Le déclin à venir de la production de pétrole.

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Les perspectives de production de pétrole peuvent être analysées de différentes manières. Les compagnies pétrolières, les firmes de consultants dans le secteur énergétique et les gouvernements se reposent essentiellement sur des modèles informatiques pour anticiper la production de pétrole à venir et fixer les prix. Les résultats de ces modèles varient beaucoup en fonction de la qualité des données et des hypothèses introduites dans ces modèles. Nous passons ici en revue différentes méthodes analytiques.

Le ratio réserves/production, destiné à dessiner les grandes lignes de la production à venir, est une approche qui a été découverte il y a plusieurs décennies par le légendaire Marion King Hubbert, géologue et membre de l’institut de surveillance géologique des Etats-Unis (U.S. Geological Survey). Compte tenu de la nature même de la production pétrolière, M. Hubbert a émis l’hypothèse que le laps de temps entre le pic des découvertes et le pic de production était prévisible. Étant donné qu’aux Etats-Unis, la découverte de nouvelles réserves a culminé dans les années 1930, il a prédit que la production de pétrole nord-américaine atteindrait son pic en 1970. Et il avait vu juste. Grâce à cet exemple et à des expériences menées dans d’autres pays plus récemment, son modèle de base est désormais utilisé par de nombreux analystes en pétrole (1).

Une seconde approche, tout à fait brillante, consiste à scinder en deux groupes les principaux pays producteurs de pétrole au monde : un groupe dans lequel la production décline et un autre dans lequel elle continue d’augmenter. Sur les vingt-trois principaux pays producteurs de pétrole au monde, quinze semblent avoir atteint un pic de production et huit voient leur production augmenter. Les pays post-pic pétrolier regroupent des pays aussi divers que les États-Unis (le seul pays au monde, avec l’Arabie saoudite, à continuer à pomper plus de 9 millions de barils d’or noir par jour), le Venezuela (où la production a culminé en 1970), les deux producteurs de la mer du Nord, à savoir le Royaume-Uni et la Norvège, où la production a atteint son plus haut niveau en 1999 et 2000 respectivement. La production de brut nord-américain, qui a atteint son pic à 9,6 millions de barils par jour en 1970 a chuté à 5,4 barils par jour en 2004, soit un plongeon de 44 %. La production du Venezuela a cédé 31 % depuis 1970 (2).

On trouve à la tête des huit pays en phase de pré-pic pétrolier les deux plus importants producteurs de pétrole au monde, l’Arabie saoudite et la Russie, qui produisaient respectivement environ 11 et 9 millions de barils par jour à l’automne 2005. Les autres pays disposant d’un fort potentiel de hausse de la production sont le Canada, essentiellement grâce à ses sables bitumineux, et le Kazakhstan, qui continue à développer ses ressources pétrolières. Les quatre pays pré-pic pétrolier restants sont l’Algérie, l’Angola, la Chine et le Mexique (3).

Parmi ces huit pays, la plus grande interrogation porte sur l’Arabie saoudite. Sa production a techniquement culminé à 9,9 millions de barils par jour en 1980 et le pays produit aujourd’hui 1 million de barils en moins qu’à cette époque. Ce pays figure parmi ceux dont la production est croissante, mais cette classification repose uniquement sur les déclarations des autorités saoudiennes. Selon ces dernières, le pays serait en effet capable de produire des quantités bien supérieures à celles d’aujourd’hui. Toutefois, certains analystes doutent de la capacité du royaume à produire beaucoup plus qu’actuellement. Certains des ses plus anciens puits de pétrole sont complètement délabrés et il reste à savoir si l’exploitation de nouveaux gisements suffira à compenser, voire excéder, la perte engendrée par les anciens (4).

Cette analyse se résume à déterminer si la production augmentera suffisamment dans ces huit pays pour compenser le déclin en cours dans les quinze pays où la production a déjà atteint son pic. Les deux groupes disposent au total de la même capacité de production en termes de volume. Toutefois, si le rendement commence à chuter dans l’un des huit pays, il pourrait faire pencher la balance globale à la baisse (5).

La troisième manière d’évaluer les perspectives de production pétrolière est d’observer comment se comportent les principales compagnies du secteur. Alors que les responsables les plus haut placés parlent de la croissance de la production à venir en termes très optimistes, leur comportement suggère qu’ils ne sont pas si confiants.

Une des preuves à cela est la décision des principales compagnies pétrolières d’investir massivement dans leurs propres actions. Ainsi, ExxonMobil, qui a affiché le plus important bénéfice trimestriel jamais enregistré, avec 8,4 milliards de dollars au dernier trimestre 2004, a investi environ 10 milliards de dollars dans le rachat de ses propres actions. De même, ChevronTexaco y a alloué 2,5 milliards de ses profits. Avec le peu de pétrole qu’il reste à découvrir et la croissance rapide de la demande mondiale, les entreprises semblent réaliser que leurs réserves deviendront encore plus rentables à l’avenir (6).

À cela s’ajoute la faible hausse en 2005 de la part des investissements destinés à l’exploration et au développement, alors que le cours du pétrole continue à dépasser 50 dollars le baril. Cela suggère que les entreprises sont d’accord avec les géologues lorsqu’ils affirment que 95 % du pétrole mondial a déjà été découvert. « Le monde entier a été passé au peigne fin », explique Colin Campbell, géologue indépendant. « Les connaissances en matière de géologie se sont multipliées au cours des trente dernières années et aujourd’hui, il est quasiment inconcevable de trouver des gisements importants encore inexploités. » Cela sous-entend également que les 5 % restants ne pourront certainement être découverts qu’au prix d’une exploration et d’un forage extrêmement coûteux (7).

La diminution des réserves devient particulièrement frappante lorsque l’on considère le ratio entre les nouvelles découvertes de gisements et la production des principales entreprises pétrolières. En 2004, la production de pétrole de compagnies telles que Royal Dutch/Shell, ChevronTexaco et Conoco-Phillips excédait de loin celle des gisements récemment découverts. On peut en conclure que les réserves de pétrole des principales compagnies pétrolières diminuent chaque année. À l’échelle mondiale, le géologue Walter Youngquist, auteur de GeoDestinies : The Inevitable Control of Earth Resources Over Nations and Individuals (« Destinées géologiques : l’inévitable domination des ressources de la planète sur les nations et les individus »), fait remarquer qu’en 2004, la planète a produit 30,5 milliards de barils de pétrole mais en a découvert seulement 7,5 milliards (8).

Dans les années à venir, l’influence la plus difficile à mesurer sur la production de pétrole sera l’émergence de ce que j’appelle la « psychologie de l’appauvrissement ». Une fois que les compagnies pétrolières et les pays exportateurs de pétrole réaliseront que la production est sur le point d’atteindre son pic, ils commenceront sérieusement à penser aux moyens dont ils disposent pour pérenniser leurs réserves restantes. Alors qu’il devient évident que même une légère baisse de la production pourra faire doubler les prix, la valeur à long terme de leur pétrole deviendra beaucoup plus claire.

Les résultats des recherches en géologie indiquent que la production mondiale de pétrole atteindra son sommet plutôt avant qu’après la date estimée. Matt Simmons, président de la banque d’investissement pétrolier Simmons and Company International et figure de l’industrie pétrolière, a déclaré en faisant référence aux nouveaux gisements de pétrole : « Nous sommes à court de projets intéressants. Ce n’est pas une question d’argent… Si ces entreprises avaient des idées fantastiques, elles seraient déjà en train de [développer de nouveaux gisements] ». Kenneth Deffeyes, ancien employé de l’industrie pétrolière et éminent géologue de l’université de Princeton, écrit dans son livre Beyond Oil [Au-delà du pétrole], paru en 2005 : « Je pense que le pic pétrolier se produira fin 2005 ou dans les tout premiers mois de 2006. » Walter Youngquist et A.M. Samsan Bakhtiari, de la Compagnie nationale iranienne du pétrole, estiment que le pic aura lieu en 2007 (9).

Sadad al-Husseini, ancien responsable de l’exploration et de la production pour la compagnie nationale saoudienne Aramco, s’est entretenu avec Peter Maass sur les prévisions mondiales de production de pétrole, pour le New York Times. Il a souligné que la production de nouveaux puits de pétrole devait être suffisamment importante pour pouvoir couvrir à la fois la croissance annuelle de la demande mondiale au rythme d’au moins 2 millions de barils par jour et le déclin annuel de la production des gisements existants de plus de 4 millions de barils par jour. « Cela représenterait une nouvelle Arabie saoudite tous les deux ans, a déclaré M. Husseini. Ce n’est pas soutenable » (10).

Où les compagnies pétrolières prospectent-elles afin de trouver leurs nouveaux gisements de pétrole ? En plus du pétrole traditionnel, qui peut être facilement pompé jusqu’à la surface, de grandes quantités de pétrole sont stockées dans les sables bitumineux et peuvent être produites à partir du schiste bitumineux. Les dépôts de sables bitumineux de l’Athabasca, dans la région de l’Alberta, au Canada, pourraient produire au total 1800 milliards de barils. Toutefois, on estime que, sur ce total, seuls 300 milliards de barils pourraient être récupérés. Le Venezuela dispose également d’un important dépôt de pétrole lourd, estimé à 1200 milliards de barils. Un tiers de ce dépôt pourrait facilement être récupéré. Si le pétrole lourd du Venezuela était développé à une échelle suffisamment grande, sa production pourrait un jour excéder le pic historique de 1970. Enfin, le schiste bitumineux concentré dans les États du Colorado, du Wyoming et de l’Utah, aux Etats-Unis, contient de grandes quantités de kérogène, un matériau organique qui peut être converti en pétrole et en gaz (11).

Quelle quantité de pétrole peut être produite à partir du schiste bitumineux afin que cela soit économiquement rentable ? À la fin des années 1970, les États-Unis ont entrepris de vastes chantiers pour développer le schiste bitumineux sur le flanc ouest des Montagnes Rocheuses, dans l’État du Colorado. En1982, lorsque les cours du pétrole ont chuté, l’industrie des schistes bitumineux s’est effondrée. Exxon a rapidement abandonné ce projet évalué à 5 milliards de dollars et les autres compagnies concernées en ont fait autant. Étant donné que le processus en question requiert plusieurs barils d’eau pour un baril de pétrole produit, les pénuries d’eau dans la région peuvent constituer un obstacle à sa remise en service (12).

Le seul projet en marche est celui des sables bitumineux de la Province d’Alberta, au Canada. Cette initiative, lancée au début des années 1980, produit désormais un million de barils de pétrole par jour, ce qui permet de satisfaire 5 % de la consommation actuelle de pétrole aux États-Unis.

Toutefois, ce sable bitumineux n’est pas bon marché et il engendre de graves dégâts environnementaux. Chauffer et extraire le pétrole du sable requiert l’utilisation massive de gaz naturel, dont la production a atteint un pic en Amérique du Nord (13).

Bien que ces réserves dans les sables et schistes bitumineux soient considérables, leur préparation en vue de la production de pétrole est coûteuse et nécessite beaucoup de temps. Dans le meilleur des cas, le développement de sables et de schistes bitumineux ne permet que de ralentir le déclin de la production mondiale de pétrole (14).

NOTES :

1. Vidal, op. cit. note 1 ; Jeffrey Ball, “Dire Prophesy: As Prices Soar, Doomsayers Provoke Debate on Oil’s Future—In a 1970s Echo, Dr. Campbell Warns Supply Is Drying Up, But Industry Isn’t Worried—Charges of ‘Malthusian Bias’” (« Désastreuse prophétie : dans un contexte d’envolée des cours, les prophètes de malheur lancent le débat sur l’avenir du pétrole – dans un écho des années 1970, Dr. Campbell avertit que l’offre s’épuise mais que l’industrie ne s’inquiète pas – Accusations contre le malthusianisme »), Wall Street Journal, 21 septembre 2004.

2. DOE (Département de l’énergie des Etats-Unis), Agence internationale de l’Énergie (AIE), “Table 11.5 World Crude Oil Production, 1960–2004,” (« Tableau 11.5 Production mondiale de pétrole brut, 1960-¬2004 »), International Energy Outlook 2004 (Rapport sur les perspectives énergétiques mondiales en 2004), Washington DC, 2004, [en ligne] ; Vidal, op. cit. note 1 ; AIE, Statistiques, données et indicateurs de l’AIE [en ligne], iea.org, mis à jour en août 2004.

3. Neil Chatterjee, “Peak Oil Gathering Sees $100 Crude This Decade“ (« Le rassemblement mondial sur le pic pétrolier prévoit une hausse des cours du brut à 100 dollars au cours de cette décennie »), Reuters, 26 avril 2005 ; Javier Blas, Isabel Gorst, “Oil Production in Russia Stagnates“ (« La production de pétrole stagne en Russie »), Financial Times, 2 juin 2005 ; Justin Blum, “Alaska Oil Field’s Falling Production Reflects U.S. Trend“ (« La chute de la production des puits de pétrole de l’Alaska reflète la tendance nord-américaine »), Washington Post, 7 juin 2005 ; DOE, AIE, “Table 2.2 World Crude Oil Production, 1980–2003” (« Tableau 2.2 Production mondiale de pétrole brut, 1980¬2003 »), International Energy Annual 2003 (Rapport annuel sur l’énergie mondiale en 2003), Washington DC, 2005 ; Heather Timmons, “Shell Makes Another Cut in Reserves; Profit Jumps“ (« Shell réduit une nouvelle fois ses réserves de pétrole et fait grimper les profits »), New York Times, 4 février 2005 ; DOE, AIE, “Kazakhstan, EIA Country Analysis Briefs“ (« Analyse par pays de l’AIE : le Kazakhstan »), Washington, DC [en ligne], mis à jour en juillet 2005 ; AIE, op. cit. note 3.

4. DOE, AIE, “Saudi Arabia , EIA Country Analysis Briefs“, (« Analyse par pays de l’AIE : l’Arabie Saoudite »), Washington DC, [en ligne], mis à jour en janvier 2005 ; Chatterjee, op. cit. note 4 ; Adam Porter, “Expert Says Saudi Oil May Have Peaked“ (« Selon les experts, la production de pétrole de l’Arabie Saoudite a déjà culminé »), Al Jazeera, 20 février 2005.

5. DOE, AIE, op. cit. note 3 ; AIE, op. cit. note 3.

6. Michael T. Klare, “The Energy Crunch to Come“ (« La crise énergétique à venir »), TomDispatch, 22 mars 2005 ; Jad Mouawad, “Big Oil’s Burden of Too Much Cash“ (« Le lourd fardeau du pétrole : le trop-plein d’argent »), New York Times, 12 février 2005 ; Timmons, op. cit. note 4.

7. Mouawad, op. cit. note 7 ; Mark Williams, “The End of Oil?” (« La fin du pétrole ? ») Technology Review, février 2005 ; Vidal, op. cit. note 1.

8. Klare, op. cit. note 7 ; Timmons, op. cit. note 4 ; Walter Youngquist, correspondance à l’auteur, 29 avril 2005.

9. James Picerno, “If We Really Have the Oil” (« Si nous disposions réellement du pétrole »), Bloomberg Wealth Manager, septembre 2002, p. 45 ; Klare, op. cit. note 7 ; Kenneth S. Deffeyes, Beyond Oil: The View from Hubbert’s Peak (Au-delà du pétrole : la thèse du pic d’Hubbert), New York : Hill and Wang, 2005 ; Richard C. Duncan, Walter Youngquist, “Encircling the Peak of World Oil Production” (« Endiguons le pic mondial de la production de pétrole »), Natural Resources Research, vol. 12, no. 4 (décembre 2003), p. 222 ; A. M. Samsan Bakhtiari, “World Oil Production Capacity Model Suggests Output Peak by 2006-¬07” (« Le modèle de production du pétrole indique un pic de production en 2006/2007 »), Oil & Gas Journal, 26 avril 2004, pp. 18¬20.

10. Peter Maass, “The Breaking Point”, (« Le point de rupture »), New York Times Magazine, 21 août 2005.

11. Robert Collier, “Canadian Oil Sands: Vast Reserves Second to Saudi Arabia Will Keep America Moving, But at a Steep Environmental Cost” (« Sables bitumineux canadiens : les vastes réserves qui viennent au secours de l’Arabie Saoudite permettront aux Etats-Unis de survivre mais à un prix environnemental élevé »), San Francisco Chronicle, 22 mai 2005 ; Vidal, op. cit. note 1; Walter Youngquist, “Survey of Energy Resources: Oil Shale” (« Enquête sur les ressources énergétiques : le schiste bitumineux »), Energy Bulletin, 24 avril 2005 ; William Brown, DOE, AIE, discussion avec l’auteur, 9 août 2005.

12. “US: Caution Warranted on Oil Shale” (« États-Unis : attention aux schistes bitumineux ») éditorial, Denver Post, 18 avril 2005 ; Gargi Chakrabarty, “Shale’s New Hope” (« Les nouveaux espoirs du schiste bitumineux »), Rocky Mountain News, 18 octobre 2004 ; Walter Youngquist, “Alternative Energy Sources” (« Sources d’énergie alternatives »), in Lee C. Gerhard, Patrick Leahy et Victor Yannacone, Sustainability of Energy and Water through the 21st Century, Proceedings of the Arbor Day Farm Conference (« Durabilité de l’énergie et de l’eau au cours du 21ème siècle, procédures de la conférence tenue à Arbor Day Farm »), du 8¬ au 11 octobre 2000 (Lawrence, KS : Kansas Geological Survey, 2002), p. 65; Cavallo, op. cit. note 1.

13. DOE, AIE, “United States EIA Country Analysis Briefs“ (« Analyse par pays de l’AIE : les Etats-Unis »), Washington DC, [en ligne], mis à jour en janvier 2005 ; Collier, op. cit. note 12 ; Thomas J. Quinn, “Turning Tar Sands into Oil“ (« Des sables bitumineux au pétrole »), Cleveland Plain Dealer, 17 juillet 2005 ; “Exxon Says N.America Gas Production Has Peaked“ (« Exxon affirme que la production de gaz nord-américaine a culminé »), Reuters, 21 juin 2005.

14. Judith Crosson, “Oil Prices Prompt Another Look At Shale“ (« Les cours du pétrole incitent à voir le schiste d’un autre oeil »), MSNBC, 23 novembre 2004 ; Youngquist, op. cit. note 12 ; Youngquist, op. cit. note 13, p. 64 ; Vidal, op. cit. note 1.

The coming decline of oil

Extrait du chapitre 2. Au-delà du pic de pétrole.

Lester R. Brown

Le Plan B : pour un pacte écologique mondial, Paris : Calmann-Lévy, 2007 (Plan B 2.0: Rescuing a Planet Under Stress and a Civilization in Trouble, NY: W.W. Norton & Co., 2006).

http://www.earth-policy.org/Books/PB2/Contents.htm

Copyright © 2006 Earth Policy Institute

Traduction de GoodPlanet.Info

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