Irak : la ville de Bassora risque de subir une nouvelle « crise de l’eau »

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Des poissons pourrissent au soleil sur les bords des bassins de pisciculture à Bassora, dans le sud de l'Irak, le 29 août 2018 © AFP/Archives Haidar MOHAMMED ALI

Des poissons pourrissent au soleil sur les bords des bassins de pisciculture à Bassora, dans le sud de l’Irak, le 29 août 2018
© AFP/Archives Haidar MOHAMMED ALI

Bagdad (AFP) – La province irakienne de Bassora risque de connaître un nouvel épisode de forte pollution de l’eau si les autorités ne mettent pas fin à des décennies de gestion « défaillante » des ressources hydriques, a prévenu lundi dans un rapport l’ONG Human Rights Watch (HRW).

Près de 120 000 personnes ont été hospitalisées l’été dernier après avoir bu l’eau du robinet, polluée et salée, dans cette province pétrolière du sud de l’Irak, 12e pays le plus corrompu au monde.

Des milliers de manifestants avaient protesté pour dénoncer les services publics déliquescents et l’incurie des autorités. Douze manifestants avaient été tués en juillet 2018.

Selon HRW, la piètre qualité de l’eau est liée à la prolifération d’une algue dans le fleuve Chatt al-Arab qui traverse Bassora. Combiné à la pollution et un fort taux de salinité de l’eau, ce facteur a provoqué la crise sanitaire de l’été 2018.

Pour l’ONG, « les autorités locales et fédérales ont peu fait pour remédier aux causes profondes de la situation », et la crise de l’eau pourrait se reproduire cette année.

Avec des ressources hydriques de plus en plus rares, l’impact du changement climatique, la hausse de la pollution et une mauvaise gestion de l’eau, « Bassora continuera de faire face à d’importantes pénuries d’eau et à la pollution, avec de graves conséquences si le gouvernement ne commence pas dès à présent à investir de manière ciblée dans les solutions durables qui sont urgemment requises », estime HRW.

Pétrole dans l’eau

« Si la résolution de la crise de l’eau à Bassora nécessitera une planification véritable, du temps et de l’argent, il est possible de la résoudre à condition que les autorités prennent leurs responsabilités au sérieux », estime Lama Fakih, directrice adjointe de HRW pour le Moyen-Orient.

« Toute alternative serait fatale », avertit-elle.

Le rapport de HRW comporte des entretiens avec des habitants de Bassora, des experts et des responsables gouvernementaux, mais aussi l’analyse de photos satellite de Bassora.

Ces images révèlent la présence de pétrole dans l’eau, mais aussi la multiplication d’algues qui, lorsqu’elles sont ingérées, peuvent provoquer des douleurs abdominales, de la fièvre, des vomissements et des diarrhées sanglantes.

Si elles n’ont pas d’eau potable, certaines familles sont parfois forcées de quitter Bassora, l’eau minérale coûtant trop cher. D’autres gardent leurs enfants à la maison, pour ne pas prendre le risque qu’ils boivent de l’eau contaminée à l’école.

Les autorités doivent verser des compensations aux personnes touchées par la pollution de l’eau, lutter contre les branchements illégaux sur les canalisations d’eau, et créer un observatoire informant les habitants de la qualité de l’eau, a appelé HRW.

Si l’Irak manque généralement d’eau en raison de la sécheresse, Bassora concentre tous les maux. Les égouts s’y déversent dans des canaux à ciel ouvert qui finissent dans le Chatt al-Arab. À cela s’ajoute la pollution de l’industrie pétrolière, première pourvoyeuse de revenus et unique source de devises de l’Irak, et pétrochimique iranienne voisine.

© AFP

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