Ouragan Dorian : dépression dans les services météo après des attaques de Trump

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Le président américain Donald Trump présente dans le Bureau ovale une carte de la trajectoire possible de l’ouragan Dorian, le 4 septembre 2019 à la Maison Blanche, à Washington
© AFP/Archives JIM WATSON

Washington (AFP) – Les fonctionnaires du service public américain de météorologie sont entrés en résistance ouverte contre Donald Trump, qu’ils accusent de vouloir politiser un service dont l’intégrité scientifique est vénérée.

Tout a commencé le dimanche 1er septembre, quand Donald Trump a tweeté que « Caroline du Sud, Caroline du Nord, Géorgie et Alabama » seraient « très probablement touchés (beaucoup) plus fort que prévu » par l’ouragan Dorian, né quelques jours plus tôt dans l’Atlantique.

Vingt minutes exactement plus tard, le bureau du National Weather Service –l’équivalent de Météo France– à Birmingham, dans l’Alabama, écrivait sur Twitter: « L’Alabama ne subira PAS d’impact de Dorian. Nous répétons, aucun impact de l’ouragan Dorian ne sera ressenti dans l’Alabama ».

On ne sait pas pourquoi le président a inclus l’Alabama dans sa liste initiale. Goût de l’hyperbole? Désir de se montrer actif aux habitants de l’Etat? En tout cas, il a persisté. Huit tweets dans les jours suivants, et une carte présentée dans le Bureau ovale où, d’un coup de feutre noir, l’Alabama se retrouvait incluse sur la trajectoire potentielle de l’ouragan.

Dorian n’a jamais touché l’Alabama. Il n’est même pas rentré sur les terres américaines, remontant au large de la côte Est en direction du Canada.

Mais la Maison Blanche a apparemment mis la pression sur les hauts responsables politiques de l’Administration océanique et atmosphérique (NOAA), qui chapeaute les services météo, afin qu’ils désavouent leurs propres prévisionnistes, en particulier les auteurs du fameux tweet à Birmingham.

Le ministre du Commerce Wilbur Ross serait allé jusqu’à menacer de limoger de hauts responsables s’ils ne publiaient pas sur le champ un communiqué défendant le président, selon le New York Times.

Dont acte: des informations initiales montraient que des vents de force tropicale « pouvaient toucher l’Alabama », a déclaré la NOAA vendredi soir, épinglant son bureau de l’Alabama pour avoir parlé « en termes absolus ». La probabilité de vents relativement forts (mais pas de catégorie ouragan) dans l’Alabama oscillait au départ entre 0 et 20%.

Ce lâchage politique a stupéfait les météorologues, et le patron du service météorologique national lui-même, Louis Uccellini, a défendu les siens publiquement, lundi, lors de la conférence annuelle des météorologues, qui se tient justement dans l’Alabama.

« Quand les téléphones et les réseaux sociaux ont commencé à s’agiter vers 10 heures du matin le 1er septembre », a justifié Louis Uccellini, « ils ont mis fin à ce qu’ils pensaient être des rumeurs ».

« Le bureau de Birmingham a fait cela pour empêcher toute panique », a-t-il martelé, avant de demander à l’auditoire d’applaudir ses météorologues.

La salle a répondu par une standing ovation.

« Il est dommage que ce soit devenu une situation politique », regrette un prévisionniste du privé qui a assisté à la scène, Bill Murray, président de The Weather Factory à Birmingham. « Notre travail est de sauver des vies avec nos prévisions météo, pas de se préoccuper de politique ».

« Nous soutenons complètement le service météo de Birmingham, tous les météorologues les soutiennent », dit-il à l’AFP.

Les prévisions météo, surtout concernant les ouragans, sont un sujet très sensible. Le Centre national des ouragans est un petit service basé à Miami, qui dépend de la NOAA et a l’exclusivité des prévisions officielles.

Une prévision d’itinéraire erronée ou trop étroite peut coûter des vies, mais une prévision trop large peut conduire à l’évacuation inutile de millions de personnes.

L’exactitude des prévisions sur la course d’un ouragan a encore une marge d’erreur de l’ordre d’une centaine de kilomètres à 48 heures, mais elle s’est nettement améliorée depuis les années 1970, au point qu’au début des années 2000, le Centre des ouragans a commencé à produire des cartes à quatre et cinq jours, qui sont aussi bonnes que les cartes à trois jours des années 1990.

Bill Murray martèle d’ailleurs que Dorian est une « success story », car les prévisions ont assez vite montré que l’ouragan éviterait la Floride. « L’aéroport de Miami n’a jamais fermé », relève-t-il.

Donald Trump, lui, a tweeté ce week-end que l’affaire était artificiellement entretenue par les médias « fake news ». Mais elle pourrait se poursuivre mardi, le patron de la NOAA, Neil Jacobs, devant s’exprimer à la conférence annuelle de météorologie.

© AFP

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