La situation évolue très vite. Pendant des années, la Chine a produit des panneaux solaires et des éoliennes pour l’Occident. Maintenant, elle en installe chez elle. Elle est ainsi en train de construire 6 mégacomplexes éoliens de 20 GW – chacun pouvant alimenter un pays comme la Pologne : du jamais vu ! Mais bien sûr, elle continue de construire beaucoup de centrales à charbon. Reste un problème mondial : l’alimentation. La demande augmente, mais les sols s’appauvrissent, l’eau commence à manquer… La production de riz au Japon ou de blé en France ne croît presque plus, ou très lentement, et il n’existe pas de technologie dont on puisse imaginer qu’elle soit susceptible de changer la situation dans les années à venir : nous avons atteint un seuil.

Quelles perspectives imaginez-vous pour le sommet de Rio + 20 ?

Les choses les plus importantes ne se passent plus dans les grands sommets internationaux. Bien sûr, il y a eu l’ozone et le traité de Montréal. Mais remplacer les chlorofluorocarbures (CFC) était facile. Les problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui sont beaucoup plus complexes. La solution viendra d’initiatives fortes portées par tel pays ou telle entreprise – et que les autres suivront. C’est le cas, par exemple, de l’initiative Desertec (qui vise à construire un réseau de grandes centrales solaires en Afrique du Nord), pilotée par des entreprises allemandes. Ou de la campagne Beyond Coal, lancée par le Sierra Club aux États-Unis. Cette campagne aspire à fermer les centrales à charbon du pays. Elle vient d’annoncer la fermeture de la centième en février 2012 : une transformation extrêmement rapide et profonde.

N’est-il pas trop tard ?

Le temps est certainement le facteur le plus important et on ne peut pas attendre la prochaine génération pour résoudre nos problèmes. Il faut un profond changement dans la société et dans les esprits. Mais un tel changement est possible : il est déjà survenu lors de la mobilisation que nous avons connue pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais cela vous donne une idée de l’ampleur de la tâche.

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