L’eau radioactive de Fukushima, un casse-tête pour le monde nucléaire

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Fukushima,

Un employé de la compagnie d’électricité mesureles taux de radiation autour des citernes contenant de l’eau contaminée par la radioactivité à la centrale nucléaire de Fukushima, le 27 juillet 2018 à Okuma, au Japon
© POOL/AFP/Archives KIMIMASA MAYAMA

Un champ de gigantesques citernes, des hangars pleins de cuves et tuyauteries où bruissent des machines assourdissantes, des hommes en combinaisons de protection, casqués, masqués: cette image illustre le calvaire de la gestion de l’eau contaminée dont on ne sait que faire à la centrale nucléaire Fukushima Daiichi.

Plus d’un million de tonnes d’eau est stockée dans l’enceinte de ce site ravagé par le tsunami de mars 2011.

Pomper, pomper, filtrer, filtrer et filtrer encore pour enlever autant que possible les éléments radioactifs de cette eau qui descend en permanence des montagnes ou provient du système de refroidissement, c’est le quotidien des travailleurs de « ichi-efu » (1F), surnom de la centrale.

Un mur d’enceinte souterrain en glace et d’autres techniques un peu folles ont permis de réduire de plus de moitié, à 150 tonnes, les quantités d’eau nouvellement contaminées chaque jour.

Dans le hangar-usine où tourne le système de décontamination ALPS, c’est « zone Y », synonyme de danger: « les filtres de la machinerie contiennent les radionucléides, donc il faut être très protégé ici, tout comme dans les bâtiments des réacteurs », explique Katsutoshi Oyama, chargé de la gestion du risque chez Tepco.

L’eau, c’est un cauchemar: il y a déjà sur place un millier de futs d’une capacité unitaire allant jusqu’à 1.200 tonnes: ils ont pris la place de cerisiers qui égayaient le printemps.

« Nous allons en construire d’autres également sur le site jusqu’à fin 2020 et nous pensons que toutes les citernes seront pleines vers l’été 2022 », indique Junichi Matsumoto, un responsable de l’entité de Tepco chargée du démantèlement.

« Sous contrôle »

Que faire ensuite de cette eau ?

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pousse pour la dilution en mer, mais pour le moment, ce n’est pas faisable car, comme l’a reconnu Tepco, une grande partie est encore lourdement chargée en éléments radioactifs dangereux pour la chaîne alimentaire, dont du strontium 90.

« Les premières générations du système ALPS n’étaient pas assez performantes », précise un porte-parole de Tepco.

Et même si au bout de plusieurs passages prévus dans les filtres d’ALPS une soixantaine de radionucléides finissent par être supprimés, il en restera toujours un, le tritium.

Présent naturellement dans l’environnement, il l’est aussi sous forme artificielle depuis des décennies, car « l’industrie nucléaire (réacteurs, usines de traitement de combustibles irradiés) en rejette de façon localisée », selon l’Institut français de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

A la crainte de l’absence de transparence, s’ajoute à Fukushima le problème de la quantité énorme d’eau traitée.

Comme l’a rappelé à Tepco un journaliste sud-coréen lors de la visite du site, de l’eau radioactive avait été lâchée en mer juste après l’accident « sans demander l’avis des pays voisins ».

« C’est exact: en avril 2011, dans l’urgence, nous avions évacué des eaux accumulées dans les installations sans en référer à la Corée du Sud ni aux autres, mais cette fois, l’Etat a l’intention de demander leur avis aux régions et pays concernés », a répondu M. Matsumoto.

Un vrai débat

La décision n’est cependant pas pour demain, notamment en raison du risque politique très important à moins d’un an des jeux Olympiques de Tokyo, obtenus entre autre grâce à la l’affirmation du Premier ministre Shinzo Abe faite au Comité international olympique et restée dans les annales à propos de la pollution radioactive marine: « la situation est sous contrôle ».

« Nous voulons étudier la manière de minimiser les dégâts dus à la mauvaise réputation de la région et des produits de Fukushima », précise un responsable du ministère de l’Industrie.

Pour les écologistes, la réponse est en revanche claire: le rejet dans l’océan, c’est « non ».

« Tepco doit investir dans les meilleures technologies capables d’extraire de cette eau les radionucléides dangereux comme le strontium 90 et développer des moyens face au tritium », juge Shaun Burnie, spécialiste de l’énergie nucléaire au sein de l’organisme Greenpeace.

Tepco avait fait des propositions techniques pour supprimer le tritium mais elles ont été abandonnées pour des raisons financières.

« Rejet dans l’océan ? Je suis absolument contre », dit également Kyoichi Kamiyama, directeur du département radioactivité du Centre de recherche de la pêche et des milieux marins de la préfecture de Fukushima.

« Nous sommes peut-être à l’orée d’un vrai débat sur la meilleure option face à cette crise de l’eau », veut croire M. Burnie pour qui la solution est un stockage de long terme accompagné d’un traitement de purification renforcé.

© AFP

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