De Pôle en Pôle : Un Monde qui Disparaît, une expo photo qui témoigne d’un drame écologique

Publié le : Last updated:

SEBASTIAN COPELAND EXPOSE
80 PHOTOS SUR LES GRILLES DU JARDIN DU LUXEMBOURG
DE PÔLE EN PÔLE : UN MONDE QUI DISPARAÎT
DU SAMEDI 15 SEPTEMBRE 2018 AU DIMANCHE 13 JANVIER 2019

Pour le simple observateur, la banquise n’est probablement qu’un univers immaculé, dénué de vie. Se limitant à l’étendue du ciel et de la glace, sa monotonie peut paraître écrasante. Mais la glace est une entité puissante, vivante et dynamique, réagissant aux influences de la gravitation comme à de minimes modifications de température. Même âgée de trois millions d’années, sa masse varie constamment et imperceptiblement. Au moment du vêlage, lors de la formation des icebergs, elle entre dans la dernière phase de sa transformation, reprenant sa forme originale, l’état liquide. Les Inuits possèdent des centaines de mots pour décrire sa texture, tandis que son aspect peut présenter d’infinies variations constamment changeantes.

J’ai parcouru à pied 8000 kilomètres de ce royaume, à travers l’Océan Arctique, le Groenland et l’Antarctique. Et bien que cela puisse paraître surprenant, je dois dire que deux journées n’y sont jamais visuellement semblables.

Au plus profond du cœur de la banquise, ce sont les changements subtils de la couverture nuageuse qui procurent d’uniques opportunités au photographe. La faible hauteur du soleil combinée à la réduction du spectre lumineux due à la prédominance de l’eau – liquide et cristallisée – crée un environnement monochromatique de lumière froide et blanche et d’ombres bleutées. Parfois, les seuls détails visibles sont les traces laissées par le vent sur la glace, ou les nuages dans le ciel.

La glace marine se dilate et se contracte suivant le cycle des saisons. Tels de grands poumons terrestres, elle exerce une influence rafraîchissante sur les basses latitudes. Mais ce rythme est en train de s’essouffler. La glace est la première ligne de défense d’un monde qui se réchauffe, et son déclin est l’évidence irréfutable de la modification du climat. La température globale s’est accrue de 1°C par rapport à 1880, un réchauffement dix fois plus rapide que durant les 65 millions d’années précédentes. Les raisons sont bien connues. Sans engagements immédiats et globaux, nous atteindrons une hausse de 5°C ou plus d’ici un siècle, menaçant tout organisme terrestre tout en redessinant la carte des océans.

Le temps que j’ai passé dans les hautes latitudes m’a donné une meilleure perception des changements subtils que provoque le réchauffement. La photographie est un véritable outil de mesure quand elle relie le cœur à l’esprit. Mon travail a pour ambition de créer un inventaire émotionnel du passage du temps. Comme un message dans une bouteille jetée à la mer, il est là pour nous rappeler que, tout lointain et exotique qu’il soit, ce monde en voie de disparition est aussi notre demeure. Et les images que je rapporte de la glace qui pleure avant de mourir racontent l’histoire d’un environnement qui nous ressemble: opiniâtre, fragile et éphémère.

Sebastian Copeland
Mai 2018

© Sebastian Copeland

© Sebastian Copeland

© Sebastian Copeland

© Sebastian Copeland

© Sebastian Copeland

 

Media Query: