Un « camp climat » en Alsace pour former les militants de demain

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Des personnes participent à un atelier sur les conduites à adopter pendant les manifestations, le 2 août 2019 à Kingersheim, dans l'est de la France © AFP SEBASTIEN BOZON

Des personnes participent à un atelier sur les conduites à adopter pendant les manifestations, le 2 août 2019 à Kingersheim, dans l’est de la France
© AFP SEBASTIEN BOZON

Kingersheim (France) (AFP) – « Je ne pourrai pas me regarder dans le miroir si je n’agis pas » : comme Christine, un millier de personnes, la plupart militants écolos débutants, participent à « un camp climat » en Alsace, pour se former aux « actions de masse » de demain.

Aux côtés de cette jeune retraitée de Gironde, présente depuis novembre dans les marches pour le climat, de très nombreux jeunes, mais aussi des familles, sont réunis jusqu’au 11 août à Kingersheim (Haut-Rhin) dans une atmosphère où décontraction et humour potache cohabitent avec sérieux et sens aigu de l’urgence à agir pour l’environnement.

Au programme de ces 12 jours, organisés par Alternatiba, les Amis de la Terre et ANV-COP21, 300 formations pour maîtriser la boîte à outil du parfait militant écologiste du XXIe siècle, non-violent mais prêt si nécessaire à la désobéissance civile.

Les thèmes : élaborer une stratégie d’action non-violente, mettre en place une campagne de financement participatif, susciter l’intérêt des médias, sonoriser un événement, sécuriser des échanges sur internet, organiser les premiers secours en action, mobilisAlsacer les parlementaires…

Autant de clés pour les « néo-écolos ». Entrés dans le mouvement par les marches pour le climat et parfois dépourvus de culture militante, ils ont pris sur leurs vacances pour franchir un cap supplémentaire.

« Pancartes qui flashent »

« Quand je fais des marches pour le climat, je vois des gens qui passent, qui ne regardent pas, du coup je pense que c’est important de pouvoir faire des pancartes qui flashent », explique Myriam Trémoulinas, visage juvénile et large sourire.

À genoux sur un drap où elle peint un logo, cette Stéphanoise de 15 ans participe à un atelier où elle apprend également à fabriquer des « armlocks », des tubes que les militants passent autour de leurs bras pour former des chaînes humaines.

Parmi les événements dans la ligne de mire des organisateurs et de nombreux participants, le G7 à Biarritz fin août mais aussi les élections municipales de 2020.

Lors du premier « camp climat » organisé en 2016, 300 personnes avaient été formées à Espère (Lot-et-Garonne). L’année suivante, elles étaient 600 à Maury (Pyrénées Orientales).

« Cette année, on vient de dépasser un seuil : on est passé de militants dans leur coin à un effet de société », se félicite Khaled Gaiji, président des Amis de la Terre, qui appelle à continuer à « pousser le changement d’échelle ».

« C’est une bonne nouvelle d’apprendre la désobéissance civile quand les États ne prennent pas la mesure de l’urgence », soutient Joe Spiegel, maire (Place publique) de Kingersheim, qui met à disposition les locaux des formations, concerts et projections.

Plus sensibles que d’autres, certains modules proposent de « connaître et maîtriser le rapport avec les forces de l’ordre » en se mettant à leur place et d’apprendre les « techniques de blocage, résistance et franchissement en action ».

 « Poids mort »

« On apprend à ne pas se débattre mais ne pas coopérer non plus quand on est délogé », en utilisant la technique du « poids mort », explique le formateur Nicolas Rangeon. « Ce n’est pas facile quand on est stressé de se relâcher complètement ».

Les participants sont amenés à réfléchir au niveau de risque, physique mais aussi juridique, qu’ils sont prêts à prendre.

Une réflexion à laquelle les invitent même les intitulés des différents espaces du camp : le terrain où moutonnent les tentes des participants a été baptisé la ZAD, pour « zone à dodo », la vaste salle municipale du Hangar est devenue le « Hangar d’à vue ».

« On a de plus en plus de gardes à vue avec Décrochons Macron  (la campagne de décrochage des portraits du président dans les mairies menée par ANV-COP21, NDLR) et pourtant les gens continuent », constate Zoé Lavocat, porte-parole d’Alternatiba-ANV COP 21, qui souligne la nécessité de solides formations des militants sur leurs droits.

L’apogée du camp est prévue le 10 août, avec la simulation d’une action de masse de désobéissance civile, dans laquelle des participants joueront les rôles de militants mais aussi de policiers ou de journalistes.

L’occasion parfaite pour les néophytes d’apprécier leurs limites.

Christine, la retraitée girondine, se voit plutôt en « base arrière ». Mais « mes limites évoluent. Les actions qu’on menaient au départ ne suffisent plus », assure-t-elle.

© AFP

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