La prolifération des sargasses, phénomène encore mystérieux

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Des sargasses sur la plage des Salines, le 23 avril 2018 au Gosier, en Guadeloupe
© AFP/Archives Helene VALENZUELA

Courants, vents, réchauffement climatique, agriculture… Il n’est pas possible aujourd’hui d’identifier un responsable « unique » à la prolifération des sargasses, explique à l’AFP Frédéric Ménard, chercheur à l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

Dans tous les cas, il va falloir « apprendre à vivre avec » ce nouveau phénomène qui entraîne certaines années des échouages massifs d’algues aux émanations toxiques sur les plages des deux côtés de l’Atlantique, des Caraïbes à l’Afrique de l’Ouest, prévient le scientifique, au moment où se tient en Guadeloupe une conférence internationale sur le sujet.

Q: Que sait-on sur les sargasses ?

R: « Ce sont des algues brunes. La plupart des espèces de sargasses vivent ancrées sur les fonds marins. Mais deux espèces connues — sargassum fluitans et sargassum natans — flottent à la surface des océans.

Elles forment des radeaux qui peuvent atteindre des tailles impressionnantes de plusieurs centaines de m2 sur plusieurs mètres de profondeur et se baladent au gré des vents et des courants dans l’Atlantique.

Ces deux espèces se reproduisent par fragmentation végétative: un petit morceau coupé peut donner lieu au développement d’un nouvel individu (…). Ça leur donne une capacité de prolifération énorme.

Elles sont connues depuis très longtemps, Christophe Colomb les a décrites le premier quand il est arrivé dans la mer des Sargasses. Cette mer traditionnelle des Sargasses se trouve au niveau des Bermudes et de la Floride. Mais désormais, les algues sont descendues beaucoup plus au sud et cette nouvelle « mer des sargasses » est indépendante.

En gros depuis 2011, il y des échouages massifs de sargasses assez régulièrement, en particulier sur l’arc antillais.

Lorsqu’elles arrivent sur les côtes, elles pourrissent et consomment l’oxygène de la colonne d’eau, mettant en péril les organismes qui y vivent, notamment ceux qui ne peuvent pas bouger (coquillages, récifs coralliens…). L’autre problème est que (lorsqu’elles s’échouent) elles dégagent de l’hydrogène sulfuré, gaz toxique pour la santé humaine. »

Q: Pourquoi d’un seul coup ces algues prolifèrent plus au sud ?

R: « C’est ce qui nous interroge actuellement. Ce qui est très clair, c’est qu’il n’y a pas une raison unique qui puisse expliquer le développement de ces sargasses dans cette nouvelle zone. C’est très probablement multifactoriel.

On pense que la température a probablement un rôle. La composition physicochimique de l’eau, les nutriments, les vents, les courants concourent probablement aussi au phénomène.

Une des raisons souvent évoquée — loin d’être prouvée– est l’augmentation de la charge en nutriments du bassin de l’Amazone. Le fleuve charrie énormément de matières en suspension, nutriments potentiels pour certains organismes, dont les algues. Une des raisons débattues est l’augmentation de l’activité agricole et de la déforestation.

Pour l’instant la zone, contrainte par la dynamique des courants dans l’océan atlantique, ne s’étend pas. Mais le phénomène des sargasses va perdurer.

Il va falloir apprendre à vivre avec, trouver des mesures pour protéger les sites sensibles.  »

Q: Comment lutter contre les échouages ?

R: « Il faut déjà essayer de comprendre le phénomène. On utilise des outils satellites pour détecter et suivre les sargasses à grande échelle, et des capteurs à haute résolution pour travailler à des échelles plus fines.

Cela va nous permettre ensuite d’alerter les pouvoirs publics (…) Peut-être pas jusqu’à la prévision des échouages sur les plages mais pour anticiper des périodes d’échouages.

Mais il ne faut pas considérer que les sargasses sont une plaie dont il faut se débarrasser. C’est un gros problème quand elles s’échouent, mais en pleine mer elles ne sont ni toxiques ni nocives, et elles ont un rôle écologique. Elles servent de refuge à beaucoup d’espèces de poissons et de nurserie à certaines espèces. »

© AFP

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