En Allemagne, un insecte ravage les forêts affaiblies par le réchauffement

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Les traces laissées par le scolyte sur un tronc d’arbre, à Hoexter en Allemagne, le 25 juillet 2019
© AFP/Archives INA FASSBENDER

Welzow (Allemagne) (AFP) – Un tueur silencieux de quelques millimètres: le scolyte, une sorte de mini-scarabée, saccage les forêts allemandes fragilisées par la sécheresse et les tempêtes liées au réchauffement climatique.

Si ce petit coléoptère « crée des problèmes depuis 200 ans », explique le Dr Peter Biedermann, de l’université de Würzbourg, il ravage ces toutes dernières années des arbres « en stress hydrique », un sujet au coeur d’un sommet gouvernemental mercredi.

Des squelettes d’arbres gris-bruns, sans feuilles ni épines, remplacent peu à peu des feuillus verts et sains. Dans la forêt de Welzow, à une centaine de kilomètres au sud de Berlin, les dégâts du scolyte et de ses larves sont visibles à l’oeil nu.

A l’intérieur des troncs d’arbres morts, de petites galeries sont creusées, signe d’un passage récent.

« L’insecte ronge l’écorce puis s’introduit à l’intérieur pour y pondre. Ses larves se mettent ensuite elles aussi à manger l’intérieur du tronc et obstruent les voies nutritives de l’arbre, qui meurt en à peu près quatre semaines », explique à l’AFP Arne Barkhausen, garde-forestier dans le Brandebourg.

Dans d’autres régions allemandes, la situation est encore plus alarmante, avec des hectares de forêts détruits en quelques semaines en Bavière, Saxe-Anhalt ou Thuringe.

En Saxe, où les autorités régionales dénoncent une « catastrophe sans pareille », l’armée allemande a apporté son aide aux forestiers débordés pour évacuer les arbres morts.

La tâche pourrait vite s’avérer herculéenne et les conséquences dramatiques si n’est pas enrayée la propagation des scolytes, qui ont déjà dévasté une surface équivalente à 3.300 terrains de football, selon le gouvernement.

La forêt recouvre en effet un tiers du territoire de l’Allemagne, un pays qui comptait, lors du dernier recensement forestier en 2012, environ 90 milliards d’arbres et qui emploie quelque 1,1 million de personnes, plus que dans l’industrie automobile.

Le gouvernement d’Angela Merkel va tenter d’apporter des réponses mercredi lors d’un sommet sur la forêt, une thématique qui revêt une dimension quasi mythique en Allemagne, dont les forêts servent de décor à nombre de contes et légendes et où le livre de l’Allemand Peter Wohlleben, « La vie secrète des arbres », est devenu un best-seller.

Mais il est difficile d’agir contre cette prolifération, dont la cause principale est le réchauffement climatique.

« Le point de départ a été toute une série d’épisodes météorologiques extrêmes qui ont démarré avec la tempête Friederike en janvier 2018. La sécheresse de l’été 2018, suivi d’un hiver doux puis la sécheresse prolongée de cette année ont affaibli les arbres et provoqué l’explosion du scolyte », détaille Larissa Schulz-Trieglaff, porte-parole de l’Association des propriétaires forestiers.

Les scolytes adultes donnaient auparavant naissance à une, voire deux générations de plusieurs dizaines de milliers d’insectes en une année. A cause du réchauffement, les hivers sont moins rigoureux et ne tuent plus les scolytes en hibernation. Ces insectes sortent plus rapidement de cette période de sommeil et ce sont désormais trois, et même parfois quatre générations, qui voient le jour.

Les coléoptères déciment des arbres trop affaiblis par la sécheresse pour produire la sève qui repousse habituellement les insectes colonisateurs.

Si un épicéa, la variété favorite des scolytes qui représente près de 30% des arbres plantés en Allemagne, est « victime de scolytes, il peut repousser une ou deux générations, mais à la troisième, il ne peut plus se défendre et meurt », décrit Hans-Werner Schröck, membre de l’office forestier de Rhénanie-Palatinat.

La situation est d’autant plus alarmante que les moyens d’éradiquer l’insecte sont très limités.

« On a du mal à y faire face, on ne peut pas utiliser les procédés chimiques. Quand la bête est déjà dans l’arbre, elle y reste », selon Derk Ehlert, chargé de la faune et la flore, la capitale elle aussi confrontée au problème. « On essaye donc de privilégier les ennemis naturels des scolytes, notamment les guêpes qui mangent volontiers œufs et larves ».

Mais ce ne sont que des « solutions de court terme », prévient M. Biedermann. Pour lui, le seul moyen de venir à bout est d’en finir avec la monoculture, quand un seul et même arbre est planté sur des centaines d’hectares.

L’Association des propriétaires de forêts plaide elle aussi pour une diversification des forêts allemandes, avec des arbres d’autres continents mieux adaptés au réchauffement tels que le chêne rouge d’Amérique ou le mélèze du Japon.

Elle chiffre à 2,3 milliards d’euros le nettoyage des forêts puis le reboisement.

© AFP

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