Biodiversité, changement climatique et influence des zones humides

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Il y a clairement corrélation entre la biodiversité et le changement climatique, de bien des façons et à bien des échelles. En matière de politiques internationales, l’accent est de plus en plus mis sur le double axe de la lutte contre le changement climatique et de l’adaptation à ce dernier. Dans les deux cas, la biodiversité a un rôle clé à jouer. Si l’on veut qu’il y ait une mise en commun accrue des objectifs et des approches entre les Accords multilatéraux sur l’environnement, c’est-à-dire la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) d’un côté et l’ensemble des conventions liées à la biodiversité représentées par la Convention sur la biodiversité biologique (CBD) de l’autre, cela signifie que les sphères scientifiques en lien avec le changement climatique et la biodiversité doivent collaborer plus efficacement.

Comme le savent certains d’entre vous, nous avons notre journée, la journée mondiale des zones humides, le 2 février. Nous la célébrons normalement partout dans le monde au sein de nos différentes antennes grâce à des événements locaux. Cette année, le thème était « Du poisson pour demain? » et mettait l’accent sur le problème de l’épuisement des ressources dû à la surpêche. L’année prochaine, ce sera « Des zones humides saines pour des populations saines » et nous reviendrons sur le lien étroit qui existe entre les zones humides et le bien-être des populations.

Mais ces deux questions, aussi importantes soient-elles pour les zones humides, sont susceptibles de subir les effets de ce monstre tout-puissant qui a pour nom changement climatique. Des mers plus chaudes et plus acides, des lacs d’eau douce affectés par des changements de température et des changements physico-chimiques dont on est sûr mais qu’on ne peut prévoir avec précision, tout cela devrait davantage dissuader ceux qui pratiquent la surpêche. Des conditions plus chaudes et plus sèches vont aussi influer sur la structure et la fonction des systèmes de zones humides qui ne pourront donc plus faire bénéficier les populations de tous leurs avantages écosystémiques. Où que l’on se tourne, on est face à des questions qui touchent au changement climatique, aux zones humides et à leur biodiversité. Et c’est la quantité de processus interactifs que l’on ajoute aux pressions du changement climatique, comme du sel à une recette, qui augmente le degré d’incertitude. La seule certitude pour l’avenir, c’est plus d’incertitude!

Bien sûr, les zones humides sont formées par leur biodiversité, au sens propre comme au sens figuré. Alors, parmi toutes les prévisions les plus alarmistes, y a-t-il des idées positives que l’on pourrait retenir? Eh bien, il semble que oui. Les zones humides jouent un rôle clé dans la régulation du cycle global de l’eau, à la fois en surface où nous avons l’habitude d’en voir, mais aussi sous nos pieds où de grandes quantités d’eau coulent et sont stockées. C’est pourquoi si elles sont correctement gérées, elles peuvent véritablement contribuer à la protection et à la purification de l’eau, ainsi qu’à sa production.

Les zones humides sont également décisives dans la lutte contre le changement climatique. Elles jouent un rôle important et sous-estimé en tant que puits de carbone et régulateur des gaz à effet de serre. Dans les zones où elles sont dégradées, elles constituent déjà une importante source additionnelle de carbone atmosphérique, alors que leur restauration/réhabilitation peut offrir un retour sur investissement 100 fois plus élevé que celui proposé par les autres solutions de lutte contre le carbone. Ainsi, les feux de tourbières, en Asie du Sud-Est, illustrent de manière flagrante combien des zones humides mal gérées ne font que multiplier nos problèmes.

Et pourtant, en termes d’adaptation, des approches peu complexes peuvent permettre d’exploiter les systèmes des zones humides sur les côtes érodées par la montée du niveau des eaux. Elles luttent ainsi contre nos pires excès.

Un peu partout dans le monde, les zones humides sont maintenant considérées comme des écosystèmes « instantanés » susceptibles d’apporter de nombreux avantages. Depuis les régions tempérées humides jusqu’au Golfe persique, chaud et aride, les zones humides artificielles contribuent au traitement des eaux usées: elles éliminent les nutriments, azote et phosphore, responsables de l’eutrophisation lorsqu’ils sont déversés en l’absence de filtre vivant. De plus, la biomasse de ces zones humides peut à l’avenir être utilisée en tant que bioénergie, soit par fermentation pour produire de l’éthanol, soit sous forme de boulettes comme combustible solide. Face au changement climatique, les zones humides peuvent donc réellement participer à un retour vers plus de stabilité et de durabilité.

On sait, cependant, que les effets notables du changement climatique sur les espèces propres aux zones humides comprennent:

– une augmentation de la productivité de ces zones avec des résultats incertains;

– la prolifération des espèces invasives;

– une perte de la biodiversité endémique ou en danger.

Parmi les zones humides, les tourbières stockent à elles seules deux fois plus de carbone que la biomasse des forêts du monde entier et ce stockage se fait à long terme, contrairement à celui des forêts.

Malheureusement, on ne dispose pas d’informations précises sur la capacité de stockage des autres types de zones humides. Une chose est pourtant sûre: leur dégradation par le drainage des sols et les incendies a de graves conséquences sur les émissions de carbone dans l’atmosphère. S’il est donc possible d’infléchir le changement climatique par la conservation, la restauration ou la création de zones humides, cela devient une tâche d’autant plus ardue lorsque rien n’est fait contre la dégradation de ces dernières. À cet égard, nous qui sommes obsédés par l’idée que les forêts constituent la principale solution pour séquestrer le carbone, peut-être devrions-nous revoir notre position. Certes, les écosystèmes forestiers sont importants, mais se précipiter sur les forêts comme unique solution de stockage du carbone revient à ne pas tenir compte du potentiel des zones humides dans le monde.

Ainsi, inclure celles-ci dans la planification des services rendus par les écosystèmes permettra de réduire le coût de l’adaptation au changement climatique. Il est grand temps que les décideurs, au sein de la CCNUCC (Convention-Cadre des Nations unies sur les changements climatiques) comme d’autres organismes, prennent davantage conscience du rôle des zones humides en tant que puits de carbone et cette prise de conscience doit se traduire par des politiques adaptées. La communication à un plus large public des connaissances existantes ainsi que de nos activités lors des conventions est en train de devenir plus cruciale que la simple acquisition de nouvelles connaissances.

[…]

Il est généralement admis que la préservation de ce que nous possédons doit être une priorité absolue. Et pourtant, même si le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) et l’Évaluation des écosystèmes pour le millénaire suivent globalement la bonne direction, nous serons confrontés à de graves problèmes si nous ne comptons que sur la préservation. Il nous faut devenir des gestionnaires plus efficaces de la biodiversité, c’est-à-dire utiliser des techniques de gestion évolutives et une approche écosystémique pour faire en sorte que la biodiversité résiste au changement climatique. Nous ne voulons certes pas encourager les espèces invasives, mais il va nous falloir être réactifs et introduire des espèces sur nos territoires terrestres et marins pour améliorer notre réaction potentielle au changement.

Quant à nos aires protégées, elles pourraient bien avoir d’autres fonctions que la préservation de notre patrimoine, en devenant par exemple des sites d’évolution de nouvelles espèces et de nouveaux écosystèmes capables de réagir plus efficacement aux excès du changement climatique.

Biodiversity, Climate Change and the Influence of Wetlands

Discours de Peter Bridgewater, Secrétaire Général, Convention de Ramsar

Journée internationale de la diversité biologique, 22 mai 2007

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