A Berlin, Extinction Rebellion forme ses troupes à la désobéissance civile

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Des militants d’Extinction Rebellion lors d’une formation à la désobéissance civile, le 6 octobre 2019 à Berlin
© AFP/Archives John MACDOUGALL

Assis au sol, au pied d’un bâtiment désaffecté de Berlin, des activistes d’Extinction Rebellion (XR) répètent une opération de blocage de la chaussée, l’une des actions coups de poing qu’ils mènent pour contraindre les gouvernements à « dire la vérité sur la crise écologique ».

La police a lancé trois sommations et « va maintenant vous évacuer. C’est le moment de vous regrouper par terre en rangs serrés! », lance l’énergique Tori, 20 ans.

La jeune Berlinoise, qui comme les autres militants d’Extinction Rebellion ne souhaite pas révéler son identité, anime en cette froide matinée automnale une session d’entraînement à la désobéissance civile non-violente, un mode d’action directe adopté par le mouvement depuis sa création l’an dernier en Grande-Bretagne.

Quelque 150 militants, sympathisants de XR mais aussi novices de l’action pour le climat, se sont retrouvés derrière l’Alexanderplatz, au pied de la « Maison de la Statistique », un ancien bâtiment public de la RDA, pour une formation express de trois heures.

Elle s’inscrit dans le cadre de la mobilisation du mouvement écologique depuis lundi dans le monde entier.

L’assistance, qui compte environ autant d’hommes que de femmes, est jeune, en majorité âgée de 20 à 30 ans, et blanche.

A terre, les participants, bonnets et écharpes en laine pour résister aux longues heures en extérieur, ont enlacé leurs jambes et croisé les mains sous leurs cuisses.

« Petit paquet »

« Adoptez une position dite de petit paquet », conseille un animateur.

L’animateur, aux dreadlocks relevées en chignon, les incite aussi à former des « groupes d’affinité » d’une dizaine de personnes pour se soutenir et s’entraider dans les sit-ins.

Puis d’autres participants, qui se font passer pour des policiers, commencent à les soulever de terre pour les évacuer.

« Si la police m’interpelle, dois-je accepter qu’on me prenne en photo et qu’on relève mes empreintes digitales? », demande un homme dans l’assistance. « Puis-je porter un masque d’animal? » et « est-ce que j’ai le droit de réclamer de la nourriture végane en garde à vue? », entend-on aussi.

Le public s’est maintenant rassemblé en rond sur un ancien stand d’auto-tamponneuses tandis que tourne un thermos de thé brûlant.

« Cachez le moins possible votre visage lors d’une action (…) Ayez une pièce d’identité sur vous (…) Laissez votre téléphone portable à la maison », conseille Tori.

Avant de bloquer un pont ou d’interrompre le trafic automobile, « il est important de s’interroger sur ses limites », reprend Tori. Elle insiste auprès des 150 activistes: chacun peut quitter un blocage dès l’arrivée de la police, personne n’est obligé d’aller jusqu’à une arrestation.

« Le lion », un étudiant berlinois de 28 ans, assure à l’AFP vouloir aller jusqu’au bout car « la désobéissance civile est le seul moyen pour faire entendre ma voix ».

« Pacifiste »

« Je suis pacifiste et je ne me suis jamais battu », ajoute néanmoins le jeune homme rencontré lors d’un rassemblement à la Porte de Brandebourg.

Près de lui, deux jeunes femmes inscrivent sur leur avant-bras le numéro de téléphone d’une association d’assistance juridique qu’elles pourront appeler en cas de garde à vue. Elles suivent ainsi l’un des multiples conseils prodigués par XR.

« Extinction Rebellion ne commet pas de délits », prévient Tori auprès des 150 participants.

« Il est aussi extrêmement important que vous n’attaquiez personne », selon elle. Car « la méga priorité pour XR, c’est la non-violence », un principe que la jeune femme répète à de nombreuses reprises à l’assistance.

Il est 14 heures quand la formation s’achève. Tori n’a même pas le temps de prendre une pause qu’une centaine de personnes afflue pour la deuxième session de la journée.

« Quand nous avons commencé en février, nous faisions une ou deux sessions de formation par mois. Nous en organisons maintenant trois par semaine et ces derniers jours cinq par jour », se félicite-t-elle auprès de l’AFP.

En quête d’informations, une jeune femme lui demande: « Si je suis évacuée par la police, j’ai le droit de retourner dans le sit-in? ».

© AFP

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