Environnement et entreprises, en finir avec les discours

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Il n’existe aucune régulation sur les critères financiers du développement durable et cela reflète souvent des différences culturelles : la minimisation du social dans les pays asiatiques, la diabolisation du tabac aux États-Unis, la préoccupation environnementale dans les pays scandinaves.

Cela transparaît au niveau des agences de notation. Leur crédibilité est déjà contestée en raison de leur financement privé et certains, comme Attac, s’interrogent sur la légitimité d’une notation obtenue par une agence comme Vigéo, détenue, même partiellement, par Carrefour, Axa, BNP Parisbas… Le fait que, dans le secteur automobile, l’ancienne agence française Arese ait sur-noté Renault, l’agence allemande BMW et l’agence américaine Ford avait également de quoi décontenancer sur l’harmonisation des méthodes. Danone sur-noté par l’agence française et sous-noté par l’agence Suisse Ethos en raison de sa production d’emballages, ou Toyota plébiscité par Innovest, placé dans le Top 3 du classement 2005 des entreprises modèles par l’agence Corporate Knights Inc. (derrière Alcoa et BP) et quasi rejeté par l’agence allemande Oekom, voilà qui dénote un certain malaise. L’accent mis sur les considérations sociales pourrait pénaliser McDonald’s, qui se situerait au premier plan sur la base des critères environnementaux.

Sur les fonds lancés sans règles clairement délimitées par les banques, les fonds ISR paraissent, de par leur ancienneté et le nombre des investisseurs, à l’abri de toute critique.

Une étude réalisée par Paul Hawken, auteur de Natural Capitalism, sur six cents fonds ISR indique que des entreprises pourtant contestées comme Exxon, Wal-mart ou Halliburton peuvent s’y retrouver et la différence avec les fonds classiques est souvent peu perceptible. Même les fonds d’organismes insoupçonnés comme Sierra Club ou de Pax World investissent dans des entreprises ne publiant pas de rapports sociaux ou environnementaux.

Au final, les fonds éthiques apparaissent davantage comme une nouvelle niche marketing pour élargir l’offre d’investissement aux actionnaires potentiels plutôt qu’une démarche rigoureuse et intégrée. L’ajout de cette dose d’éthique dans un univers de performance tend parfois à faire illusion lorsque l’on considère l’augmentation de son attractivité […].

Les actionnaires présents dans les fonds éthiques ne se caractérisent d’ailleurs pas par un dynamisme ou une volonté particulière d’échange ou de dialogue constructif avec les entreprises dans lesquelles ils ont investi. Cela s’observe également lors des assemblées générales.

La médiatisation de quelques assemblées générales contestées dissimule difficilement la part minimale consacrée aux questions de développement durable lors de ces rendez-vous annuels. Il y a bien quelques réussites, comme la demande d’actionnaires de General Electric de nettoyer une rivière de ses produits toxiques, de McDonald’s de s’engager davantage sur la question des discriminations sexuelles ou de Home Depot de supprimer trois types d’achats de bois de construction, mais ces exemples restent minoritaires. Les ONG y participent rarement et, lorsque des actionnaires interpellent les dirigeants, c’est le plus souvent en pensant à éviter un risque plutôt que dans une démarche strictement « éthique ». À observer la réaction d’autres actionnaires lors d’une interpellation en assemblée générale, il n’est pas exclu que ces apostrophes exaspèrent la majorité des petits porteurs et contribuent à rigidifier leurs comportements.

Environnement et entreprises, en finir avec les discours

Dominique BOURG, Alain GRANDJEAN, Thierry LIBAERT

Pearson Education France (Collection Village Mondial), Paris 2006.

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