Une « bonne planète » a besoin de nouveaux indicateurs de richesse

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Alors que les dirigeants du G20 discutent des solutions pour sortir de la crise, l’heure est venue de réfléchir à une autre manière de regarder l’économie et la société. Et donc de se doter d’autres indicateurs que le PIB, qui ne donne qu’une vision tronquée de l’évolution de notre planète.

Bien des mesures et des décisions doivent être prises pour aller vers le développement durable. Parmi elles, le fait de se doter de nouveaux indicateurs de progrès est important,

parce que les représentations informent et guident l’action. Des objectifs de soutenabilité sociale et écologique doivent être accompagnés d’indicateurs adéquats, démocratiquement mis au point.

Ils ont, entre autres usages, une fonction de dénonciation des « mauvaises » politiques : le BIP 40 et l’empreinte écologique, pour ne citer qu’eux, « indiquent » sans ambiguïté que, depuis des décennies, la France suit une direction non soutenable, socialement inégalitaire, écologiquement suicidaire. Et, lorsqu’on se demande si, dans les pays dits développés, un niveau plus élevé de PIB par habitant s’accompagne d’un niveau supérieur de bien-être ou de cohésion sociale, ou d’une moindre pression écologique, les indicateurs sont bien utiles pour répondre : non.

Des indicateurs de soutenabilité écologique

L’objectif de respect des équilibres écologiques a peu de chance de pouvoir être résumé par un seul indicateur. Ce dernier devrait en effet tenir compte d’impératifs aussi divers que la réduction des émissions de gaz à effet de serre, la protection de la biodiversité pour d’innombrables espèces, la pollution de l’air, les déchets, la prolifération des pollutions chimiques un peu partout, la question de l’eau et celle des terres arables, etc. Sans compter la disparition certaine de ressources fossiles exploitées sans précaution.

Toutefois, pour le débat public, pour la prise de conscience des enjeux, des indicateurs qui « agrègent » plusieurs dimensions existent et commencent à être diffusés. Ils ne prétendent pas faire le tour de la question, mais ils remplissent une fonction d’alerte. Parmi eux, deux sont particulièrement accessibles sans aucune notion d’économie, ce qui est un atout. Il s’agit, d’une part, des émissions de CO2, et, d’autre part, de l’empreinte écologique (qui intègre, à sa façon, les émissions de CO2).

Il est clair que l’un des risques écologiques et humains majeurs est celui du réchauffement climatique. D’où l’intérêt des calculs d’émissions d’origine humaine des gaz à effet de serre (dont le CO2 est le plus important) qui sont à l’origine du phénomène. On les mesure en tonnes par an, soit pour un pays ou un territoire, soit par habitant, ou encore par secteurs d’activité. Mais des « bilans carbone » peuvent aussi être effectués pour des entreprises ou administrations, pour des types de biens (de la production à la consommation en passant par le transport), etc. Ces bilans vont, c’est certain, se généraliser, puis devenir obligatoires ce qui permettra au moins une meilleure information du public, et peut-être de nouvelles régulations. Par exemple, les données disponibles indiquent que, pour ne pas aggraver l’effet de serre, il faudrait émettre moins de 1,7 tonne de CO2 par personne dans le monde (ou, pour les spécialistes, 460 kg d’équivalent carbone). La moyenne mondiale est environ deux fois supérieure, ce qui est « insoutenable ». Les Français émettent quatre fois plus que ce seuil acceptable, les Américains dix fois plus, mais les Nigérians quatre fois moins : ce sont des indicateurs qui « parlent ».

L’empreinte écologique, quant à elle, est un indicateur astucieux de pression écologique où l’on convertit en hectares toute une série d’usages de ressources naturelles pour les besoins de consommation et de rejets d’une population donnée (voir la rubrique correspondante). On peut ainsi estimer « combien de planètes » seraient nécessaires si tous les habitants du monde avaient notre mode de vie, avec les technologies actuelles. La réponse est : environ trois ! L’empreinte écologique moyenne d’un Français est de 5,4 hectares. Or, il ne faudrait pas dépasser 1,8 hectare dans un monde où chaque habitant aurait un droit égal d’usage des ressources naturelles.

Il existe bien d’autres indicateurs synthétiques environnementaux ou à forte composante écologique. Tous vont dans le même sens, bien qu’avec des nuances selon leurs méthodes de construction.

La notion de soutenabilité, trop souvent utilisée exclusivement pour parler de l’environnement et des générations futures, contient une exigence d’égalité ou d’équité au présent. Pour tirer la sonnette d’alarme ou pour suivre l’évolution des inégalités, de la pauvreté et de l’exclusion, des indicateurs sont, ici aussi, indispensables, même s’il existe d’autres formes de dénonciation ou de suivi des évolutions. On peut certes recourir à des batteries de critères, à des tableaux de bord des inégalités dans de nombreux domaines, et c’est même indispensable. Mais on a aussi besoin de « vues d’ensemble », ce qui passe par des indicateurs synthétiques. En France, le meilleur exemple est le BIP 40 – un baromètre des inégalités et de la pauvreté.

C’est un indicateur composé de six grandes dimensions : santé, logement, éducation, justice, travail et emploi, et revenus. On y trouve en tout 60 variables, choisies par un collectif (le RAI, réseau d’alerte sur les inégalités) pour leur importance dans la mesure des inégalités (de genre, sociale, ou entre générations), mais aussi parce qu’elles « comptent » dans le débat français. Se côtoient ainsi des variables mesurant l’évolution des sorties sans qualification du système éducatif, l’évolution du taux de surendettement des ménages, mais aussi du taux d’ISF, l’évolution des inégalités de salaire, de chômage, etc.

Le baromètre indique une nette progression des inégalités et de la pauvreté en France sur les 20 dernières années, avec de petites périodes de répit, en particulier sur la période 1997-2000.

Faire fonctionner la démocratie

La question du choix d’indicateurs futurs ne doit pas être laissée à des groupes de spécialistes. Il y a certes besoin d’expertise, mais le fond du problème est que tout indicateur, à commencer par le PIB, repose sur des choix de valeurs et de finalités, sur des « choix de société ». Il faut donc que la société civile (associations, ONG, syndicats…) soit partie prenante de tels choix, il faut envisager des « conférences de citoyens » pour en débattre. Il faut aussi des réseaux internationaux citoyens car cette question se pose à l’échelle mondiale.

Un texte de Jean Galdrey pour Goodplanet

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