Le Territoire du Nord australien veut réduire sa dette en exploitant ses réserves de gaz

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Des membres de la communauté indigène de Minyerri, petite localité à cinq heures de route de Darwin, la capitale du Territoire du Nord en Australie, protestent contre la décision du gouvernement d'abolir un moratoire sur la fracturation hydraulique © Seed Minyerri Fracking Free Acti/AFP -

Des membres de la communauté indigène de Minyerri, petite localité à cinq heures de route de Darwin, la capitale du Territoire du Nord en Australie, protestent contre la décision du gouvernement d’abolir un moratoire sur la fracturation hydraulique
© Seed Minyerri Fracking Free Acti/AFP –

Darwin (Australie) (AFP) – Le Territoire du Nord, en Australie, a aboli un moratoire sur la fracturation hydraulique pour exploiter ses vastes réserves gazières et réduire sa dette. Mais écologistes comme populations indigènes s’insurgent contre une décision qui met théoriquement à portée de foreuse la moitié de la région.

L’année prochaine, la dette de ce territoire de l’Australie septentrionale devrait dépasser les six milliards de dollars australiens (3,7 milliards d’euros) et atteindre 35 milliards de dollars australiens dans dix ans. La classe politique recherche désespérément des solutions.

Les autorités ont déjà vendu à un groupe chinois la gestion pour 99 ans du port de Darwin, la capitale, semant la consternation à Canberra et parmi certains alliés militaires de l’Australie.

Le bassin de Beetaloo, région riche en ressources naturelles située à des centaines de kilomètres au sud de Darwin, contiendrait les trois quarts des réserves de gaz de schiste du Territoire.

Selon les estimations de l’industrie, le Territoire pourrait renfermer jusqu’à 14 150 milliards de mètres cubes de gaz, soit plus que les réserves prouvées des États-Unis, et les royalties pourraient être énormes.

« Selon les estimations, des centaines de millions de dollars pourraient être investis dans les infrastructures et l’exploration gazière dans le Territoire cette année », dit à l’AFP Paul Kirby, ministre local des Ressources naturelles.

« Bonne conduite »

« Je cherche à m’assurer que l’industrie gazière émergente se concentrera sur l’emploi local et les opportunités pour les entreprises locales ».

Un moratoire sur la fracturation hydraulique avait été instauré en 2016 du fait de l’hostilité de l’opinion publique, le temps d’une commission d’enquête indépendante sur le sujet. Certains pays comme la France ont interdit cette technique en raison de son impact jugé néfaste sur l’environnement.

Le gouvernement de centre-gauche a cependant décidé en 2018 de lever l’embargo, confirmant la mesure le mois dernier. La ministre de l’Environnement Eva Lawler a assuré que les autorités avaient conscience de l’importance de la protection de l’environnement et qu’elles finiraient par appliquer les 135 recommandations formulées par la commission d’enquête. Elle s’est cependant abstenue d’évoquer un calendrier.

« L’environnement naturel du Territoire est l’un de nos meilleurs atouts, c’est une énorme partie de ce qui fait le charme de la vie ici », a-t-elle dit. « La protection de l’environnement créé des emplois, une bonne politique environnementale est une bonne politique économique ».

Le gouvernement a adopté un « code de bonne conduite » pour rendre l’industrie gazière terrestre « responsable et transparente ».

Selon Matt Doman, porte-parole de l’Association australienne de la production et de l’exploration pétrolières, ces directives figurent « parmi les régulations les plus exhaustives et rigoureuses du monde ».

« Elles fixent des normes pour toute une série d’activités, dont les puits, les opérations en surface et la gestion de l’eau. Après trois années perdues à cause du moratoire, l’industrie espère lancer l’exploration dès que possible ».

« Zéro consultation »

Mais Graeme Sawyer, porte-parole de la Protect Country Alliance, dénonce une décision « grotesque ».

« Le gouvernement local a un long passé d’incompétence sur ce genre de sujets », balaye-t-il. « Ils brûlent les étapes et je ne crois pas qu’ils réguleront correctement le secteur ».

Les tests à long terme de la nappe phréatique ainsi que les études de biodiversité ne sont pas finies, font valoir les écologistes. Les évaluations environnementales sont effectuées par le ministère de l’ÉnergieL et des Ressources naturelles, ce qui soulève la question d’éventuels conflits d’intérêt, ajoutent-ils.

La date officielle du lancement des opérations, le 1er juillet, est déjà passée mais le gouvernement n’a pas encore élaboré sa liste définitive de « zones interdites », où la fracturation serait prohibée pour des raisons écologiques ou culturelles.

La décision ouvre potentiellement à la fracturation 51% des 1,4 million de kilomètres carrés de la masse terrestre du Territoire, ce qui provoque également la fureur des communautés indigènes.

Minyerri, petite localité indigène de quelques centaines d’habitants à cinq heures de route de Darwin, n’est pas sur la liste des endroits protégés car sise dans le riche sous-bassin de Beetaloo.

« Il y a zéro consultation de la population par le gouvernement. Les habitants de Minyerri sont bouleversés par des décisions prises à Darwin et qui ont des répercussions sur leurs terres et leur culture », explique Vanessa Farrelly, militante indigène du Seed Indigenous Youth Climate Network.

« Beaucoup d’habitants de Minyerri sont des propriétaires fonciers traditionnels du pays Alawa. Ils ont peur que leur eau soit contaminée ».

La liste définitive des « zones interdites » est attendue dans les prochains mois.

© AFP

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