Le crapaud a rencontré un éleveur heureux

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Nous republions ici un article du blog le Crapaud tenu par Robert Fiess. Son site, illustré avec des dessins de crapauds, promeut une écologie positive et son billet aborde un éleveur heureux dans son métier.

Les éleveurs laitiers français sont dans la détresse, acculés par le prix du lait. Et l’écho se fait de plus en plus insistant de nombreux suicides dans les rangs. Mais certains s’en sortent, tel ce courageux exploitant du Calvados, François Hamel. Une belle histoire.

Pourtant, en 2009, le voici comme d’autres collègues qui observe une grève du lait et  jette sa production dans le caniveau, 10 jours durant. “J’ai bien du également peindre quelques slogans sur le bitume”, dit-il aujourd’hui en riant.

Le lait fait encore vivre, mais la situation se dégrade, le sentiment que les éleveurs sont tout d’un coup lâchés dans la nature, cela «  tournait vinaigre », comme il le déclare au crapaud, dans un sympathique accent bas-normand.

Conscience écologique

Surtout, il vient de répondre à la mise aux normes obligatoires des ouvrages d’écoulement du lisier, entre autres, par un gros investissement de 120 000 €.

Cette ferme familiale de 65 vaches (à l’époque), près de Vire, il l’a reprise en 1998, l’exploite avec sa femme, Clotilde. Très tôt, tous deux sont conscients des problèmes que posent l’élevage traditionnel en matière notamment d’alimentation du bétail comme dans son environnement.

Vivre correctement

Il y a un moment où l’on est « amené à réfléchir, prendre du temps, se demander où on veut aller, dit-il; en réponse à notre ancrage chrétien, respecter la terre, donc la vie, c’est quelque chose de sacré à nos yeux ». Et au bout du compte, essayer de vivre correctement de son métier, sans « s’échiner comme un bourrin ».

En 2010, les voici décidés au passage en bio. À 32 ans, lui s’engage dans 2 années de formation, quelques 70 heures passées sur les bancs d’une salle départementale, reçoit 12 000 €/an de subventions de la Pac, 9 000 €/an de la laiterie, à laquelle il vend sa production.

Herbe verte

Une aide non négligeable. Au lieu de 390 000, le cheptel ne donne plus que 300 000 litres/an, un déficit important, de plus un lait toujours acheté au prix conventionnel.

D’un coup, il faut intégrer le cahier des charges de l’élevage bio. Laisser les vaches 8 mois en pâturage (ce qui donne le meilleur lait), alimenté à l’herbe verte et partiellement aux betteraves. Soigner les bêtes en homéopathie et huiles essentielles.

Cahier des charges

Le fourrage peine à se développer sur des terres fertilisées différemment. Mais il refuse d’en acheter. « Techniquement, on n’était pas trop au point », confesse-t-il.

Le Rubicon est franchi en 2012. Quand un éleveur en traditionnel perd près de 70 € sur 1000 litres de lait vendus (pour 100 vaches), François Hamel engrange 440 € pour un coût de production de 350.

Crédits soldés, le couple, avec ses 4 enfants, engage un salarié sur un quart de temps (ce qui ouvre la possibilité de vacances), porte le résultat d’entreprise autour de 50 000€/an. En bénéficiant notamment de la fidélité avec la laiterie privée.

Pas de contrainte

François Hamel se défie des investissements qui pénalisent à distance une exploitation. «  J’aime pas les machines qui contraignent à 20 ans de remboursement ». Et imposent des productions ciblées à grand rendement, avec des commandes de maïs-soja importé du Brésil.

Mais il reste prévoyant, s’applique une vision à long terme. Si le lait bio devait à son tour connaître la crise, il entreprend un début de diversification dans le blé bio sur une dizaine d’ha et dans le triticale, une culture rustique de blé/seigle destinée à l’alimentation animale.

Conversions au ralenti

Le lait d’origine bio n’intervient que pour 2% dans la production française (au 2ème rang derrière l’Allemagne), il concerne quelque 2 300 producteurs, l’hexagone n’est plus importateur, néanmoins les conversions ralentissent (source pleinchamp).

«  Il a fallu affronter et surmonter nos verrous psychologiques, avoue François Hamel. Déjà, rien que la perspective de devoir baisser le volume de la production, de 7 000 à 4 000 litres par bête, « 4 000, c’est ce que faisaient nos grands pères en 1950 ».

Retour des haies

De plus, l’élevage de type bio n’a pas trop bonne presse dans le milieu, les fermes ne sont tout à fait clean, la mauvaise herbe pousse dans la cour, les surfaces plus petites.

Dans une belle logique environnementale, François Hamel accorde autant d’importance à l’entretien du paysage autour de ses bâtiments, s’attelle à l’agroforesterie, ressuscite les haies, si typiques du paysage rural normand, déjà propices à stopper les brumes de pesticides pouvant provenir d’exploitations céréalières avoisinantes.

Grand organiste

L’un de ses enfants reprendra-t-il le flambeau ? Il n’en est pas certain pour le moment. Le passage au bio était une question non seulement de décision à prendre, de conviction solide, de détermination, probablement aussi à l’épreuve de la solidité du couple.

Cette force, François Hamel la renouvelle personnellement dans la musique. Féru des fugues de Bach, cela fait 25 ans qu’il assure aux grandes orgues d’une église de Flers l’office du dimanche.

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Note saisonnière

Sauvons le peuple crapaud !

Les amphibiens ont déjà repris la longue marche, celle du printemps et de la reproduction ! Ils convergent avec entêtement, vers leurs lieux de reproduction, malgré nos voies bitumées et leur danger mortel.

Pour endiguer l’hécatombe annuelle récurrente, l’ASPAS demande aux automobilistes un peu d’attention lors de leurs déplacements printaniers, et appelle les bénévoles à se rapprocher des associations locales pour les opérations de ramassage.

L’ASPAS diffuse gratuitement un guide de conseils et propose des panneaux signalétiques, à placer aux abords des routes pour alerter les usagers sur la migration.

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