Valoriser les sargasses, une affaire de sciences et de business

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Des algues sargasses ont envahi une plage du Gosier, sur l’Ile de Guadeloupe le 23 avril 2018
© AFP/Archives Helene VALENZUELA

Pointe-à-Pitre (AFP) – Du terreau, du bioplastique, du papier, ou encore un outil de dépollution: la valorisation des sargasses, ces algues brunes nauséabondes qui envahissent les plages des Caraïbes, suscite de nombreux projets, présentés cette semaine à Pointe-à-Pitre en marge d’une conférence internationale.

« Les invasions de sargasses ont été l’occasion pour tous les+Géo Trouvetou+ de venir présenter leur idées », sourit l’universitaire Sylvie Gustave Dit-Duflo, vice-présidente de la région Guadeloupe chargée de l’environnement.

Une douzaine de consortiums de chercheurs, lauréats d’un appel à projet international qui doit désigner ses vainqueurs vendredi, se partageront une enveloppe d’environ 10 millions d’euros financée par la région et l’Agence nationale de la Recherche.

Parmi eux, des programmes universitaires pour améliorer la connaissance des sargasses, qui deviennent toxiques lorsqu’elles entrent en putréfaction. Certains travailleront sur la télédétection par satellite ou l’impact des algues sur la santé ou la psychologie. D’autres étudieront des techniques de valorisation, pour faire des sargasses une ressource exploitable.

« Dans le programme Sargood, on cherche à isoler les molécules contenues dans les sargasses pour tester leurs applications en pharmacologie ou dans le domaine de l’alimentaire », explique Gerardo Cebrian qui pilote ce programme depuis l’université des Antilles Guyane (UAG) et ramasse des algues sur les plages avec ses étudiants.

Une autre branche de Sargood entend vérifier le potentiel de l’algue en matière de biomatériaux pour la construction, comme de la cendre-ciment, à base de sargasses.

Le laboratoire de l’UAG travaille aussi, depuis plusieurs années, sur la transformation de la biomasse en charbon actif, aux propriétés de filtre.

« Nous nous sommes demandé dans quelle mesure nous pourrions faire cela avec les sargasses », indique Sarra Gaspard, scientifique en charge du programme. Et, après avoir chauffé la sargasse à haute température, son charbon actif pourrait être efficace pour fixer les molécules de chlordécone, cet insecticide dangereux utilisé de 1972 à 1993, qui est l’autre fléau des Antilles.

Cette tentative de dépollution des sols antillais fonctionne en laboratoire. Une application généralisée pourrait arriver après 3 à 5 années de recherches.

Des solutions concrètes existent déjà. En marge de la conférence scientifique de Pointe-à-Pitre, le salon Sarg’Expo rassemble cette semaine des professionnels venus en quête d’un nouveau marché. La méthanisation est l’une de ces pistes, mais le faible pouvoir calorifique des sargasses conduit à la tester en les mélangeant à d’autres déchets organiques, explique Brice Reynaud, chef de projet d’une société allemande instasargassollée aux Antilles.

Un consortium de trois industriels martiniquais s’est aussi réuni autour du projet Garas qui intègre la collecte, le traitement et la valorisation des algues, pour en faire un projet « 100% local » visant à transformer les sargasses en bioplastiques, toujours avec d’autres déchets verts. Le terreau et le compost de sargasses sont également envisagés.

Plus artisanal, deux jeunes habitants de Saint-Barthélémy ont inventé un papier 100 % sargasses. « Au début », expliquent-ils, « nous voulions faire un éco-cirage pour notre marque de produits d’entretiens. Sauf que, comme pour l’huile et le vinaigre, la sargasse et le cirage, ça ne se mélange pas », indique Yohan Adam porteur du projet.

Le projet est déjà connu jusqu’en Bretagne, où le problème des algues vertes est assez similaire. Ailleurs dans la Caraïbe, chacun y va de sa solution : au Mexique, on travaille des briques, à Sainte-Lucie, on tente l’engrais.

© AFP

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