Pourquoi la pêche à la baleine pratiquée par les Japonais ne relève pas de la recherche

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La Commission Baleinière Internationale (CBI)s’est réunie au Portugal en juin 2009. Parmi ses membres, le Japon est le seul à disposer d’un permis de pêche pour des motifs scientifiques qui dissimulent de facto une activité commerciale. Nichola Raihani de l’Institut de Zoologie de Londres.et Tim Clutton-Brock qui est titulaire d’une chaire d’écologie et de biologie évolutionniste à l’université de Cambridge rappellent l’hypocrisie de l’argument nippon de chasse pour la recherche puisque cette dernière ne nécessite pas de tuer les cétacés.

En 1986, la Commission baleinière internationale (CBI) a imposé un moratoire sur la chasse commerciale à la baleine afin de permettre aux stocks de se reconstituer. Cette interdiction, toujours en vigueur, autorise néanmoins les États membres à s’auto-accorder des permis spéciaux pour tuer les baleines à des fins scientifiques, à la condition que la chair soit exploitée une fois les prélèvements de données effectués.

Le Japon est le seul pays à détenir un permis spécial. Son programme de recherche actuel, qui a démarré en 2000 sous la gestion de l‘Institute of Cetacean Research (ICR), prévoit de tuer plus de 1000 baleines par an dans l’Antarctique et le Pacifique nord-ouest. Les objectifs déclarés sont de déterminer la structure des populations et les habitudes alimentaires de plusieurs espèces parmi lesquelles le rorqual commun et le rorqual boréal, toutes deux considérées comme espèces en danger, afin de « gérer » les stocks.

Le Japon a déjà été largement critiqué pour sa pêche à la baleine qui est le plus souvent perçue comme une opération de chasse à peine déguisée. Mais à l’approche de la réunion annuelle de la CBI, cela vaut la peine de répéter les arguments qui s’opposent à la chasse scientifique.

Bien que les premiers résultats obtenus par le Japon aient fourni des informations utiles, les récents progrès accomplis en matière de techniques non létales, comme les biopsies, montrent qu’on peut désormais recueillir des données sans tuer les baleines. De la même façon, il n’est plus nécessaire de les tuer pour étudier ce qu’elles mangent puisqu’on peut arriver à le déterminer via l’ADN en prélevant des échantillons de fèces.

L’impact scientifique de cette recherche est limité. Il y a relativement peu de résultats qui sont publiés dans les revues internationales qui font l’objet de contrôles par des spécialistes comparativement aux programmes de recherche portant sur d’autres mammifères marins comme les dauphins. Selon l’ICR, la chasse scientifique a donné lieu à 152 publications dans des revues spécialisées depuis 1994. Cependant, seuls 58 de ces articles sont parus dans des revues internationales. Le reste était constitué de rapports de la CBI ou d’articles publiés dans des journaux japonais et le plus souvent non traduits. La plupart des avancées ne sont pas communiquées à une plus large communauté scientifique et le fait que les articles ne soient pas soumis à une relecture impartiale rend douteuse la valeur de la plupart d’entre eux.

Autre mise en question : l’utilité des résultats issus de la chasse scientifique pour la gestion des stocks. Le comité scientifique de la CBI a ainsi explicitement déclaré que les résultats provenant du Japanese Whale Research Program in the Antarctic (JARPA) étaient « non requis pour la gestion ». Des travaux indépendants montrent d’autre part que les données collectées pourraient surestimer la population de baleines, laquelle surestimation pourrait aller jusqu’à 80 % (Marine Ecology Progress Series, vol. 242, p. 295).

Enfin, du fait que les populations de baleines développent toutes des facultés extrêmement diverses pour se remettre de la diminution de leur stock (Marine Mammal Science, vol. 24, p. 183), l’importance de ces recherches dans la compréhension des populations hors Antarctique et Pacifique nord-ouest – deux zones qui pourraient un jour être réouvertes à la chasse commerciale – reste limitée. Ce qui sape fondamentalement toute justification de la chasse scientifique.

Why Japan’s whaling activities are not research

17 juin 2009 par Nichola Raihani et Tim Clutton-Brock

Magazine N° 2713

© New Scientist, Reed Business Information

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