Une blanchisserie de couches lavables bio : un pari culotté

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A Strasbourg, les couches lavables sont ramassées en carriole. Copyright: Eco service

De sa naissance jusqu’à l’âge de la propreté, chaque enfant génère près d’une tonne de couches culotte jetables. Un volume de déchets colossal qui mettra 500 ans à se dégrader ou sera incinéré, générant alors de nombreux polluants atmosphériques. Environ 4 arbres et demi et 110 000 litres d’eau sont nécessaires à la fabrication des 5000 couches. Sans oublier une flopée d’additifs chimiques qui, en contact direct avec la peau et les parties génitales de bébé, sont susceptibles d’avoir des effets néfastes sur la santé (comme le polyacrylate de sodium déjà retiré des tampons hygiéniques, le chlore, le polypropylène, le polyéthylène, les capteurs d’odeurs ou le trybutil étain qui, même en quantité infinitésimale peut nuire au système immunitaire et hormonal…). Un double impact -écologique et sanitaire- qu’il faut enrayer, pour notre bien-être, et celui de la planète.

Il y a bien la couche lavable, moins irritante pour le derrière des bébés, et deux à trois fois moins énergivore qu’une couche jetable. Mais l’idée semble trop souvent perçue comme contraignante voire rétrograde par une majorité de jeunes parents qui s’imaginent mal passer leurs week-ends à laver des langes.

Stéphane Piette pourrait bien détenir la solution. Il y a un an, cet idéaliste alsacien de 40 ans, père de deux enfants, a l’idée de proposer –à la vente et à la location- des couches lavables écolo et « high-tech », en chanvre et coton bio avec, en sus, un service de ramassage à domicile et de nettoyage, sur toute l’agglomération de Strasbourg. Une première en France. Le tout pour quasiment le même prix que les couches jetables « C’était pour moi le seul moyen de convertir les plus réfractaires. J’en avais assez d’entendre le même refrain : « pas le temps, pas de place ! »

Effaré par les montagnes de couches jetables qui garnissent nos poubelles, Stéphane Piette, « la fibre écolo depuis toujours », a testé pour la première fois les couches lavables sur ses deux filles, aujourd’hui âgées de 11 et 13 ans. Son but : être en accord avec ses convictions. « Les couches lavables d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec les langes de nos grand-mères, s’empresse-t-il de préciser pour tenter de balayer les préjugés auxquels il semble habitué. Elles sont confortables, absorbantes et aussi faciles à mettre qu’une couche jetable. Finis aussi les problèmes de couches pleines dont on ne sait pas quoi faire. Aujourd’hui, quand vous changez votre enfant, il suffit de jeter dans les toilettes, le voile de protection biodégradable souillé, placé au fond des couches. Celles-ci peuvent alors être stockées quelques jours sans odeur jusqu’à ce qu’elles soient lavées. Un geste simple qui vous permet de réduire vos déchets et d’éviter que votre bébé soit en contact avec des matières potentiellement nocives pour lui. »

Arguments servis à tous les jeunes parents, qu’il tente de convaincre depuis plus de dix ans. Aux plus récalcitrants, il va même jusqu’à proposer de laver lui-même les couches de leurs enfants ! C’est ainsi que l’idée de créer une blanchisserie est née. Stéphane, ex-chômeur de longue durée, part alors en Allemagne et au Luxembourg pour s’inspirer de projets similaires qui y existent, avant de lancer son projet en « couveuse d’entreprise » – un test grandeur réelle permettant de vérifier la viabilité de son activité. En juin 2009, l’association Alsace éco-services voit enfin le jour. Acteur du développement durable, Stéphane tient à fonder ses activités sur des valeurs qui lui tiennent à cœur : ses couches sont fabriquées dans un Centre d’Aide par le Travail (CAT), et les lavages assurés par une entreprise d’insertion. Les trois salariés de l’association qui effectuent -en véhicule au gaz naturel ou en carriole- le ramassage des couches à domicile sont également des travailleurs en insertion socio-professionnelle. « L’association compte seulement 35 clients-adhérents. Si nous arrivons à vivre de cette activité, c’est grâce au contrat aidé *. ». Pour étoffer sa clientèle, et joindre les deux bouts, Stéphane travaille avec le Centre Médico-Chirurgical et Obstétrical de Strasbourg. « Deux tiers des adhérents sont passés par cette maternité. Ils ont essayé les couches lavables, et les ont adoptées. C’est le meilleur moyen de convertir de nouveaux parents ! » A la rentrée prochaine, Stéphane Piette va créer des éco-ateliers pour enseigner l’art de fabriquer des couches lavables, ou de s’occuper de son bébé avec des produits 100% naturels, parfois confectionnés soi-même… Il s’apprête également à signer un accord avec une autre maternité, espère bientôt séduire les crèches et étendre son activité à toute la région alsacienne. En attendant de « trouver la formule magique pour devenir vraiment rentable », il cherche de nouvelles subventions pour acheter des machines à laver et assurer en interne le service de blanchisserie. « Je rêve que le concept de Couches éco-service essaime un peu partout en France. Je suis prêt à aider les personnes qui souhaitent se lancer en leur faisant part de ma propre expérience. Il faut que les blanchisseries pour couches lavables s’étendent un peu partout. C’est la seule manière d’inciter les jeunes parents à changer leurs habitudes. Et à abandonner définitivement les couches jetables. »

NOTE

*Contrat aidé : un contrat de travail dérogatoire au droit commun, pour lequel l’employeur bénéficie d’aides, qui peuvent prendre la forme de subventions à l’embauche, d’exonérations de certaines cotisations sociales, et d’aides à la formation)

Alsace Couches Eco Service
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Couches éco service propose aux jeunes parents des couches lavables, à la vente ou à la location. Créée en 2009, cette association alsacienne fournit également un service de nettoyage peu coûteux, avec ramassage à domicile sur Strasbourg et dans tout le Bas-Rhin.

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