La Colombie va déployer une force d’élite après une attaque meurtrière contre des indigènes

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Un véhicule militaire à Toribio dans le département du Cauca en Colombie le 30 octobre 2019
© AFP Luis ROBAYO

Le gouvernement colombien a ordonné mercredi le déploiement d’une force d’élite de 2.500 militaires pour combattre les dissidents de l’ex-guérilla des Farc, après une attaque meurtrière contre des indigènes dans le département du Cauca, sous influence des narco-trafiquants.

Les indigènes ont pour leur part appelé à une mobilisation nationale le 21 novembre contre la violence des groupes illégaux.

Le président Ivan Duque, qui s’est rendu dans cette zone du sud-ouest du pays, a accusé les guérilleros ayant rejeté l’accord de paix de 2016 de vouloir « avec les armes, faire taire et terroriser les communautés indigènes ».

A l’issue d’un conseil de sécurité extraordinaire à Santander de Quilichao, près du lieu de l’attaque, il a annoncé la création d’une force d’élite de 2.500 militaires chargée de prendre le « contrôle du territoire », de « fermer les routes du trafic de drogue » et de « démanteler » le groupe dissident.

Mardi, la leader de l’ethnie Nasa, Cristina Bautista, et quatre membres de la garde indigène, corps de surveillance qui opère sans arme, ont été tués dans la réserve de Tacueyo, sur la commune de Toribio.

L’armée et les autochtones ont attribué cette attaque, qui en outre a fait six blessés, à des dissidents présumés de l’ex-guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc).

« Saignée »

Luis Fernando Arias, haut conseiller de la principale organisation indigène de Colombie, a dénoncé mercredi la « saignée » infligée aux peuples autochtones, opposés au narco-plantations, et appelé « la société colombienne à se lever pour la défense de la vie, des droits et des territoires ».

Les indigènes sont « poursuivis, assassinés et massacrés », ont déclaré les dirigeants de l’Organisation nationale indigène de Colombie (Onic) lors d’une conférence de presse à Bogota.

Ils ont appelé à manifester avec les syndicats, paysans et étudiants le 21 novembre, jour d’une grève nationale annoncée contre la politique du gouvernement de droite.

A Toribio, Luis Acosta, coordinateur de la garde indigène, en a pour sa part appelé à la solidarité des peuples de l’ethnie Nasa, affectés par le conflit armé qui dure depuis plus d’un demi-siècle, et à ce qu’ils se rassemblent dans la zone.

« Nous sommes ici chez nous et nous n’en sortirons pas. Nous allons rester même si nous devons en mourir. Nous ne quitterons pas le territoire », a-t-il déclaré à l’AFP sur place.

La Colombie compte environ 1,9 million d’indigènes, soit 4,4% de sa population.

Depuis le désarmement des Farc, terminé en juin 2017, plusieurs régions du pays sont confrontées à une recrudescence de la violence de groupes armées voulant s’accaparer les anciens fiefs de l’ex-guérilla marxiste, où l’Etat est quasiment absent.

L’Onic a dénoncé l’assassinat de 123 indigènes depuis la prise de fonction du président Duque le 7 août 2018.

Mission internationale

Accompagnés de parlementaires de la Commission de paix du Sénat, les dirigeants de l’organisation ont demandé une « visite extraordinaire » de la Commission inter-américaine des droits humains, ainsi que de la rapporteuse spéciale de l’ONU pour les peuples indigènes, Victoria Tauli-Corpuz.

L’idée, ont-ils ajouté, est qu’elles puissent constater la « grave situation d’urgence humanitaire, sociale et économique » des autochtones.

Pour l’Onic, ces attaques « systématiques » sont la conséquence du « non respect des accords » de paix envers les ex-guérilleros des Farc, dissoutes après l’accord de paix, ce pourquoi les indigènes se trouvent confrontés à une « hausse des cultures de marijuana et de coca », matière première de la cocaïne.

Le président Duque a aussi relié ces violences avec la « croissance exponentielle des cultures illicites », d’une superficie de 169.000 hectares en 2018, selon l’ONU.

Mais sa décision de recourir à la force, en parallèle au durcissement des mesures policières contre la consommation de stupéfiants et à la possible reprise des fumigations aériennes au glyphosate, est loin de satisfaire les revendications traditionnelles des indigènes.

Tant l’Onic que des organisations paysannes liées à la culture de la feuille de coca sont plutôt favorables à la substitution volontaire des cultures illicites, engagée par l’ex-président Juan Manuel Santos (2010-2018) en application de l’accord de paix avec les Farc.

L’ONU a aussi souligné l’importance de la concertation avec les populations des zones affectées.

Mais l’actuel gouvernement a invoqué un manque de ressources pour mener à bien ces programmes, qui prévoient des aides aux paysans acceptant de substituer la coca ou la marijuana par des cultures légales, ce qui, selon lui, incitent au contraire au développement des plantations.

Après au moins quatre décennies de lutte contre les stupéfiants, la Colombie reste le premier producteur de cocaïne du monde et les Etats-Unis en sont le premier consommateur.

© AFP

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