Voir la forêt derrière les arbres

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Quel milieu terrestre concentre le plus grand nombre de formes de vie, rejette dans l’air que nous respirons d’incroyables quantités d’oxygène, joue un rôle essentiel dans le cycle de l’eau et dans celui du carbone, enrichit et protège les sols, pèse sur l’évolution du climat, assure directement la subsistance de centaines de millions de personnes, est la source d’une grande part de nos médicaments ?

La réponse ne nous semble pas évidente car rares sont ceux capables de voir la forêt derrière les arbres. Nombre d’entre nous n’envisagent la forêt que comme une source de matériaux et d’énergie, de nourriture et de surfaces à défricher et à cultiver. Leur disparition ne nous émeut guère. Nous devons pourtant ouvrir les yeux sur ce monde forestier, considérer le tout et non les parties. Il en va de notre survie individuelle et collective. Nous devons faire l’expérience de la forêt et l’aimer.

Ma maison est à l’orée d’une grande forêt. Chaque matin, je m’y promène. En petites foulées ou au pas du promeneur. C’est un monde de sensations qui s’offre à chacun de mes sens, où tout ce qui rappelle l’humain sembler s’effacer. Je sais pourtant que les forêts autour de Paris sont profondément marquées par la main de l’homme mais leur tranquillité et leur beauté, leur fraîcheur et leur fécondité expriment pour moi autre chose. Cet autre chose participe à mon équilibre physique et à ma santé mentale. Je crois que je ne suis pas le seul dans ce cas.

Nous venons de la forêt. C’est au milieu des arbres que l’évolution nous a doté d’une vision binoculaire et de mains aux pouces opposables. Peut-être est-ce pour cette raison que je ressens le besoin d’y retourner de temps en temps. Pour me rappeler mon humanité.Partout la forêt est surexploitée. La moitié des forêts du monde ont disparu, remplacées par des villes et des villages, des cultures et des pâturages ou des friches. Il ne reste qu’un dixième des forêts primaires, les plus précieuse car épargnées par la main de l’homme. On a longtemps déboisé dans les pays développés et on déboise aujourd’hui à toutes les latitudes où poussent des forêts. L’Europe est le continent qui en proportion a perdu le plus de forêts –les forêts anciennes y sont même l’exception. Désormais l’Afrique et l’Amérique du Sud sont les continents qui connaissent le rythme le plus rapide de déforestation.

La destruction de forêts se poursuivra tant que nous n’aurons pas compris que des arbres vivants ont plus de valeur que des arbres abattus, que les animaux sont indispensables à l’équilibre des forêts, que l’échelle de temps des forêts est faite de siècles et de millénaires et non d’années ou de dizaines d’années. Le devenir de la Terre et de l’humanité dépend des forêts. Et la préservation des forêts dépend de nous.

Voir la forêt derrière les arbres

par Yann Arthus-Bertrand

Extrait du livre « Des forêts et des hommes » rédigé par la rédaction de GoodPlanet à l’occasion de l’année internationale des forêts et disponible aux éditions de la Martinière.

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