La sécurité alimentaire au défi du réchauffement : le rapport du Giec adopté

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Le sigle de l'Organisation mondiale de la météolorogie où se tient une réunion des experts de l'ONU sur le climat (Giec), le 2 août 2019 à Genève © AFP FABRICE COFFRINI

Le sigle de l’Organisation mondiale de la météolorogie où se tient une réunion des experts de l’ONU sur le climat (Giec), le 2 août 2019 à Genève
© AFP FABRICE COFFRINI

Genève (AFP) – Au terme d’une session marathon, les États ont approuvé mercredi à Genève le rapport du Giec sur l’utilisation des terres qui doit être rendu public jeudi, avec en toile de fond la nécessité d’assurer la sécurité alimentaire d’une population croissante et la lutte contre le réchauffement.

Les délégations des 195 pays membres du Giec étaient réunies depuis vendredi à huis clos en Suisse pour examiner ce rapport spécial des experts de l’ONU pour le climat consacré au « changement climatique, la désertification, la dégradation des sols, la gestion durable des terres, la sécurité alimentaire et les flux de gaz à effet de serre dans les écosystèmes terrestres ». En clair : comment le réchauffement climatique affecte les terres consacrées aux cultures, à l’élevage ou encore les forêts, et par ricochet la sécurité alimentaire, mais aussi comment les pratiques agricoles ou la déforestation agissent sur le climat.

Le Giec a finalisé les termes de ce rapport thématique « après une session finale marathon » vers 10H30 GMT ce mercredi, a tweeté Stephen Cornelius, de WWF.

L’examen ligne par ligne du « résumé à l’intention des décideurs politiques » du rapport complet d’environ 1 200 pages aurait dû s’achever mardi en fin d’après-midi, mais les discussions se sont prolongées lors d’une session finale d’adoption d’environ 28 heures.

Le résultat des débats menés par consensus, ce qui peut conduire à édulcorer certaines formulations, sera rendu public jeudi matin à Genève.

« Nous sommes très heureux que le rapport ait été approuvé », s’est réjouie Fernanda Carvalho du WWF.

Ce texte est essentiel car il souligne « que la façon dont nous utilisons les terres n’impacte pas seulement le climat, mais la capacité des terres à fournir les moyens d’existence aux gens, à la nature et à la biodiversité », a-t-elle ajouté.

Alimentation vs climat ?

Cette expertise scientifique, la plus complète à ce jour sur le sujet, fait le point sur l’état des terres, les impacts des changements climatiques actuels et à venir, mais aussi sur la façon dont la modification de l’usage des terres joue sur le climat.

Ses auteurs se sont aussi penchés sur le système alimentaire mondial, ses limites et l’évolution des régimes alimentaires, avec une consommation croissante de viande. Environ 820 millions de personnes souffrent de la faim, deux milliards d’adultes sont obèses ou en surpoids et 30% de la nourriture serait perdue.

Le rapport aborde également la lutte contre la désertification, le rôle des femmes et des communautés autochtones.

Derrière ce sujet complexe, qui touche à des domaines très divers – les conditions de vie de nombreuses personnes, la préservation des écosystèmes, les intérêts de puissantes industries agro-alimentaires et forestières – se niche une question fondamentale : comment nourrir une population qui pourrait atteindre 11,2 milliards d’individus en 2100 tout en contenant le réchauffement climatique à 1,5°C, objectif idéal de l’Accord de Paris sur le climat ?

Comment y parvenir sans créer une compétition intense pour l’usage des terres et dégrader encore plus les écosystèmes, alors que les activités humaines ont déjà abîmé environ un quart des terres émergées non couvertes par des glaces ?

Certains sont partisans de solutions fondées sur les bioénergies, c’est-à-dire les énergies produites à partir de bois, de produits agricoles ou de déchets organiques, et la technologie des BECCS, qui visent à produire de l’énergie tout en retirant du C02 de l’atmosphère.

D’autres acteurs mettent en garde contre le danger que représente l’usage de ces techniques à grande échelle, car elles nécessiteraient des surfaces terrestres importantes, qui ne pourraient plus être consacrées à l’agriculture et à l’élevage.

Ce sujet a constitué un des principaux points d’achoppement des discussions à Genève, selon des observateurs.

Ce rapport spécial fait suite à celui consacré à la faisabilité de l’objectif de 1,5°C, publié en octobre. Il avait secoué l’opinion publique et conduit des centaines de milliers de personnes à descendre dans la rue pour exiger de leurs gouvernements qu’ils agissent plus vite.

Un troisième rapport « spécial » dédié aux océans et à la cryosphère (banquise, glaciers, calottes polaires) sera adopté fin septembre à Monaco, au moment où l’ONU organisera un sommet sur le climat à New York.

© AFP

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