La musique sauve les hommes et leurs forêts

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mpingo  kikole in front of mpingo tree devant un arbre mpingo dalbergia ebene du mozambique

Tanzanie, village de Kikole: Des villageois de Kikole se tiennent devant l’entrée de leur forêt, certifiée depuis début 2009 par FSC, l’une des dernières où poussent les arbres mpingo qui servent à fabriquer les cornemuses écossaises, les clarinettes et d’autres instruments en bois. © Mpingo Conservation Project

En Tanzanie, deux populations villageoises ont fait certifier leur forêt par le Forest Stewardship Council. Peu répandue, la labellisation de forêts communautaires a été ici facilitée par une ONG britannique, le Mpingo Conservation Project.

La musique adoucit les mœurs, et mène parfois à la préservation de forêts en danger. Deux communautés forestières de Tanzanie récoltent et vendent du bois d’un arbre local, le dalbergia – aussi appelé ébène du Mozambique -, dans une démarche éco-certifiée par le FSC (Forest Stewardship Council). Or, l’essence est très recherchée en Occident pour la fabrication d’instruments comme les clarinettes, les hautbois, les flûtes à bec et les cornemuses.

« C’est la première fois qu’une communauté locale de Tanzanie a la chance de bénéficier vraiment de sa forêt », affirme Steve Ball, coordinateur en Tanzanie de l’ONG Mpingo Conservation Project (mpingo signifie dalbergia en swahili). Créée en 2004, celle-ci a aidé les quelque 2 500 habitants des villages de Kikole et Kisangi, dans le sud-est de la Tanzanie, à monter un plan de gestion durable de leur forêt. Grâce à la certification « bois éthique », établie depuis avril 2009, les habitants pourront vendre chaque tronc au prix de 19 dollars « au lieu de 0,08 avant la certification », explique Steve Ball.

Calculs de prélèvement, mesure de l’impact de l’exploitation sur les sols, absence de produits chimiques, prise en compte de la régénération naturelle de la forêt, délimitation de zones non exploitées… Durant deux ans et demi, plus de 2 000 hectares de forêt ont été passés au peigne fin par les inspecteurs chargés de vérifier le respect des critères établis par le FSC (la principale association internationale de certification du bois durable, soutenue par les plus grandes associations écologistes). Il en existe plus de cent.

Le projet Mpingo « nous a beaucoup appris sur la façon dont il faut gérer nos forêts », affirme Mwinyimkuu Awadhi, le chef du village de Kikole, dans un article du National Geographic. Même si les règles sont assouplies « au cas par cas », l’exigence du FSC explique le fait que très peu de forêts communautaires soient certifiées. « On aimerait qu’il y en ait plus, malheureusement, ce sont souvent des populations illettrées qui ont du mal à établir seules des plans de gestion. D’où l’intérêt des ONG », indique Marie-Christine Fléchard, directrice du FSC au Royaume-Uni et en Afrique. D’ici à 2010, Mpingo Conservation Project espère atteindre les 10 000 hectares certifiés.

La volonté de venir en aide aux petites communautés locales d’Afrique de l’Est est venue en 1995 à Steve Ball, professeur d’écologie, lors d’une étude menée sur le terrain. Il découvre là-bas que le commerce illicite de bois précieux est galopant. « Environ 96% du bois du sud-est de la Tanzanie exporté en 2004-2005 a été abattu illégalement », déclare-t-il. « Et je ne pense pas que les multiples interdictions d’abattage posées par le gouvernement soient une solution, car elles pénalisent davantage les opérateurs légaux que les autres ».

Le dalbergia est l’essence préférée des sculpteurs de l’ethnie Makonde, mais l’arbre est d’autant plus difficile à exploiter qu’il croît lentement : il lui faut entre 70 et 100 ans avant que son tronc atteigne 35 cm de diamètre ! Riche en huile et extrêmement dense, le dalbergia vaut 18 000 dollars par mètre cube à l’exportation. Aussi, la surexploitation a causé la quasi-extinction de cette essence que l’on pouvait jadis trouver dans toute l’Afrique subsaharienne. Mais l’art offre ici une bonne raison de conserver les forêts, et de donner aux hommes qui les habitent le moyen d’en vivre.

Mpingo Conservation Project

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mpingo conservation project

Lancée en 1995 par un spécialiste de l’écologie de l’Université de Cambridge, l’association Mpingo Conservation Project aide les populations rurales du sud-est de la Tanzanie à gérer durablement leur forêt. En les accompagnant dans la certification par le FSC (Forest Stewardship Council), l’ONG (statut acquis en 2004) permet aux paysans tanzaniens de vivre de leurs ressources forestières, notamment en ébène du Mozambique, une essence rare et réputée chez les luthiers et les musiciens d’Occident.

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