Les séries se mettent au vert comme « Baron noir »

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Moins de gobelets et plus de lampes à LED, des déplacements en train plutôt qu’en voiture: les producteurs de séries TV commencent tout juste à limiter l’empreinte écologique de leurs tournages
© dpa/AFP/Archives Patrick Pleul

Moins de gobelets et plus de lampes à LED, des déplacements en train plutôt qu’en voiture: les producteurs de séries TV commencent tout juste à limiter l’empreinte écologique de leurs tournages.

« On utilise parfois des sources de lumière qui ont 50 ans et une consommation monstrueuse », décrit un jeune technicien qui a travaillé sur une des séries Netflix tournées en France.

Tout va très vite et tout consomme sur un gros tournage: outre les projecteurs et les groupes électrogènes, on se déplace beaucoup, souvent en voiture ou en avion, on utilise des décors pour une scène seulement, on jette de la nourriture… et on consomme des hectolitres de café, en dosettes le plus souvent.

Selon le Centre national du cinéma (CNC), le secteur audiovisuel émet environ un million de tonnes équivalent CO2 dans l’atmosphère chaque année en France, dont environ le quart est directement lié aux tournages. La production d’un épisode de série à Paris coûterait 35 tonnes en moyenne.

Les séries se prêtent pourtant bien aux gestes écologiques, avec leurs lieux de tournage récurrents. « Des outils existent depuis dix ans, mais on en est au tout début », souligne Joanna Gallardo, de la Commission du film de la région Ile-de-France.

La saison 3 de « Baron noir » (Canal+), dont le tournage s’est achevé en août, a notamment mis en place des pratiques écoresponsables.

Un « éco-manager » est notamment intervenu en amont pour gérer les déchets produits par ce tournage employant 75 techniciens et 300 figurants. 21.000 gobelets et 9.000 capsules de café ont pu être épargnés, selon la toute jeune société Seqoia, qui conseille les productions sur ces pratiques.

« Carbon Clap »

« On sensibilise sur la consommation de papier et de données numériques avant et pendant le tournage, on mutualise les voitures pour le transport, on privilégie des hôtels engagés, des décors réutilisables, l’usage de gourdes, et la nourriture provient de circuits courts. On fait de petits pas! », souligne Mathieu Delahousse chez Seqoia, qui après plusieurs films et séries prévoit déjà de s’agrandir face à la forte demande de coaching.

« Sur un tournage, l’écologie n’est pas une prérogative, il faut d’abord que le film se fasse », explique Mathieu Delahousse, qui s’inspire de son expérience en tant que régisseur sur de nombreux tournages. « On ne remet pas en cause leur façon de travailler, et on en revient souvent à des logiques simples, qui permettent aussi de faire des économies ».

« C’est un milieu d’expérience et de petites habitudes », confirme le technicien de Netflix. « Dès que tu amènes des trucs pas au point et que ça fait perdre du temps, les gens les rejettent ».

La profession tente pourtant de s’organiser depuis plusieurs années. Le collectif Ecoprod, qui réunit depuis 2009 des poids-lourds du secteur comme TF1 et France Télévisions, a par exemple conçu des guides de bonnes pratiques et un outil pour évaluer le bilan carbone des tournages, le « Carbon Clap ».

La CNC, membre d’Ecoprod et grand financier de la création TV, envisage de son côté de créer un cadre de référence sur les émissions de carbone, qui pourrait être pris en compte dans les critères de sélection des dossiers de financement des films et séries. La région Ile-de-France propose déjà de son côté un bonus écologique pour les productions respectueuses de l’environnement.

Au niveau européen, le projet Green Screen rassemble depuis 2017 huit régions aimées des caméras, comme l’Ile de France, Londres ou les Flandres. Green Screen doit révéler en novembre une sélection de 25 innovations technologiques qui réduisent l’impact environnemental de l’audiovisuel.

« Au début, on parlait dans le vent », explique Joanna Gallardo. « Mais les régisseurs viennent de plus en plus vers nous, notamment depuis la COP21. Il faut maintenant une vraie volonté des diffuseurs (les chaînes et plateformes) et les producteurs s’y mettront ».

© AFP

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