À Marseille, interdiction de se baigner pour cause de pollution

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Depuis début juin à Marseille, des interdictions momentanées de baignade ont été prononcées à 15 reprises, concernant sept des 21 plages, au grand dam des habitants de la ville, où ces restrictions sont fréquentes chaque été © AFP/Archives ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

Depuis début juin à Marseille, des interdictions momentanées de baignade ont été prononcées à 15 reprises, concernant sept des 21 plages, au grand dam des habitants de la ville, où ces restrictions sont fréquentes chaque été
© AFP/Archives ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

Marseille (AFP) – « On se baigne dans des égouts ! », « C’est dégueulasse ! »: depuis début juin à Marseille, des interdictions momentanées de baignade ont été prononcées à 15 reprises, concernant sept des 21 plages, au grand dam des habitants de la ville, où ces restrictions sont fréquentes chaque été.

« Au lieu de se plaindre, les gens devraient nous remercier de fermer les plages ! », réagit auprès de l’AFP Monique Daubet, conseillère municipale déléguée à l’hygiène publique.

L’élue vante « un système proactif » : la ville ne se contente pas des relevés hebdomadaires de l’Agence régionale de santé (ARS), imposés par une directive européenne de 2006, « dont les résultats arrivent bien tard, 48 à 72 heures après ». « À Marseille, on a décidé d’aller plus loin et de payer nos propres analyses, pour protéger la santé des baigneurs », ajoute Mme Daubet.

Chaque matin, des inspecteurs munis d’éprouvette prennent un échantillon d’eau à l’aube, sur chacune des 21 plages de la ville. Ils contrôlent ainsi la présence de deux bactéries, l’escherichia Coli et les entérocoques, des marqueurs de déjection humaine ou animale. Quand les concentrations sont trop fortes, les maîtres-nageurs hissent le drapeau violet, interdisant la baignade.

En 2018, les plages marseillaises avaient déjà connu des épisodes de pollution à répétition (41 jours et 153 fermetures prononcées). À l’époque, la mairie invoquait notamment l’activité orageuse, les fortes pluies faisant déborder les cours d’eau dans la mer.

Au Service d’assainissement de Marseille Métropole (Seramm), le président Hervé Madiec souligne « le caractère très particulier de Marseille, avec 57 kilomètres de côte mais uniquement 2 kilomètres de plages, où se concentrent les risques ».

En outre, la ville est traversée par une rivière, l’Huveaune, « dont le débit va de 2m3 par seconde à 200m3 par seconde ». « En cas de pluies violentes, on protège avant tout les riverains des inondations », décrit M. Madiec: « On prend tout ce qu’on peut dans le réseau et les stations d’épuration, mais l’excédent se déverse sur le littoral ».

« Beaucoup de déjections animales »

Pour ce mois de juin 2019, en revanche, un seul orage s’est abattu sur Marseille le 10 juin. Deux jours plus tard, le drapeau violet était hissé sur la plage du Prophète, au sud de la ville. Ce jour-là, selon le site 20minutes.fr, le taux d’E. Coli dans l’eau dépasse les 15 000 unités faisant colonie (UFC)/100 ml, alors que la norme fixée par l’Union Européenne pour une eau de « bonne qualité » est de 100 UFC/100 ml, soit des valeurs semblables à celles relevées à la sortie d’une station d’épuration, selon une scientifique citée par 20 minutes.

Après cet incident, outre la pluie, les enquêteurs de la Seramm sont remontés jusqu’à « un particulier qui faisait des travaux en infraction et un déboitement sur un coude d’une de nos installations, c’est tout », assure M. Madiec.

En dehors de l’orage du 10 juin, « cette année on ne peut pas dire que ça vient des pluies », avoue Mme Daubet, qui évoque elle aussi des travaux, le déversement de piscines individuelles, ou encore « beaucoup de déjections animales ».

Globalement, selon le bilan annuel de l’ARS, la qualité de l’eau de baignade se dégrade. En 2018, 8 plages marseillaises ont été déclassées par rapport aux années précédentes.

Selon Sarah Hatimi, responsable du programme qualité de l’eau de Surfrider Méditerranée, « le plus souvent c’est dû à des problèmes d’assainissement, mais il y a aussi de plus en plus de bateaux qui rejettent leurs eaux noires et grises avant d’entrer au port, où c’est payant ».

Pour elle, « il faudrait aussi ajouter d’autres paramètres de contrôle que ces seules bactéries, par exemple contrôler les polluants chimiques ».

« Personne ne nous y oblige », rétorque Mme Daubet. Quant à l’obtention du « Pavillon Bleu », un label de qualité environnementale, Marseille n’y songe même pas. « Les critères dépassent la qualité de l’eau, il faut par exemple avoir des poubelles à moins de 100 mètres des plages, ce qu’on n’a pas partout », explique Mme Daubet.

© AFP

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