La marée noire libanaise menace les oiseaux migrateurs et la vie marine

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La mission de l’Union internationale pour la conservation de la nature, chargée d’évaluer les conséquences environnementales de la marée noire au Liban, juge alarmants les dommages subis par les espèces en voie de disparition et les écosystèmes déjà fragiles.

Beyrouth, Liban, 25 août 2006 (UICN) – Des hydrocarbures toxiques qui recouvrent le fond de la mer, des plages noires de pétrole où les tortues carets se reproduisent, des algues mortes, nourriture de prédilection des poissons et d’autres organismes marins, qui jonchent les côtes rocheuses… Ce paysage dévasté illustre les premiers résultats de la mission emmenée par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) pour évaluer les conséquences de la marée noire sur les écosystèmes côtiers et les espèces vivantes. Une marée noire qui fait suite au bombardement d’une centrale électrique au sud de Beyrouth, mi-juillet.

La mission de l’UICN a découvert que les environnements marins et côtiers près du Liban ont été très durement touchés par cette catastrophe. La mission, demandée par le ministre libanais de l’Environnement, a été dirigée par des commissions d’experts et d’autres membres de l’UICN. Les analyses des nappes de pétrole, prélevées sur le côté au nord de la centrale électrique de Jiyé, indiquent la présence de substances toxiques telles que des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP).

Selon Rick Steiner, expert en hydrocarbures et membre de la Commission de l’UICN pour la politique environnementale, économique et sociale, « cette catastrophe présente un véritable risque pour tous les organismes marins ». Steiner, qui avait déjà travaillé sur les déversements d’hydrocarbures d’Exxon Valdez en Alaska, explique que les HAP peuvent provoquer des cancers, s’accumuler dans les organes des poissons et avoir des conséquences sur le long terme, telles qu’une chute violente de la population halieutique des années après la contamination, comme ce fut le cas en Alaska.

D’importantes quantités d’hydrocarbures se sont déposées sur les rochers et les galets de la côte. Comme ils sont plus difficiles à nettoyer que le sable, la faune et la flore risquent d’en subir les conséquences à plus long terme. Depuis quelques semaines, les oiseaux marins et les premières espèces migratrices (comme le pluvier ou le courlis), contaminés par le pétrole, sont particulièrement surveillés.

Tortue caret, phoque moine et poissons en danger

Dans la réserve naturelle des îles Palmiers, au large de Tripoli, le pétrole recouvre les rochers et a déjà tué des algues et d’autres organismes servant d’alimentation aux poissons et aux tortues. La réserve protège 156 espèces d’oiseaux, dont de nombreux migrateurs qui vivent en contact direct avec l’eau désormais contaminée.

Les tortues carets ne sont pas non plus à l’abri de la pollution dans la réserve. La menace provient notamment des nappes aquatiques de pétrole empêchant les tortues de remonter à la surface pour respirer, mais aussi des plages contaminées, lieu de reproduction des tortues.

Les oiseaux migrateurs sont aussi en danger : alors que la migration annuelle commence tout juste, de nombreux oiseaux traversent le site contaminé. Ce site est par ailleurs la plus importante zone de passage des oiseaux migrateurs au Liban et est protégée par la convention Ramsar sur les zones humides.

Les quelques phoques moines qui ont été observés ces dernières années dans les eaux de la réserve ne sont pas épargnés. En outre, ils figurent déjà sur la Liste rouge des espèces en voie de disparition de l’UICN.

« La réserve naturelle des îles Palmiers est un exemple miniature de ce qui se passe dans l’environnement marin de toute la région », estime Ghassan Jaradi, ornithologue et chef du comité de gestion de la réserve.

Une mission de l’UICN surveille la biodiversité et contribue au nettoyage de la réserve en fournissant des conseils techniques et des ressources.

Près de 15 000 tonnes de pétrole se sont déversées dans la mer à la suite du bombardement israélien des réservoirs d’hydrocarbures de la centrale nucléaire de Jiyé, au sud de Beyrouth, entre le 13 et le 15 juillet 2006. La marée noire s’est étendue vers le nord, contaminant le littoral libanais sur 150 km jusqu’au côtes syriennes sud. Les zones les plus touchées sont situées près de Beyrouth, de Tabarja, de la ville historique de Byblos, d’Anfeh et dans la réserve naturelle des îles Palmiers au large de Tripoli.

L’embargo aérien en cours n’a pas permis à l’UICN d’évaluer la contamination en haute mer, mais d’après les informations disponibles, il reste d’importantes quantités d’hydrocarbures à la dérive, sur les côtes et dans les fonds marins.

Des quantités non négligeables de pétrole ont déjà coulé. « Cela signifie que même les espèces vivant dans les grandes profondeurs n’ont pas échappé à la contamination et qu’il va falloir recourir à de nouvelles techniques pour nettoyer les fonds marins », explique Rick Steiner.

Jusqu’à présent, le gouvernant libanais, aidé par des initiatives privées, n’a pu retirer qu’un pour cent des hydrocarbures.

Les résultats de la mission, obtenus avec l’aide des autorités officielles et scientifiques locales et des organisations internationales, seront intégrés dans une évaluation des dommages sur les ressources naturelles destinée à souligner l’ampleur de la catastrophe environnementale de ce déversement. Cette évaluation permettra également de mettre en œuvre un plan opérationnel de nettoyage. Le plan d’action permettra d’aider le ministère libanais de l’Environnement à établir des lignes directrices pour le nettoyage du littoral et pour gérer les conséquences sur la faune et la flore.

IUCN, 25 août 2006

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