Interview : Etats-Unis, la bannière étoilée se pare de vert

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La position des États-Unis à l’égard du changement climatique a changé du tout au tout. Le conseiller scientifique du président Barack Obama explique à Graham Lawton comment l’Amérique va mettre de l’ordre chez elle, assurer la conclusion d’un accord lors du décisif sommet de Copenhague et se positionner en leader mondial du combat contre le changement climatique et ses dangers.

Comment allez-vous convaincre les Américains que le changement climatique est un problème à part entière et obtenir le soutien nécessaire pour mettre en place les politiques adéquates ?

Les sondages montrent que 70 à 75 % des Américains considèrent désormais que le changement climatique est quelque chose de bien réel, que l’homme en est le principal responsable et qu’il faut faire quelque chose. Mais il n’est pas pour autant en tête de leurs préoccupations ; ils ont tendance à se préoccuper avant tout de l’économie. C’est donc reconnu comme étant un problème, mais un problème pas encore aussi important qu’il le faudrait. Le président Obama a bien insisté là-dessus : les mêmes stratégies peuvent contribuer à la fois à réduire les risques de changement climatique, à diminuer notre dépendance vis-à-vis des importations de pétrole et à nous sortir de la crise grâce à la création d’entreprises et d’emplois dans le secteur de l’énergie verte. Sa position consiste à dire qu’on peut avancer sur plusieurs tableaux en même temps en réalisant les bons investissements et en prenant les mesures adéquates, dont celles qui figurent dans le projet de loi énergie-climat qui a récemment été adopté par la Chambre des représentants.

Quel est le but de ce projet de loi ? Contient-il des objectifs contraignants de réduction des émissions de gaz à effet de serre ?

Tout à fait. Le but est que les émissions en 2020 soient inférieures de 17 % à celles de 2005. Soit un peu en dessous de ce qu’elles étaient en 1990.

Le projet de loi est à présent examiné par le Sénat. Est-ce qu’il pourrait être rejeté ou édulcoré ?

Je pense qu’à sa sortie du Sénat, certains points auront même été améliorés. Et chacun peut comprendre que ce genre de législation comporte des points forts et des points faibles. Il y a bien évidemment certaines choses que, si j’étais décisionnaire, j’aurais rédigées différemment.

Les objectifs de réduction des émissions s’appuient-ils sur des calculs scientifiques concernant les limites acceptables à ne pas dépasser ?

Je répondrais qu’il n’y a pas de limites acceptables. Selon moi, nous subissons déjà les effets dangereux [du changement climatique], pour peu que l’on donne une définition convenable du mot « dangereux ». La vraie question est la suivante : serons-nous assez responsables et efficaces pour éviter que des interférences catastrophiques ne se produisent avec le système climatique ? L’objectif du président Obama est de mettre les États-Unis sur une voie qui soit compatible avec un niveau d’émissions mondiales tel qu’on puisse éviter des changements irréversibles. Ce qui veut dire s’efforcer de ne pas dépasser un réchauffement mondial moyen de 2°C.

Qu’est-ce que cela signifie en termes de concentration de CO2 dans l’atmosphère ? Le chiffre de 450 ppm est-il suffisamment bas ?

D’un point de vue scientifique, 350 ppm serait mieux que 450 ppm. La raison pour laquelle le chiffre de 450 l’a emporté, c’est que c’est proche de ce que l’on peut faire de mieux et que c’est sans doute en même temps ce que l’on peut tolérer de pire. Selon moi, le plus important à l’heure actuelle aux États-Unis est d’adopter une législation comportant un système d’échange de permis d’émission qui, bien sûr, sera adapté avec le temps. Ces adaptations sont susceptibles d’aboutir à l’établissement d’objectifs plus ambitieux. Cela tient au fait que deux choses vont se produire : d’une part, les dégâts liés au changement climatique vont continuer à se multiplier et d’autre part, une fois que les émissions de gaz à effet de serre se seront vu attribuer un véritable prix, des projets innovants verront le jour en contrepartie. Il deviendra alors clair pour tout un chacun que la réduction des émissions est plus facile et moins coûteuse qu’on ne le craignait.

Que doit-il se passer au niveau international à l’approche de la Conférence des Nations unies sur le Changement climatique, qui aura lieu en décembre ?

Il faut que les pays industrialisés commencent par se ressaisir s’ils veulent pouvoir attendre des pays en développement qu’ils s’impliquent. C’est nous, historiquement, qui sommes responsables d’une grande partie du problème, même si les données sont en train de changer. Il y a donc deux évidences : les pays industrialisés ont une obligation de leadership et les pays en développement vont devoir suivre rapidement. Sinon, il nous en cuira. Je pense que si les États-Unis parviennent à se rendre à Copenhague avec une politique bien définie en place, il y a de fortes chances qu’on obtienne un accord dans lequel les principaux pays en développement prendront des engagements qui les mettront sur la voie d’une diminution des émissions. Ils sont toujours dans l’attente de preuves tangibles que les États-Unis vont bel et bien agir, mais je pense que si nous agissons effectivement, nous accomplirons à Copenhague des avancées qui ne manqueront pas de surprendre.

Et si vous échouez ?

Si nous ne parvenons pas à faire adopter le projet de loi, ce sera une tout autre affaire à Copenhague.

La législation américaine constitue donc la clé du succès à Copenhague. Sera-t-elle vraiment en place ?

Si j’étais du genre à parier, je dirais que ça sera le cas, mais il faut reconnaître que ce n’est pas gagné. Le président sait à quel point c’est important et jusqu’à présent, il a été assez habile lorsqu’il a fallu convaincre le Congrès de voter en faveur des choses qui lui semblaient importantes. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de sénateurs qui voteront contre ; il y en aura.

De combien de voix avez-vous besoin ?

Nous n’avons besoin que de 60 voix et nous avons 60 démocrates. Mon sentiment est que si le vote avait lieu aujourd’hui, il nous manquerait probablement entre 12 et 15 voix. Mais je pense que nous allons les obtenir. Une chose qu’il faut bien comprendre, c’est que parmi les gens qui votent contre, il y en a qui le font parce qu’ils pensent que la loi est trop contraignante, d’autres parce qu’ils pensent qu’elle ne l’est pas assez. Il va donc y avoir un intéressant travail d’équilibriste à réaliser pour obtenir les votes nécessaires.

Comment les opposants traditionnels à la législation sur le changement climatique voient-ils ce qui se passe actuellement ?

Il y a eu un changement colossal. En 1997, le secteur privé était majoritairement sceptique ; aujourd’hui, il est très largement pour. Il y a des compagnies pétrolières et des fournisseurs d’électricité qui y sont favorables. Plusieurs grands syndicats aussi. Certains croyants affirment qu’il faut protéger le climat au nom de ce que Dieu a créé. Il y a donc une certaine convergence de vues.

Vos projets concernant le climat nécessitent-ils que les Américains modifient leur mode de vie ?

Rien dans ces mesures ne nécessite de véritable sacrifice. Elles consistent essentiellement à rendre l’énergie plus propre et plus performante. Il y a énormément de possibilités à portée de main, c’est-à-dire de moyens de faire considérablement baisser les émissions sans qu’il y ait à faire de sacrifices. Mais il est vrai que certains changements dans nos modes de vie seraient à mes yeux judicieux. Si davantage de gens avaient la possibilité d’habiter plus près de leur lieu de travail, on considérerait cela comme un changement de mode de vie et tout le monde y trouverait son compte. Je suis sûr que la plupart des gens préféreraient ne pas passer deux heures par jour dans les bouchons. Ça, ce serait un changement de mode de vie et chacun dirait : « Je suis partant, merci. »

New Scientist

Graham Lawton

New Scientist, n°2719

3 août 2009

© New Scientist, Reed Business Information

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