Lubrizol: les vaches de retour dans les prés

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Les vaches ont retrouvé l’herbe fraîche, plus de deux semaines après l’incendie de Lubrizol, le 15 octobre 2019, dans les champs de Conteville
© AFP LOU BENOIST

Les fosses à lisier sont encore blanchies par le lait jeté depuis plus de deux semaines mais les vaches s’ébrouent enfin sur l’herbe grasse: contraints de confiner leurs bêtes après la catastrophe de Lubrizol à Rouen, les producteurs de lait respirent enfin après la levée lundi de ces mesures de précaution.

« Là on peut voir que les vaches apprécient l’herbe qui a repoussé depuis 18 jours qu’elles étaient confinées dans le bâtiment. Un bovin est fait pour la pâture. On revient sur les fondamentaux », relève Aline Catoire devant ses 57 bêtes qu’elle vient de lâcher dans un de ses champs à Conteville, à 45 km à vol d’oiseau de l’usine Lubrizol.

Le 26 septembre, le spectaculaire incendie de ce site Seveso seuil haut a produit un panache de fumée noire de 22 km de long. L’État a dans la foulée ordonné le confinement des animaux d’élevage et interdit la commercialisation de tout ou partie de la production de près de 3.000 producteurs, dont Mme Catoire. Après un avis favorable de l’Anses (l’agence nationale de sécurité sanitaire et de l’alimentation), la mesure a été levée lundi soir, pour les seuls producteurs laitiers, majoritaires toutefois.

La collecte a donc repris lundi à 18h00 et les vaches ont regagné les champs mardi matin.

« C’est aussi un bien sanitaire parce que durant cette période où il fait plutôt doux et humide, le confinement en bâtiment pour des vaches laitières, c’est pas l’idéal. Ça développe des bactéries », ajoute la productrice de lait de 35 ans qui est aussi vice-présidente de la chambre d’agriculture du département.

A quelques centaines de mètres de là, la fosse à lisier est encore largement teintée du blanc du lait jeté les deux semaines passées, mélangé aux excréments des animaux. « Avec le lait ça pue beaucoup plus », note Aline Catoire.

« Ça ne nous est arrivé qu’une fois de jeter du lait dans la fosse à lisier, il y a cinq ans: le camion de la laiterie ne passait pas à cause de congères. Mais là, cette situation, l’ampleur qu’elle a eue c’est inédit en France, autant de jours sur autant de surface », souligne cette mère de famille.

Les éleveurs de Seine-Maritime ont jeté 500.000 litres par jour à cause de la catastrophe, Aline Catoire 30.000 au total soit 11.000 euros. Cette perte va être compensée par l’interprofession.

« loin d’être fini »

Mais pour Mme Catoire « le soulagement » de la fin des restrictions n’est qu’en « demi-teinte ».

« C’est loin d’être fini. Il y a beaucoup de coûts indirects plus difficiles à chiffrer, comme le coût de la paille qui a servi à nourrir les animaux pendant le confinement », estime-t-elle.

Et « on ne sait pas encore quand et si on va pouvoir utiliser nos fourrages pour nourrir nos animaux, ni ce qu’on doit faire du lait jeté dans les fosses à lisier », ajoute l’agricultrice dont les animaux étaient nourris à 95% de maïs en septembre.

« On est soumis à la directive nitrate qui donne un calendrier d’épandage bien défini. On espère que l’administration sera la plus flexible possible » afin que ce mélange de lait et de lisier puisse être épandu, poursuit Mme Catoire.

L’agricultrice a en outre des doutes sur la volonté de Lubrizol de rembourser l’interprofession.

« L’État dit +pollueur-payeur+ mais est-ce que Lubrizol ne va pas dire +regardez les analyses, y a pas de pollution+ », s’interroge-t-elle.

Surtout, « il y a encore plein de producteurs dans l’attente qui comprennent pas pourquoi les analyses prennent autant de temps », souligne l’éleveuse.

L’Anses puis l’État doivent se prononcer avant la fin de la semaine sur les œufs, le miel et les produits maraîchers qui demeurent encore interdits à la vente dans de nombreuses communes de Seine-Maritime, de l’Oise, de la Somme, du Nord et de l’Aisne.

© AFP

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