Gaz de schiste : Londres suspend la fracturation hydraulique par crainte des séismes

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Une pancarte contre la fracturation hydraulique à Preston, dans le nord-ouest de l’Angleterre, en juin 2015
© AFP/Archives Paul ELLIS

Londres (AFP) – Le gouvernement britannique a annoncé samedi suspendre la fracturation hydraulique destinée à extraire du sous-sol du gaz de schiste en raison des risques de secousses sismiques, faisant marche arrière sur ce sujet impopulaire, au tout début de la campagne des législatives.

Le Royaume-Uni voulait à l’origine suivre l’exemple des Etats-Unis, où l’industrie du schiste a connu un boom spectaculaire renforçant l’indépendance énergétique du pays, grâce à la technique de la fracturation hydraulique. Mais ce procédé est critiqué, y compris aux Etats-Unis, en raison de son impact environnemental, et a été interdit en France et en Allemagne.

Le gouvernement est revenu sur sa position à la suite d’un rapport du régulateur du secteur, The Oil and Gas Authority (OGA), ayant étudié l’activité sismique survenue près d’un site où est pratiquée la fracturation hydraulique, à Preston New Road, dans le Lancashire (nord-ouest de l’Angleterre).

En août dernier, une vive secousse y a été ressentie, ce qui a conduit la société Cuadrilla à suspendre indéfiniment son forage.

« Après avoir examiné le rapport de l’OGA (…), il est clair que nous ne pouvons pas exclure de nouvelles conséquences inacceptables pour la population locale », a déclaré dans un communiqué la ministre chargée des Entreprises et de l’Energie, Andrea Leadsom. « Pour cette raison, j’ai conclu que nous devrions instaurer un moratoire sur la fracturation hydraulique en Angleterre avec effet immédiat », a-t-elle annoncé.

Le gouvernement a expliqué qu’il ne donnerait pas son consentement à de nouveaux projets de fracturation hydraulique « à moins que de nouvelles preuves convaincantes ne soient fournies ».

Le procédé de fracturation hydraulique consiste à créer des fissures souterraines et y infiltrer un mélange d’eau, de sable et de produits chimiques pour permettre l’extraction de gaz ou de pétrole capturé dans la roche.

Le développement de cette technique avait provoqué une forte mobilisation de la part des populations concernées et des militants écologistes, qui ont accueilli avec soulagement cette annonce.

Les partis d’opposition l’ont en revanche jugée insuffisante, et prônent une interdiction définitive.

En ce début de campagne électorale où l’environnement sera l’un des sujets de débats, le chef du Labour, Jeremy Corbyn, a qualifié le moratoire de « manoeuvre électorale pour tenter de gagner quelques voix ». S’il arrivait au pouvoir, il a promis sur Twitter un « vrai changement », avec l’interdiction définitive de cette technique.

Pourquoi le gouvernement n’a pas opté pour une interdiction? « Parce que ça reste une énorme opportunité pour le Royaume-Uni » a répondu Andrea Leadsom au micro de la BBC samedi.

Le Royaume-Uni avait soutenu la fracturation hydraulique dans l’espoir de réduire sa dépendance envers le gaz, importé essentiellement de Norvège et du Qatar.

Le gouvernement conservateur avait escompté en 2016 l’ouverture de 20 puits d’ici à mi-2020.

Or, à ce jour, seuls trois ont été forés, sans qu’aucune exploitation de gaz de schiste ait débuté et sans que les pouvoirs publics sachent quelles quantités pourraient être extraites à terme, a souligné dans un rapport récemment le National Audit Office (NAO), organe chargé de contrôler les dépenses publiques.

Le site de Preston New Road est le seul projet de fracturation hydraulique en cours au Royaume-Uni.

Les autres nations du Royaume-Uni – l’Ecosse, le Pays de Galles et l’Irlande du Nord – sont opposés au déploiement de cette technique.

Rebecca Newsom, cheffe de programme au sein de Greenpeace, a estimé dans un communiqué que « le grand pari du gouvernement sur la fracturation hydraulique est un fiasco ».

Le directeur exécutif de l’ONG environnementale Les Amis de la Terre, Craig Bennett, a qualifié le moratoire de « victoire immense pour les populations et pour l’environnement ».

« Pendant près d’une décennie, les populations locales partout dans le pays ont mené un combat de David contre Goliath contre cette industrie puissante », a-t-il souligné, espérant maintenant qu’une loi rendra l’interdiction de la fracturation hydraulique permanente.

© AFP

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