Les déchets miniers au Chili, une bombe à retardement ?

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Des sites de stockage d'eaux polluées par l'exploitation de mine de cuivre, à Rancagua, au Chili, le 31 mai 2019 © AFP Martin BERNETTI

Des sites de stockage d’eaux polluées par l’exploitation de mine de cuivre, à Rancagua, au Chili, le 31 mai 2019
© AFP Martin BERNETTI

Santiago du Chili (AFP) – Vus du ciel, ce sont de petits lacs turquoise ou émeraude qui scintillent au nord du Chili. Mais dans ce pays où les mines sont un pilier de l’économie, ces centaines de barrages miniers constituent une véritable bombe à retardement.

Le récent désastre de Brumadinho, en janvier 2019 au sud-est du Brésil, a mis en évidence la dangerosité de ces sites où sont stockés les résidus issus de l’activité minière : la rupture du barrage appartenant au géant minier Vale a déversé un véritable tsunami de boue rougeâtre qui a tout emporté sur son passage et fait 270 morts.

En 2015, un autre barrage de Vale avait cédé à Mariana, faisant 19 morts et causant un désastre environnemental sans précédant, les résidus se déversant jusqu’à l’océan.

Depuis ces incidents majeurs, les voyants sont au rouge au Chili, principal producteur de cuivre dans le monde, même si les autorités se veulent rassurantes. D’autant que chaque tonne de minerai extraite génère 30 tonnes de déchets: avec 1,5 million de tonnes de résidus minier par jour, le pays est également le champion en la matière.

« Ce n’est pas que ça ne pourrait pas arriver (ici) mais ça parait très difficile d’avoir un scénario comme au Brésil », explique à l’AFP le ministre des Mines Baldo Prokurica.

« Car à la différence du Brésil, nous sommes un pays très sismique et les mesures adoptées à partir de 1965 font que la partie humide du barrage ne soit pas au niveau du mur de contention mais à l’arrière », ajoute-t-il, en référence à l’année de la dernière tragédie de ce type au Chili.

Le 28 mars 1965, un séisme de magnitude 7,4 sur l’échelle de Richter avait provoqué la rupture d’un barrage minier, faisant plus de 300 morts.

Depuis, ces sites sont construits avec les mêmes normes antisismiques que les immeubles, souligne Gustavo Lagos, professeur d’ingénierie minière de l’Université catholique du Chili.

Les barrages en activité les plus importants « sont très contrôlés », assure-t-il à l’AFP. « Le problème, ce sont les plus petits et ceux qui ont été abandonnés ».

Pollution chimique

Après plus d’un siècle d’activité minière au Chili, on compte 740 sites de stockage de déchets miniers, selon le Service national de la Géologie et des Mines (Sernageomin). La plupart sont situés dans les environs des villes de Coquimbo, Antofagasta, Atacama (nord) et dans la région métropolitaine (centre).

Sur ces 740 installations, 469 sont inactives et 170 abandonnées.

Les détracteurs de ces barrages tirent également la sonnette d’alarme concernant le risque que représentent les produits chimiques utilisés pour séparer le métal de la terre, particulièrement dangereux pour la santé et l’environnement.

« Ce sont des sources de pollution des eaux, des nappes phréatiques et de la poussière qui est transportée par le vent », alerte Lucio Cuenca, directeur de l’Observatoire latinoaméricain des conflits environnementaux (OLCA).

Durant plus de deux décennies, les habitants de Caimanes, à 270 kilomètres au nord de Santiago, ont lutté contre le barrage de El Mauro, inauguré en 2008.

Ce colosse, d’une capacité de deux milliard de tonnes de résidus, pourrait « couper le pays en deux et submerger cette commune où réside un millier de personnes » qui ne peuvent même plus boire l’eau de la rivière Pupio, dénonce à l’AFP Cristian Flores, ancien responsable du Comité de défense de Caimanes.

Un accord financier entre l’entreprise et une partie de la population a fini de diviser les habitants et de réduire les opposants au quasi-silence.

« L’industrie minière est beaucoup plus sûre qu’il y a 10 ans, mais moins que dans 10 ans. Il y a toujours un impact, il n’y a pas d’activité humaine qui n’ait pas d’impact », rétorque Gustavo Lagos.

La législation chilienne n’encadrant pas la fermeture des vieux barrages, le gouvernement cherche des alternatives et a mis en place un système de surveillance inspiré de celui des volcans en activité.

Transfert vers des zones plus sûres, installation de centrales à énergie solaire à la surface ou les recouvrir de matière organique pour reboiser ces vastes étendues: plusieurs pistes sont à l’étude.

Autre option, donner une seconde vie aux résidus. C’est ce que fait l’entreprise Valle Central qui récupère le cuivre et le molybdène, un métal dérivé du cuivre, dans la mine de El Teniente.

© AFP

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