Canicule et bâti scolaire : « je vous parle des 36 degrés dans ma classe ? »

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La cour de l'école Edouard Herriot à Villeurbane, le 27 juin 2019 © AFP ROMAIN LAFABREGUE

La cour de l’école Edouard Herriot à Villeurbane, le 27 juin 2019
© AFP ROMAIN LAFABREGUE

Villeurbanne (AFP) – Dans les écoles de Lyon, c’est casquette et pastèque face à un thermomètre qui peut frôler les 40 degrés. Une situation qui pose plus que jamais la question du bâti scolaire dans une région exposée aux canicules à répétition.

« Vous voulez que je vous parle des 36 degrés dans ma classe ? », glisse cette enseignante en arrivant jeudi à l’école Lamartine, en plein cœur de la ville.

Un grand bâtiment rose défraîchi des années 30, deux cours bétonnées sans arbre et autour des rues étroites et peu végétalisées. « Au 5e étage, ils sont grillés, les enfants », confie la gardienne.

Pour autant, beaucoup de parents ont mis leurs enfants à l’école, malgré les incitations à les garder au frais jeudi et vendredi.

« Aujourd’hui ils n’auront pas classe ; ce sera juste un accueil. Avec cette chaleur, il faut minimiser les activités (…) Mais moi je relativise, il y a des enfants en Espagne, en Afrique et ils vont bien à l’école », explique Clémence Laforgue, venue déposer sa fille Léontine.

Les parents sont philosophes car ils ont l’habitude. Chaque fois qu’il y a un épisode caniculaire en France, la ville est quasiment toujours concernée. Et Lyon connaîtra d’ici la fin du siècle le climat de Madrid, voire celui d’Alger si rien n’est fait.

Des cours en forme d’oasis

Alors dans les communes de la métropole, on tente de s’adapter.

Déjà, faire face à l’urgence. Casquette et gourde obligatoires pour les enfants. Priorité aux repas froids, avec melon et pastèque, des fruits gorgés d’eau qui permettent de s’hydrater sans s’en rendre compte. Priorité aux jeux calmes en intérieur. Vaporisateurs et ventilateurs.

Des mesures-bouts de ficelle qui prouvent la nécessité d’adapter un bâti scolaire très hétérogène, le pire étant les bâtiments des années 60/70.

À Villeurbanne, la mairie a engagé depuis dix ans la rénovation thermique de ses écoles. Couche d’isolation avant la peinture, brise-soleil sur les fenêtres, double vitrage.

Dans les cours, « on lutte contre l’effet îlot de chaleur », précise Damien Berthilier, adjoint à l’Éducation. Exit donc le béton foncé, place à des matériaux plus clairs, non réfléchissants et si possible non dérivés de la pétrochimie et création d’espaces verts en « oasis ».

Des investissements de 1 à 2 millions par structure qui permettent de mieux réguler la température et une économie d’énergie de 30 à 50% l’hiver. Et les deux écoles en construction ont été pensées en tenant compte des épisodes climatiques extrêmes, hiver comme été, avec sur les façades un parement en briques typique de l’architecture de certains pays du Sud.

Éducation à l’environnement

À Vaulx-en-Velin, une nouvelle école vient d’ouvrir dans un bâtiment bleu et blanc à énergie positive. Ici, il y a du triple vitrage, des panneaux solaires sur le toit, des stores qui se déploient tout seuls en fonction de la chaleur et une ventilation par double flux (VMC).

Un investissement à 19 millions crèche comprise qui devrait permettre des économies d’énergie d’au moins 13 000 euros/an.

Et jeudi, alors qu’il faisait 38 degrés dehors, les bambins jouaient tranquillement à des jeux de construction en bois à l’intérieur où la température était tout à fait supportable.

Pour Matthieu Fischer, adjoint à l’Environnement à la mairie, « ce type de construction est aussi un moyen de sensibiliser les parents comme les enfants » dans cette ville qui compte 58% de logements sociaux.

Pour autant, pas de solution miracle : « on vit des températures inédites pour lesquelles les écoles ne sont pas faites », souligne Damien Berthilier. « Il y a donc aussi un travail culturel à faire. Si on dépose son enfant à l’école dans un véhicule climatisé, il faut avoir à l’esprit qu’on réchauffe la rue et donc l’école », ajoute-t-il.

© AFP

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