L’industrie sud-africaine vent debout contre la toute nouvelle taxe carbone

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L’unité de liquéfaction du charbon à Secunda, en Afrique du Sud, le 31 août 2015
© AFP/Archives MUJAHID SAFODIEN

Johannesburg (AFP) – Chute des investissements, suppressions d’emplois, hausse du prix des carburants et de l’électricité… Dans un climat économique fragile, l’industrie sud-africaine craint le pire de la nouvelle taxe carbone, malgré son montant extrêmement faible.

En dépit de la forte résistance des gros émetteurs de CO2, l’Afrique du Sud, 14e pollueur au monde selon Greenpeace, est devenu le 1er juin le premier pays du continent à introduire une taxe carbone, entièrement à la charge des entreprises.

Cet impôt, qui existe déjà dans de nombreux pays comme le Canada, la Colombie, la France ou la Suède, vise à réduire les gaz à effet de serre, responsables du réchauffement de la planète.

Les ONG environnementales comme le Fonds mondial pour la nature (WWF) ont salué « une première étape significative », très rare dans un pays émergent, mais ont immédiatement regretté la faiblesse de la taxe.

Son montant a été fixé à 120 rands (8 euros) par tonne de CO2 émise. Mais compte tenu d’abattements fiscaux pouvant aller jusqu’à 95%, son montant variera entre 6 et 48 rands (de 0,4 à 3 euros). Très loin des 40 à 80 dollars d’ici 2020 recommandés pour se conformer aux objectifs de l’accord de Paris.

« La taxe carbone est plutôt faible, mais très importante symboliquement », reconnaît lui-même Ismail Momoniat, directeur général adjoint du Trésor, qui promet déjà sa réévaluation à partir de 2023.

Il n’empêche, l’industrie s’indigne en agitant le spectre des licenciements et des fermetures d’usines.

Dans les mines, un secteur déjà en crise, « 6.800 emplois directs et indirects » vont être supprimés dans les deux prochaines années à cause de la taxe carbone, prévient la Chambre nationale des mines. A compter de 2023, la situation va encore se détériorer avec « environ 6.000 emplois perdus par an ».

La puissante organisation patronale Busa dénonce une taxe qui va « décourager les investissements étrangers et nationaux » dans un contexte déjà difficile de « chômage, pauvreté et inégalités ».

En Afrique du Sud, au moins 27% de la population active est sans emploi. Un taux qui dépasse 50% chez les jeunes.

Pour l’entreprise Transalloys, fabricant d’alliages de fer qui emploie 400 personnes, réduire les émissions de CO2 est tout simplement impossible, affirme son PDG Theo Morkel. « Pour moi, la seule façon de les faire baisser est de fermer mes fourneaux », assure-t-il à l’AFP, très en colère.

Les effets de la taxe sont pourtant « très faibles pour les gros émetteurs » d’ici 2023, assure Noëlle Garcin de l’organisation African Climate Reality Project.

Tellement faibles qu’elle ne va probablement pas, selon les ONG, permettre de réduire significativement les émissions de CO2.

« On l’impression qu’on va perdre trois ans, ce qu’on ne peut pas se permettre » compte tenu de l’urgence à agir, s’inquiète Noëlle Garcin. « Le fardeau va reposer encore plus sur la prochaine génération… et je ne sais même pas si on peut encore parler de prochaine génération ».

Face aux inquiétudes de l’industrie, elle appelle à penser autrement, et à voir dans le défi climatique de « splendides opportunités » pour l’économie.

Les syndicats, « soucieux » de l’impact de la taxe carbone sur l’emploi mais aussi des « conséquences de la pollution sur les travailleurs les plus pauvres », ne disent pas autre chose.

Le changement climatique offre « une opportunité parfaite » de créer des emplois, assure Matthew Parks de la Cosatu, la principale centrale syndicale en Afrique du Sud.

Et de citer la construction de voitures propres ou le développement de l’énergie solaire dans un pays qui abrite de nombreuses usines automobiles et bénéficie d’un ensoleillement exceptionnel.

Mais « les entreprises qui ne pensent qu’au profit sont très réticentes au changement » et le gouvernement « ne pense qu’à taxer sans proposer un juste plan de transition », dénonce M. Parks.

Sur le terrain, l’industrie pétrolière a déjà répercuté la taxe sur les consommateurs en augmentant le prix des carburants de 0,09 à 0,1 rand (moins de 0,06 euro) par litre.

La compagnie nationale d’électricité Eskom, plombée par une dette de 26 milliards d’euros, attendra 2023.

D’ici quatre ans, « le poids de la taxe carbone pour Eskom devrait être de l’ordre de 11,5 milliards de rands (725 millions d’euros) par an », prévient Gina Downes, chargée de l’économie de l’environnement dans l’entreprise.

Eskom, qui fournit l’essentiel de son électricité avec des centrales à charbon, est le plus gros pollueur d’Afrique du Sud, responsable de 30% de ses émissions de CO2, selon Greenpeace.

Le groupe promet de graduellement remplacer ces centrales très polluantes, quand « elles atteindront leur fin de vie ». Mais la mutation prendra du temps. Eskom a encore mis récemment en service deux mégacentrales à charbon.

© AFP

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