Les infrastructures de transport seront financées par la route et l’aérien

Publié le : Last updated:

Temps de lecture : 3 minutes  

Le gouvernement va mettre en place dès 2020 une "écocontribution" de 1,50 à 18 euros sur les billets d'avion pour tous les vols au départ de la France © AFP/Archives JOEL SAGET

Le gouvernement va mettre en place dès 2020 une « écocontribution » de 1,50 à 18 euros sur les billets d’avion pour tous les vols au départ de la France
© AFP/Archives JOEL SAGET

Paris (AFP) – Le gouvernement a décidé de mettre les transports aérien et routier à contribution pour financer des infrastructures et « répondre au défi climatique » en annonçant mardi la mise en place d’une « écocontribution » sur les billets d’avion et la réduction de l’avantage fiscal sur le gazole pour les poids lourds.

Le produit de ces contributions sera affecté à l’Agence de financement des infrastructures de France (AFITF) pour alimenter l’enveloppe de 13,4 milliards d’euros affectée sur la période 2018 à 2022 au développement des infrastructures, essentiellement pour les « déplacements du quotidien ».

Dès 2020, les compagnies aériennes devront verser de 1,50 à 18 euros sur les billets d’avion pour les vols décollant depuis la France, mais pas ceux y arrivant, a annoncé la ministre des Transports Elisabeth Borne à l’issue d’un Conseil de défense écologique.

Cette taxe devrait selon elle rapporter 180 millions d’euros par an à partir de 2020. Elle sera de 1,50 euro en classe économique et 9 euros en classe affaires pour les vols intérieurs et intra-européens, et, pour les vols hors Union Européenne de 3 euros pour la classe économique et 18 euros pour la classe affaires, a-t-elle précisé. Les vols vers la Corse et l’Outre-Mer sont exclus, de même que les liaisons d’aménagement du territoire et les correspondance.

« On a bien entendu le message des Français », a expliqué Mme Borne sur LCI : « Ce qu’ils souhaitent, c’est que les modes les plus polluants soient mis à contribution pour financer, notamment, du transport ferroviaire. »

« Nos voisins européens mettent des dispositifs de ce type », a-t-elle ajouté, notant « qu’il était important de donner un signal ».

L’aviation a été mise sous le feu des projecteurs au printemps avec des appels au boycott de l’avion, largement relayés sur les réseaux sociaux. En Suède notamment, le mouvement « flygskam » (la honte de prendre l’avion) incite à privilégier d’autres moyens de transport.

Pour répondre aux critiques, la piste d’une taxe sur le kérosène avait été envisagée, mais le gouvernement a renvoyé ce sujet « à l’échelle européenne ».

L’annonce de mardi a été très froidement accueillie par le secteur.

Air France, dont l’État détient 14,3%, a qualifié la décision gouvernementale « d’extrêmement pénalisante » et « incompréhensible ».

La nouvelle taxe va « financer des modes de transport concurrents dont le transport routier, et non la transition énergétique dans le domaine aérien », déplore la compagnie dans son communiqué. Le Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) et le Syndicat des compagnies aériennes autonomes (Scara) reprennent un argumentaire similaire.

Colère des transporteurs

Cette taxe « représenterait un surcoût de plus de 60 millions d’euros par an pour le groupe Air France », a regretté la compagnie, rappelant avoir perdu l’an dernier 180 millions sur ses liaisons intérieures.

Le titre Air France-KLM a perdu 3,04% à la Bourse de Paris mardi, dans un marché en léger repli de 0,31%.

« Le gouvernement vient d’annoncer brutalement et sans concertation aucune la levée d’une nouvelle taxe sur les compagnies aériennes, déjà asphyxiées par les taxes,  au profit notamment du ferroviaire, qui est déjà très largement subventionné », a dénoncé de son côté le Scara.

Pour l’Association internationale du transport aérien (Iata), « cette taxe est malavisée ». Elle « portera (…) préjudice aux 100 milliards d’euros que l’aviation génère pour l’économie française, et 500 000 nouveaux emplois sont menacés par le manque de compétitivité de l’aviation française. »

Autre mesure du jour : le remboursement partiel dont bénéficie le transport routier de marchandises sur la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) frappant le gasoil sera réduit de 2 centimes par litre.

Cela représentera pour l’AFITF une contribution de « 140 millions d’euros en année pleine » selon Mme Borne, de « plus de 200 millions » pour la Fédération nationale des transports routiers (FNTR), principale organisation du secteur.

« Face à une vague fiscale mortifère pour les entreprises françaises, c’est la compétitivité et la croissance qu’attaque le gouvernement », ont réagi les organisations professionnelles du secteur, qui ont rencontré Mme Borne dans l’après-midi.

« Notre secteur irrigue l’ensemble de l’activité française, l’asphyxier c’est condamner l’économie française, le pouvoir d’achat et l’emploi. Nous ne nous laisserons pas faire », ont-elles menacé.

La FNTR avait mis en garde le gouvernement jeudi contre des manifestations et des « débordements » à la rentrée s’il ne renonçait pas à ses projets d’augmentation de la fiscalité du secteur.

Le gouvernement cherchait 500 millions par an à partir de 2020 pour boucler son budget infrastructures, éventuellement en créant une vignette pour les poids lourds. La pérennisation de ressources existantes et ces deux ressources nouvelles couvrent désormais les besoins, « avec exceptionnellement des crédits budgétaires pour passer le pic de dépenses de 2020 », a précisé un porte-parole.

Dans un courrier envoyé lundi aux rapporteurs de la Loi d’orientation des mobilités actuellement discutée au Parlement, le Premier ministre Edouard Philippe a assuré que les engagements financiers seraient tenus.

© AFP

Media Query: