En Arménie, une montagne d’or qui ne passe pas

Publié le : Last updated:

Temps de lecture : 3 minutes  

mine

La route menant au Mont Amulsar en Arménie, site d’un projet controversé de mine d’or, le 15 septembre 2019
© AFP KAREN MINASYAN

Pour eux, c’est un combat entre David et Goliath. En Arménie, militants écologistes et riverains s’opposent farouchement à l’ouverture d’une mine d’or potentiellement désastreuse pour l’environnement et l’économie locale.

En construction sur le mont Amoulsar, dans le sud-est de ce pays pauvre et montagneux du Caucase, cette exploitation à ciel ouvert va, selon ses détracteurs, empoisonner massivement des sources d’eau potable et mettre en danger les revenus tirés du tourisme.

Le Premier ministre Nikol Pachinian affirme au contraire que la mine, développée par l’entreprise américano-britannique Lydian, premier investisseur étranger d’Arménie, est une source vitale d’investissements et un signe de l’ouverture économique du pays.

Arrivé au pouvoir l’année dernière après une grande vague de manifestations populaires, M. Pachinian, un ancien journaliste connu pour son style décontracté, est maintenant visé directement par les opposants à l’exploitation, qui lui reprochent de préférer les affaires au bien-être de ses concitoyens.

« La mine polluera l’eau, le sol et la terre », résume Erazik Stepanian, 57 ans, une habitante de Gndevaz, un petit village situé à quelques kilomètres du mont Amoulsar. « Nous ne voulons pas que nos enfants tombent gravement malades. Et nous ne laisserons personne abîmer notre nature ».

Depuis le blocage du site par des manifestants, il y a un an, les travaux sont suspendus. « Nous nous battrons jusqu’au bout », affirme à l’AFP Suzi Hunanaian, 18 ans, dont la famille a participé aux mobilisations contre le chantier.

Dans la ville thermale de Djermouk, qui a donné son nom à la plus célèbre marque d’eau minérale d’Arménie, Mkhitar Stepanian, un vendeur d’herbes médicinales, craint que la mine d’or ne fasse fuir les touristes et détruise son gagne-pain.

« Personne n’achètera mes plantes si on a peur qu’elles soient empoisonnées », affirme-t-il en jetant un regard anxieux vers les feuilles de camomille, de millepertuis et de menthe disposées sur son kiosque.

Le site de construction est situé près de rivières alimentant le grand lac Sevan, très apprécié des touristes et principale source d’eau potable du pays.

A Erevan, la capitale, des milliers de personnes ont manifesté contre le projet en septembre. En août, des militants s’étaient réunis autour du palais présidentiel et du Parlement pour exiger son abandon.

« Conséquences ingérables »

Lydian indique avoir déjà dépensé en dix ans 400 millions de dollars pour le développement des gisements d’Amoulsar, dont les réserves sont estimées à 40 tonnes d’or pur. Face aux critiques, l’entreprise dénonce une « gigantesque désinformation » s’inscrivant dans « une campagne lancée par des compagnies minières rivales ».

« Lydian est entièrement transparente dans ses exploitations et ses pratiques environnementales. Elles respectent tous les standards internationaux ou les dépasse », affirme à l’AFP Hayk Aloïan, directeur exécutif de Lydian.

Karine Danielian, à la tête de l’ONG « Association pour un développement humain durable », n’est pas du même avis. Selon elle, les produits chimiques utilisés dans l’exploitation aurifère pourraient entraîner un processus d’oxydation dans d’importants cours d’eau environnants, les rendant « impropres à l’irrigation et à la consommation ».

« La pollution de l’eau pourrait susciter des dégâts irréparables pour l’écosystème du lac Sevan et les sources minérales de Djermouk », ajoute la militante.

Le chercheur Seïran Minassian, directeur de l’Institut de physique chimie d’Erevan, prédit également des « conséquences écologiques ingérables » si le projet aboutit. Il affirme que « toutes les mines arméniennes sont exploitées de façon barbare, sans respect des normes environnementales ».

Dans une vidéo publiée à l’occasion des dernières manifestations dans la capitale, le Premier ministre Pachinian a minimisé ces risques écologiques et affirmé que la fin du projet frapperait durement le climat des affaires. Selon Lydian, il injectera 120 millions de dollars chaque année dans le PIB arménien et créera de nombreux emplois bien rémunérés.

D’après plusieurs politologues, le soutien de Nikol Pachinian à la mine d’Amoulsar pourrait ébranler sa popularité toujours vivace chez les Arméniens, qui l’ont porté triomphalement au pouvoir lors d’un mouvement de rejet des vieilles élites corrompues.

« L’affaire d’Amoulsar peut conduire à des divisions au sein de la majorité du parti de Pachinian au Parlement », envisage l’expert Vigen Hakobian, qui reconnaît que le dirigeant arménien est dans une position inconfortable : « Il est à la fois sous la pression de la société civile et d’une grosse multinationale soutenue par les Etats-Unis et le Royaume-Uni ».

© AFP

Media Query: