« Je suis l’avocat des animaux »

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En Suisse, les animaux victimes de mauvais traitements ont la possibilité d’être défendus par un avocat. Pourtant, seul le canton de Zurich le propose concrètement. C’est Antoine Goetschel qui occupe cette charge et qui est aujourd’hui le seul avocat des animaux du monde. Il revient pour GoodPlanet Info sur son rôle et sur la nécessité pour les animaux de bénéficier d’une protection juridique.

Antoine F. Goetschel, comment êtes-vous devenu avocat des animaux ?

J’ai commencé à m’intéresser aux droits des animaux à partir de l’âge de 23 ans, lorsqu’un accident m’a empêché de parler pendant dix jours. C’est à ce moment que j’ai pris conscience de la détresse dans laquelle se trouvent les animaux en ne pouvant pas s’exprimer. J’ai ensuite écrit ma thèse sur les droits fondamentaux et la protection des animaux avant de fonder la Fondation pour l’animal dans le droit. Et depuis 2007, c’est moi qui occupe le poste d’avocat des animaux dans le Canton de Zurich.

De quels droits bénéficient les animaux en Suisse ?

Il ne s’agit pas vraiment de droits en tant que tel. La nouvelle loi sur la protection des animaux, entrée en vigueur en 2008, a pour but de protéger la dignité et le bien-être des animaux. Elle prévoit donc, espèce par espèce, de très nombreuses dispositions visant soit à interdire certaines pratiques sur les animaux, soit à leur garantir un certain confort de vie. Il est par exemple interdit de couper la queue ou les oreilles des chiens, de pêcher un poisson si c’est pour le remettre à l’eau ensuite ou d’utiliser un poisson vivant comme appât. De même, les propriétaires d’animaux de compagnie tels que les hamsters, les poissons rouges ou les oiseaux ont l’obligation de posséder au moins deux individus pour qu’ils ne souffrent pas de la solitude.

Au mois de mars dernier, les Suisses ont rejeté à 70 % la proposition de la Protection Suisse des animaux (PSA) d’étendre à tous les Cantons du pays l’existence d’un service d’avocat pour les animaux. Comment analysez-vous ce résultat ?

D’après les analyses, la grande majorité des Suisses considère que la nouvelle loi de 2008 est suffisante pour assurer la protection des animaux. Et d’après mon opinion personnelle, une bonne partie des propriétaires d’animaux craignaient que la mise en place d’un service d’avocat des animaux dans tout le pays ne se retourne contre eux.

Ne pensez-vous pas que votre fonction ait pu être perçue comme un luxe ?

C’est possible oui, surtout en ces temps de crise. Malgré tout, je suis persuadé qu’elle est nécessaire pour que la loi soit correctement appliquée. L’exemple du canton de Zurich est à ce titre particulièrement parlant. Aujourd’hui, dans beaucoup de cantons, une fois qu’une association ou que le vétérinaire cantonal a porté plainte, il n’y a personne pour défendre l’animal devant le juge. Dans certains cantons, il n’y a donc pratiquement aucune condamnation pour mauvais traitement. L’avocat des animaux permet de combler cette lacune et aide aussi parfois les juges qui n’ont pas toujours une grande connaissance de la Loi sur la protection des animaux à mieux la manipuler. Ce n’est donc pas un hasard si en 2008, j’ai traité 224 affaires, soit environ un tiers de toutes les affaires du pays, et que le canton de Zurich est celui dans lequel la Loi est la mieux appliquée.

Justement, quel est votre rôle en tant qu’avocat des animaux ?

Je représente les intérêts des animaux maltraités dans toutes les procédures pénales relatives aux violations de la Loi sur la protection des animaux. En revanche, ce n’est pas moi qui introduis les recours. Lorsqu’un animal est victime d’un mauvais traitement, c’est le plus souvent l’Office vétérinaire cantonal, mais aussi parfois une association ou même un particulier qui déposent une plainte et j’interviens ensuite pour donner une voix à l’animal et pour que la Loi sur la protection des animaux soit correctement appliquée. Il y a quelques semaines, je suis intervenu dans une affaire où le propriétaire de chats était parti en vacances et avait enfermé ses trois chats dans une minuscule cuisine. Deux d’entre eux sont morts et le troisième avait commencé à les manger. Plus récemment, nous avons poursuivi un pêcheur pour avoir causé d’excessives souffrances à un brochet avec qui il avait dû batailler dix minutes avant d’en venir à bout. Certains ont trouvé que nous étions allé un peu loin, mais si à la place du brochet, il y avait eu un chien ou une vache, les réactions auraient été très différentes. Le problème est que nous ne nous préoccupons principalement que des animaux que nous trouvons mignons. Moi je les défends tous.

Vous êtes donc aujourd’hui le seul avocat pour les animaux de Suisse mais aussi du monde. Pensez-vous que le modèle zurichois puisse s’exporter dans d’autres pays ?

Bien sûr ! Soit directement en créant vraiment une fonction comme la mienne, soit en donnant à l’office vétérinaire ou à une association spécialement agréée la possibilité de saisir les tribunaux et de défendre les droits des animaux. Mais il faut avant tout donner un meilleur statut juridique à l’animal et cela passera d’abord par une prise de conscience collective.

Pour en savoir plus :

– « The Attorney for Animals », le dernier livre d’Antoine F. Goetschel, devrait sortir en 2011 pour informer et sensibiliser le public sur la place de l’animal dans le droit.

– Le site d’Antoine F. Goetschel : www.afgoetschel.com/en/

– Le site de la Fondation pour l’animal en droit : www.tierimrecht.org/en/artikel/

Propos recueillis par Benjamin Grimont

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