L’utilisation d’antibiotiques sur les animaux d’élevage ne baisse plus

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Des bovins au « Sommet de l’elevage » à Cournon-d’Auvergne, le 2 octobre 2019
© AFP Thierry Zoccolan

L’utilisation d’antibiotiques sur les animaux d’élevage et de compagnie a atteint un plancher en 2018 en France, après avoir fortement diminué pendant huit ans de lutte contre le phénomène des bactéries résistantes aux traitements.

Depuis 2011, la tendance était à une nette baisse. Mais selon les derniers chiffres, entre 2017 et 2018 l’exposition globale des animaux aux antibiotiques a augmenté de 0,7%, avec des différences selon les espèces, a averti l’Agence française de sécurité alimentaire et sanitaire (Anses) lundi, premier jour de la semaine mondiale pour un bon usage des antibiotiques de l’Organisation mondiale pour la santé animale (OIE).

Ainsi, l’exposition s’est accrue pour les bovins (+8,4%) et les lapins (+2,0%), alors qu’elle recule encore pour les volailles (-11,3%), les porcs (-2,7%) et les animaux domestiques, chiens et chats (-2,0%), selon l’Anses.

Les hausses de la consommation pour les bovins et les lapins « sont mineures, mais c’est un premier signal d’alerte », a commenté Jean-Pierre Orand, directeur de l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV) lors d’un point presse.

« On savait qu’un jour on atteindrait un plancher. Il faut s’assurer qu’on ne reparte pas à la hausse », a-t-il ajouté.

Le but n’est toutefois pas l’arrêt total de l’utilisation des antibiotiques, a rappelé Gilles Salvat, directeur général délégué au pôle recherche et référence de l’Anses: « En terme de bien-être animal, on a besoin de traiter un animal malade ».

Pour mener sa campagne, l’Anses a d’abord joué sur la baisse de l’utilisation préventive d’antibiotiques, avant même que la maladie n’apparaisse.

L’agence note ainsi que l’exposition via des injections d’antibiotiques a augmenté de 7,1% entre 2017 et 2018 et a diminué de 12% pour les pré-mélanges médicamenteux et de 1,9% pour les poudres et solutions orales, qui étaient souvent utilisés en prévention.

« Quand on traite en injectable, c’est qu’on administre les antibiotiques individuellement aux animaux », par rapport à leur état de santé réel, assure le directeur général.

Leviers sociologiques

Cependant, selon les chiffres 2018, le nombre de traitements intra-mammaires pour les vaches laitières a augmenté de 6,1% par rapport à 2017.

Il reste donc encore à travailler sur la conduite des élevages: on a pu évoluer grâce à « un certain nombre de connaissances qui ont permis de ne plus utiliser l’antibiotique comme une béquille », souligne M. Salvat, mais « on n’a pas encore complétement révolutionné les systèmes d’élevage. Encore faudrait-il savoir comment les révolutionner ».

Il évoque une autre piste: « les leviers sociologiques ». Il faut « comprendre pourquoi un éleveur est plus utilisateur ou pourquoi un vétérinaire est plus prescripteur qu’un autre ».

La France avait lancé en 2012 un premier plan gouvernemental de cinq ans pour faire baisser le recours aux antibiotiques en matière de santé animale, que ce soit pour les élevages ou les animaux de compagnie. Ce plan EcoAntibio a été relancé pour cinq années supplémentaires, jusqu’en 2021.

Depuis 2011, le tonnage d’antibiotiques vétérinaires vendus a baissé de 48,2%, et il baisse encore de 5,5% en 2018 sur un an, atteignant son plus bas niveau depuis le début des relevés il y a 20 ans.

Cependant, le tonnage seul « n’est pas probant car les nouveaux antibiotiques ont une posologie inférieure » aux générations précédentes de médicaments, a précisé M. Orand, qui préfère utiliser un indicateur de niveau d’exposition basé sur le nombre de milligrammes de principe actif par kilo. Entre 2011 et 2018, l’exposition globale a ainsi baissé de 38,4%, et de 33,9% depuis 1999.

Le rapport de l’agence européenne de surveillance de la consommation des antimicrobiens (ESVAC), publié en octobre, montre que les ventes d’antibiotiques à destination des animaux ont baissé de 32% en Europe entre 2011 et 2017.

© AFP

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