Le rôle du secteur privé dans la consolidation de la paix après les conflits peut être crucial en bien ou en mal

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Kofi Annan, ancien Secrétaire général de l’ONU, introduit le débat du Conseil de sécurité consacré au « Rôle du secteur privé dans la prévention des conflits, le maintien de la paix et la consolidation de la paix après les conflits ».

Les dimensions économiques des conflits armés sont souvent négligées, ce qui n’empêche qu’elles ne doivent jamais être sous-estimées. Le rôle des entreprises, en particulier, peut être crucial, en bien ou en mal. Les sociétés privées opèrent dans de nombreuses zones de conflits ou dans des pays exposés à des conflits. Leurs décisions, en matière d’investissement et d’emploi, de relations avec les collectivités locales, de protection de l’environnement sur le terrain, de sécurité de l’entreprise, peuvent aider un pays à tourner le dos à un conflit ou au contraire exacerber les tensions qui déjà attisaient le conflit.

Ce sont les sociétés privées aussi qui fabriquent et vendent le matériel de base des conflits – des chars aux armes légères, en passant par les mines antipersonnel et même les machettes. Entreprises privées et particuliers participent à l’exploitation et au commerce de ressources naturelles lucratives, telles que le pétrole, les diamants, les stupéfiants, le bois et le coltan, composant souvent essentiel de l’électronique de pointe. Gouvernements et groupes rebelles financent et alimentent ainsi tous deux des campagnes militaires. Dans de nombreux cas, l’anomie créée par un conflit a permis d’exploiter des ressources de façon illicite ou sans beaucoup d’égards pour les considérations d’équité ou de protection de l’environnement. Lorsque les populations locales sont exclues des discussions sur l’accès aux ressources naturelles et sur la maîtrise de ces ressources – et voient peu d’avantages en découler pour eux au niveau local – cela peut engendrer aussi de nouveaux conflits.

Ce sont là des problèmes complexes, qui touchent aux questions fondamentales de souveraineté, de gouvernance démocratique, de responsabilisation des entreprises et d’intégrité des personnes. En outre, de nombreuses transactions se font dans l’ombre ou dans le contexte d’États en faillite, qui n’ont pas la capacité de réglementer des activités, mues par le profit, mais qui alimentent les conflits. Les dispositions prises en matière d’exécution et de suivi des mesures de répression de ces activités, quand elles existent, manquent souvent de fermeté. Les chaînes d’approvisionnement ont souvent tellement de couches multiples qu’elles mettent en échec les efforts déployés pour plus de transparence. Même les activités licites peuvent avoir des conséquences inattendues ou malencontreuses.

Le Conseil de sécurité, pour sa part, s’est déjà penché sur nombre de ces questions. Il a imposé des sanctions ciblées. Il a appuyé le Processus de Kimberley qui, bien qu’étant une initiative à caractère volontaire, a permis de réduire le commerce de ce que l’on appelle les diamants des conflits. Il a mis en place des groupes d’experts chargés d’évaluer le rôle joué par l’économie politique dans le déclenchement ou le prolongement des conflits. Il a autorisé certaines missions de maintien de la paix à participer au suivi des sanctions économiques et des embargos sur les armes, et à appuyer les efforts déployés pour rétablir l’autorité nationale sur les ressources naturelles.

Le moment est venu de transformer ces efforts spécifiques en une approche plus systématique, qui, à l’Organisation des Nations Unies, serait susceptible de promouvoir une plus grande coopération et une plus grande interaction entre les volets sécurité et développement. Cela nous donnerait des outils nous permettant de mieux comprendre et d’influer plus activement sur les incitations économiques et les motifs d’abstentions qui sous-tendent la dynamique des conflits armés, et cela nous aiderait à faire en sorte que ces facteurs soient reflétés dans les efforts visant à prévenir les conflits, dans les accords de paix et dans les mandats délivrés aux opérations de maintien de la paix.

Nous savons que cette question déchaîne les passions. Nous devons trouver un équilibre adéquat entre l’incitation et l’application forcée. À certains moments, l’indignation est la seule réaction appropriée. […] Nous devons créer un espace où toutes les parties puissent se réunir pour trouver des solutions.

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