Stockage des déchets radioactifs: un débat sans issue à Troyes

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Des employés du Centre de Stockage de déchets radioactifs de l’Aube arrivant sur le site, à Soulaines-Dhuys, le 16 avril 2018
© AFP/Archives FRANCOIS NASCIMBENI

Soulaines-Dhuys, petit village de l’Aube, peut-il accepter un deuxième centre de stockage de déchets radioactifs ? Entre militants écologistes et tenants du développement économique, la frontière semble dressée, comme l’a illustré un récent débat à Troyes.

Ce mardi soir de septembre, la Commission nationale du débat public (CNDP) fait étape à Troyes. Au menu: la question de la gestion des déchets radioactifs « faible activité à vie longue » (FAVL), dont il n’existe aujourd’hui en France aucun site de stockage définitif.

La France produit pourtant chaque année quelque 250.000 m3 de ces résidus issus de la fabrication du combustible à l’uranium et déchets du démantèlement des centrales de première génération. « Un bric à brac », ironise Jacky Bonnemains, porte-parole de l’association Robin des Bois, membre du Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire, dont la durée de vie varie de 30 à plus de 100.000 ans.

Dans cette salle de l’espace Argence, centre culturel installé dans une belle demeure à l’architecture XIXe siècle, les 250 participants, plutôt âgés, semblent d’abord un rien étourdis par la présentation technique.

« C’est une conférence ou un débat ? Quand est-ce que l’on débat ? », interpelle soudain une militante du groupe troyen de Greenpeace.

C’est le moment choisi par Patrice Torres, de l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), pour rappeler que « seul Soulaines s’est positionné favorablement » pour accueillir ce centre.

« Pas la poubelle nucléaire de la France ! »

C’est dans ce bourg de 400 habitants, à une soixantaine de km à l’est de Troyes, qu’est déjà implanté le Centre de stockage de l’Aube, d’une capacité d’un million de m3 de déchets de faible et moyenne activité à vie courte, géré par l’Andra.

Ce territoire, outre sa couche d’argile imperméable et protectrice, dispose d’un autre atout pour l’éventuelle installation du futur centre: sa disponibilité politique.

Son maire Philippe Dallemagne explique ainsi que, pour son « territoire rural qui résiste mieux que les autres », l’Andra est « le premier acteur économique ». « Nous avons doublé la population, créé de l’emploi, maintenu les services », affirme-t-il.

« L’Aube apporte une grande contribution, au-delà de ce qu’elle devrait. Mais c’est une question de solidarité nationale. Il y a une contrepartie financière parce qu’on rend service », assure à son tour le président sans étiquette du conseil départemental Philippe Pichery, concluant vigoureusement: « le territoire n’a pas été vendu! ».

« Il a été acheté ! » réplique du tac au tac au premier rang Michel Guéritte, président de l’association auboise « La qualité de vie », en allusion à un autre important site nucléaire de l’Aube, la centrale de Nogent-sur-Seine.

Puis deux de ses militants déploient une large banderole. « Non! La Champagne n’est pas la poubelle nucléaire de la France » et traversent en silence le devant de la grande salle.

Alors, faut-il « donner du temps au temps », comme le demande aussitôt après par visio-conférence l’ancienne ministre de l’Environnement Corinne Lepage, avocate de « La qualité de vie »?

Faut-il au contraire accélérer sur les études de faisabilité techniques, comme le suggère l’Andra?

Faut-il encore, comme le présente Jacky Bonnemains, « ne pas privilégier les régions géologiquement conformes » et que « chaque territoire prenne sa part », au nom de la solidarité nationale?

Au bout du compte, personne n’a vraiment convaincu personne. Mais « au moins, on s’est parlé », conclut la magistrate Isabelle Harel-Dutirou (CNDP) tandis que la salle se vide.

© AFP

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