Nous devons cesser de manger les Océans

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Les océans sont comme la poule aux oeufs d’or. Tant qu’elle était vivante, elle pondait un oeuf d’or par jour, mais un jour le fermier cupide la tua pour trouver l’or qu’elle avait à l’intérieur et ne trouva rien, et la poule ne pondit plus d’oeuf d’or car elle était morte.

Pendant des siècles, les océans ont nourri l’être humain. Mais ce dernier siècle, la cupidité humaine a violé et pillé les écosystèmes océaniques sans scrupule, avec une ignorance écologique qui est complètement hallucinante.

Je ne mange pas de poisson car je suis un écologiste et j’ai vu la raréfaction du poisson dans la mer toute ma vie. J’ai grandi dans un village de pêcheurs, avec un régime alimentaire à base de cabillauds, sardines, maquereaux, éperlan, palourdes, homards, limandes, et truites. J’ai vu, de mes yeux vu, le déclin continu des poissons, des homards et des crustacés. Et j’ai choisi de ne plus manger aujourd’hui ce que je mangeais étant enfant, pour la simple raison que nous sommes trop nombreux sur la Terre à manger les ressources trop peu nombreuses de la mer.

Etre pêcheur est devenu aujourd’hui l’une des occupations les plus écologiquement destructrices de la planète. Il est temps de mettre de côté l’image vieillotte du vaillant pêcheur dur à cuire, travaillant courageusement pour nourrir la société et soutenir sa famille.

Le pêcheur moyen ne part plus en mer avec un petit bateau de pêche pour jeter sa ligne ou ses filets. Aujourd’hui les pêcheurs industriels se trouvent sur des navires à plusieurs millions de dollars, équipés de machines technologiquement complexes destinées à chasser et trouver tous les poissons qu’il est possible de pêcher.

Un fabricant d’appareils à localiser les poissons (Raytheon) se vante même selon ces termes: « le poisson peut s’enfuir, mais il ne peut pas se cacher« . Et pour les poissons, il n’y a pas de refuge puisque les braconniers les pêchent même dans les réserves marines et les sanctuaires.

Les humains ont lancé une exploitation intensive de pratiquement toutes les espèces de poissons, et elles sont en train de disparaître. Si nous ne mettons pas un terme définitif à la pêche industrielle très vite, nous tuerons les océans, et en faisant cela, nous nous tuerons nous-mêmes.

Cette semaine, les scientifiques ont révélé qu’une sévère famine globale affectait les poissons, les oiseaux, et les populations animales de nos océans. Non seulement nous affectons les populations, mais nous affamons les survivants.

Nous donnons du poisson aux chats, aux porcs et aux poulets, et nous aspirons des dizaines de milliers de petits poissons de la mer pour nourrir des poissons plus gros dans des fermes d’élevage. Les chats domestiques mangent plus de poissons que les phoques, les porcs mangent plus de poissons que les requins, et les poulets industriels mangent plus de poissons que les macareux et les albatros.

Avec d’autres facteurs, comme l’acidification, le réchauffement climatique, la pollution chimique, et la diminution de la couche d’ozone qui provoquent un déclin du plancton, nous sommes en train d’attaquer globalement la Vie dans nos océans. Les poissons sont incapables de supporter notre demande excessive. Nous avons déjà retiré 90 % des gros poissons de nos mers. La demande chinoise pour les ailerons de requins est en train de détruire pratiquement toutes les espèces de requins des océans.

Il y a quelques temps, l’industrie avait pour cible les gros poissons, aujourd’hui, ils se concentrent sur des poissons plus petits, les poissons qui ont toujours nourri les gros. Aujourd’hui, parmi les 10 plus grandes pêcheries du monde, 7 visent les petits poissons. Si le poisson est trop petit pour nourrir des gens, il est simplement transformé en purée pour nourrir les animaux domestiques et les saumons ou thons d’élevage.

L’aquaculture est devenue la cause de l’utilisation la plus irraisonnée du poisson et est le moteur économique de l’exploitation intensive du petit poisson.

Et maintenant les pêcheries nipponnes et norvégiennes extraient des dizaines de milliers de tonnes de plancton de la mer pour les convertir en nourriture pour animaux riche en protéines.

Cette semaine, un rapport sur l’état des pêcheries du monde et de l’aquaculture a été publié par la FAO (Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture des Nations unies), il conclut que 80% de tous les stocks de poissons marins sont aujourd’hui complètement exploités, surexploités, effondrés, ou en train de se remettre de l’effondrement, y compris les stocks des 7 espèces les plus pêchées. Peu d’espèces marines ont aujourd’hui le potentiel de résister à une augmentation de la production, et aujourd’hui beaucoup ont plus que jamais atteint leurs limites.

Sea Shepherd Conservation Society ne prend pas la position des animalistes lorsque nous disons que les gens doivent arrêter de manger du poisson et doivent s’arrêter de manger de la viande qui a été nourrie par le poisson. Notre position est seulement basée sur la réalité écologique que la pêche commerciale détruit nos océans.

Nous permettons tous ceci. Nous sommes tous conscients de cette diminution. Nous le sentons dans nos tripes. La réalité écologique n’est pas en train de nous regarder dans les yeux, elle nous met un coup de pied dans les dents. Le problème est que nous sommes en train de nier l’évidence, et de nier qu’en dépouillant les océans de leur vie, nous mettons en danger notre propre survie sur la Terre.

Cette négation est tellement ancrée que même Greenpeace sert du poisson à ses équipages à bord de ses bateaux lancés sur des campagnes contre la surpêche.

La tribu des Kaiyapo au Brésil, appelle ceux qui détruisent la forêt les « gens-termites » parce qu’ils avalent les arbres. Dans les océans, nous avons des parasites humains qui sucent la vie des océans et ne restituent rien. Nous autres, êtres humains, sommes devenus les suceurs parasites de sang des océans, et quand nous tuerons nos hôtes comme nous le ferons sûrement vu la façon dont nous agissons aujourd’hui, nous mourrons nous-mêmes.

Pendant longtemps, je me suis demandé pourquoi je m’escrimais à alerter la société sur des problèmes que cette même société refuse de reconnaître tout en éludant toute discussion sur la sur-exploitation, en la qualifiant d’extrémisme radical. Pendant des décennies, j’ai supporté cet extrémisme et cette ignorance écologique apathique.

La semaine dernière à Paris, j’ai parlé de tout cela au salon « Planète durable« , à une salle pleine de journalistes, et lorsque j’ai appelé à la fin de toute pêche commerciale dans la Méditerranée, j’ai été plaisamment surpris de voir qu’il n’y avait pas un seul journaliste qui ne soit pas d’accord ou qui s’interrogeait sur une demande si radicale. En fait, mon annonce fut applaudie.

Le public prend conscience de la gravité de la situation écologique qui menace la vie dans les océans. Et c’est très encourageant. Je ne peux penser à rien de plus important que la préservation de la biodiversité des océans. Peut-être pouvons-nous nous adapter au réchauffement climatique, et peut-être pourrons-nous survivre à une extinction massive des espèces terrestres. Mais je sais qu’une chose est une certitude écologique: si nous tuons les océans, nous nous tuerons nous-mêmes.

Dans la diversité réside la préservation de la vie.

Nous devons cesser de manger les océans. Manger du poisson est tout bonnement un crime écologique. Il n’y a pas de pêcherie océanique durable, pas une seule. Cette carte de la durabilité que des personnes jouent à droite et à gauche, pour dire qu’ils sont écologiquement corrects, est tout simplement une arnaque, pour nous faire nous sentir bien pendant que nous continuons à manger les mers.

Aujourd’hui je sais que certains ne vont pas aimer ce que je dis, mais je n’ai jamais écrit ou parlé pour gagner des concours de popularité. Je n’essaie pas d’être tout pour tout le monde. J’ai pour but d’être écologiquement correct dans ma façon de penser et dans ma façon d’être. Cela, ajouté à mes observations du déclin de la vie dans les océans, depuis que j’étais un petit garçon assis en tête du quai de Passamaquoddy Bay, jusqu’à aujourd’hui alors que je voyage à travers les océans du monde pour essayer de protéger la vie dans la mer, je vois ce qui se dessine en lettres capitales. Les lettres sont impressionnantes… dangereusement.

Certains vont penser qu’un appel à la fin définitive de toute pêche commerciale est radical. Je vois cela comme une politique conservatrice essentielle que nous devons mettre en oeuvre pour sauver les océans et nous-mêmes.

Suis-je inquiet pour les pêcheurs et leurs familles? Je ne suis pas sans sympathie pour leur situation, mais je m’inquiète d’avantage de la survie future de l’humanité et des océans. Nous avons besoin de mettre fin à une industrie et une occupation qui met littéralement en dangers les systèmes de maintien de la vie de cette planète. Cela demande des sacrifices, mais sacrifier un travail est préférable à sacrifier l’avenir de tous.

Nous devons nous soucier des besoins des poissons et nous devons leur laisser l’espace et le temps de reconstituer les populations après le terrible massacre que nous avons infligé à toutes les espèces vivant dans la mer.

Je suis las d’entendre les excuses des pêcheurs selon lesquelles les phoques et les dauphins sont la cause de la diminution des poissons. Ils nous prennent pour des imbéciles s’ils croient que nous allons mordre à cet hameçon non scientifique. Il n’y a plus de poissons parce qu’eux, les pêcheurs, les ont pris, et les ont pris sans pitié. Et aujourd’hui, comme les banquiers de Wall Street, ils viennent mendier pour des subventions et ils les obtiennent parce que les politiciens souffrent pour la plupart d' »homopêchephobie« , la peur politique des pêcheurs qui, s’ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent, font des émeutes et des menaces.

Il faut les traiter comme les brutes destructrices des océans qu’ils sont. L’industrie de la pêche doit s’éteindre avant de causer une cascade d’extinctions irréversibles et de perte de biodiversité dans nos océans.

Si un effondrement écologique se produit du fait de l’extinction d’une espèce-pivot, nous ne nous soucierons guère du travail. Nous nous inquièterons de savoir si notre prochain va nous chasser et nous manger. Si cela se produit, les mots lancés par Jésus-Christ aux pêcheurs deviendront perversement vrais en effet: « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes » (Marc 1-17).

Commentaire du Capitaine Paul Watson

We Need to Stop Eating the Oceans

© Sea Shepherd Conservation Society

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