Début de la Convention citoyenne sur le climat, une procédure inédite

Publié le : Last updated:

Temps de lecture : 3 minutes  

manifestation

Manifestation contre le réchauffement climatique, le 21 septembre 2019 à Bordeaux
© AFP/Archives GEORGES GOBET

Cent-cinquante personnes tirées au sort réunies pour proposer des mesures de lutte contre le réchauffement climatique: un exercice inédit dans la vie démocratique française s’ouvre vendredi avec le lancement de la « Convention citoyenne pour le climat ».

Mission affichée, proposer au gouvernement des mesures pour « réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40% d’ici à 2030 par rapport à 1990 ». Un sujet potentiellement explosif, en grande partie à l’origine du mouvement des « gilets jaunes ». C’est d’ailleurs au sortir du « grand débat » destiné à tirer les leçons de cette crise qu’Emmanuel Macron avait avancé l’idée de cette Convention.

Après son ouverture à 14H00 dans les locaux parisiens du Conseil économique, social et environnemental (Cese), le Premier ministre Edouard Philippe viendra rappeler aux participants le but de l’exercice et la promesse d’agir pour la mise en oeuvre de leurs propositions. M. Macron s’était en avril engagé à ce qu’elles soient soumises « sans filtre, soit au vote du Parlement, soit à référendum, soit (à) application réglementaire directe ».

Le panel, censé représenter une « France en petit », a été tiré au sort dans un stock de 250.000 numéros de téléphone, avec des critères de représentativité (sexe, âge, catégorie professionnelle, lieu d’habitation…) pour refléter l’ensemble de la population.

On y trouve ainsi 51% de femmes et 49% d’hommes, répartis par tranches d’âge, des jeunes pour tenir compte des manifestations récentes sur le climat, des urbains en majorité et plus d’un quart de retraités.

Réunis pendant six week-ends d’ici fin janvier, les participants bénéficieront pour élaborer leurs suggestions de l’expertise de scientifiques, d’économistes ou encore de chercheurs en sciences sociales ou politiques… Répartis par un nouveau tirage au sort en groupes de travail sur de grandes thématiques – se déplacer, consommer, se nourrir, se loger, produire et travailler – ils se réuniront aussi régulièrement en séances plénières.

« Changer collectivement »

Par souci de transparence, celles-ci seront diffusées sur le site de la convention (https://www.conventioncitoyennepourleclimat.fr), où sera également accessible la documentation fournie aux participants.

« L’écologie c’est quelque chose pour lequel on est tous d’accord en général », estimait jeudi sur Public Sénat Emmanuelle Wargon, secrétaire d’Etat à la Transition écologique. « Quand on rentre dans les détails, ça nécessite de changer de comportements. Certains changements de comportement sont faciles, d’autres sont difficiles, on l’a vu sur les transports par exemple. La question que l’on pose à la Convention c’est comment faire en sorte qu’on arrive à changer collectivement de comportement. »

Pour garantir l’indépendance du processus, l’organisation a été confiée à un « comité de gouvernance », coprésidé par Thierry Pech, directeur de la fondation Terra Nova, et Laurence Tubiana, architecte de l’accord de Paris sur le climat. « Nous avons une paix royale, et je ne doute pas que ça va continuer », assure M. Pech à propos des relations avec l’exécutif.

Mme Wargon a de son côté dit « croire que le président (Macron) souhaite avoir l’occasion de rencontrer ces citoyens, mais pas forcément le week-end d’ouverture ».

Ce modèle de « convention citoyenne », inédit en France, a par exemple été utilisé plusieurs fois en Irlande, débouchant notamment sur les référendums sur la légalisation de l’avortement ou le mariage pour tous.

Mais la démarche ne convainc pas nombre d’ONG, qui estiment que l’exécutif en profite pour ne pas assumer ses responsabilités. « La profusion de déclarations et d’instances est la parfaite illustration des manoeuvres dilatoires du gouvernement, » dénonce ainsi Greenpeace.

Et dans une tribune publiée sur le site Reporterre, des associations, dont des membres d’Extinction Rebellion, mouvement qui appelle à des actions de désobéissance civile dans la semaine qui vient, a fustigé « des dispositifs (qui) ne proposent que des mesurettes ou des promesses lointaines et jamais tenues (et) ne servent qu’à gagner du temps ».

© AFP

Media Query: