Hausse du niveau de la mer: les grandes puissances menacées elles aussi

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Un cimetière des îles Marshall est inondé par la marée haute, en décembre 2008 dans l’atoll de Majuro, dans l’océan Pacifique
© AFP/Archives GIFF JOHNSON

Paris (AFP) – L’élévation du niveau de la mer représente un danger croissant pour les petits pays insulaires et les communautés côtières exposées, mais elle aura également un impact significatif sur les grandes puissances économiques mondiales.

En amont de la publication prochaine d’un rapport très attendu des Nations Unies sur les océans et le changement climatique, dont l’AFP a obtenu copie en exclusivité, voici un aperçu de ce qui attend la Chine, les États-Unis, l’Union européenne et l’Inde si rien n’est fait, ainsi qu’un rappel de leurs contributions respectives en terme d’émissions de dioxyde de carbone (CO2).

CHINE

Pays de 1,39 milliard d’habitants, la Chine a émis en 2017 10,8 gigatonnes de CO2, soit environ 29% du total mondial, d’après la base de données EDGAR (Emissions Database for Global Atmospheric Research) de l’Union européenne.

Si les émissions de CO2 par habitant de la Chine sont relativement basses, l’effet de la croissance exponentielle de la deuxième économie mondiale devrait avoir une incidence sur l’élévation du niveau de la mer pendant des siècles.

Le prochain rapport spécial du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sur les océans et la cryosphère – les zones gelées de la Terre – met en lumière certains défis imminents.

Shanghai, la ville la plus peuplée de Chine, est située dans un vaste delta, formé par l’embouchure du fleuve Yangtsé.

Le rapport du GIEC, dont l’AFP a obtenu un projet de résumé officiel, indique que si les émissions de CO2 demeurent aux niveaux actuels, Shanghai pourrait faire face à une élévation du niveau de la mer de 2,6 millimètres par an dans la deuxième moitié du XXIe siècle, bien au-dessus de ce qui est attendu en moyenne dans le monde.

Selon une étude, la valeur des biens menacés devrait atteindre 1.700 milliards de dollars d’ici 2070, et la moitié des protections contre les inondations de la mégapole pourraient être régulièrement inondées d’ici 2100.

Shanghai n’est pas la seule ville chinoise concernée. Une étude de 2015 a montré que sur les 20 villes les plus exposées au risque d’élévation du niveau de la mer, neuf se situent en Chine. Pourtant, les émissions de la Chine continuent d’augmenter, entraînant des augmentations globales d’une année sur l’autre.

« L’agenda climatique de Pékin ralentit en raison de la situation économique de la Chine », déclare à l’AFP Li Shuo, de Greenpeace International. « Lorsque vous rencontrez des difficultés économiques, certaines réglementations environnementales ont tendance à être affaiblies. Il y a toujours dans ce pays un fort désir de construire des centrales au charbon ».

ÉTATS-UNIS

Les Etats-Unis, qui émettaient 5,1 gigatonnes de CO2 en 2017, sont particulièrement vulnérables à la montée du niveau de la mer, avec son littoral Est très développé et ses immenses métropoles côtières.

Selon l’une des études citées dans le rapport du GIEC, sans réduction des émissions au niveau mondial, le niveau de la mer pourrait monter de 1,2 mètre à la fin du siècle, ce qui multiplierait par cinq les étendues inondables de l’est des États-Unis.

Une autre étude a averti que New York pourrait devoir affronter un risque accru d’inondation avec une élévation moyenne du niveau de la mer de 1,3 millimètre par an. New York pourrait être exposée à des crues de 2,25 mètres tous les cinq ans à compter de 2030 à 2045. Avant l’ère industrielle, une telle inondation se produisait tous les 500 ans en moyenne.

« Les États-Unis ne sont pas prêts à faire face à une élévation d’un mètre du niveau de la mer d’ici 2100 », déclare à l’AFP Michael Mann, professeur à la Penn State University. « Il suffit de regarder ce qui s’est passé à la suite des ouragans Sandy, Katrina ou à Houston. Ou en Caroline du Nord ».

« Il suffit d’un événement de ce type pour déplacer des centaines de milliers de personnes et détruire des infrastructures gigantesques qui coûtent des milliards de dollars. Nous sommes déjà confrontés à ce problème en raison de l’effet exacerbé des changements climatiques sur les phénomènes météorologiques extrêmes. »

UNION EUROPÉENNE

Le plus grand marché unique au monde a produit 3,5 gigatonnes de CO2 en 2017 mais plusieurs États membres se sont engagés à réduire leurs émissions.

Lors des récents pourparlers de l’ONU sur le climat, Yvon Slingenberg, directrice de l’action climatique de la Commission européenne, a déclaré à l’AFP qu’elle était confiante que tous les États membres s’engageraient pour la neutralité carbone « avant la fin de l’année ».

La neutralité carbone consiste pour un pays à ne pas émettre plus de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique, qu’il ne peut en absorber via par exemple les forêts et les sols.

L’Europe est moins à risque que les autres puissances économiques en ce qui concerne l’élévation du niveau de la mer, bien que le rapport du GIEC mentionne un risque accru d’inondations dans le delta du Rhin, un axe commercial très important.

Mais les températures plus élevées dues aux émissions pourraient ralentir les courants océaniques dans l’Atlantique Nord (AMOC), ce qui entraînerait des tempêtes hivernales plus violentes sur le continent.

INDE

L’Inde a produit pour sa part 2,4 gigatonnes de CO2 en 2017. Environ 260 millions de personnes – un cinquième des Indiens – vivent dans des régions côtières déjà confrontées à des tempêtes exacerbées par le changement climatique.

Le rapport du GIEC note que la mousson indienne estivale, source vitale d’eau pour les ressources agricoles de centaines de millions de personnes, s’est considérablement affaiblie depuis 1950, probablement en raison du réchauffement de l’océan Indien.

Harjeet Singh, chargé des questions climatiques chez ActionAid, une organisation non gouvernementale, a déclaré à l’AFP que l’Inde était particulièrement vulnérable à la montée du niveau de la mer et que des millions de personnes pourraient être déplacées au cours des décennies.

« La question est de savoir où ils vont aller », a-t-il déclaré. « Nous parlons de l’un des pays les plus peuplés du monde, ce qui signifie que cela finira par entraîner un conflit entre les communautés hôtes et les personnes déplacées. Nous sommes assis sur une bombe à retardement ».

© AFP

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