Est-ce réellement la fin du projet Montagne d’Or en Guyane ?

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Le site du projet de Montagne d'Or, en Guyane, le 12 octobre 2017 © AFP/Archives Jody AMIET

Le site du projet de Montagne d’Or, en Guyane, le 12 octobre 2017 © AFP/Archives Jody AMIET

Cayenne (AFP) – L’abandon du très controversé projet industriel d’extraction aurifère Montagne d’Or en Guyane est loin d’avoir effacé les tensions entre les partisans d’un développement économique du territoire et les opposants à tous les projets miniers industriels.

Alors que le ministre de la Transition écologique François de Rugy, très attendu sur le sujet, vient d’annuler son déplacement prévu jeudi en raison de la cérémonie d’hommage aux sauveteurs de la SNSM, l’abandon du plus grand projet d’extraction d’or primaire jamais proposé en France, annoncé fin mai, n’en finit pas de crisper.

Montagne d’Or, porté par un consortium russo-canadien, Nordgold-Columbus Gold, prévoyait une exploitation minière de 8 km2 à ciel ouvert, au sud de Saint-Laurent-du-Maroni, en forêt équatoriale, via un procédé de récupération de l’or par cyanuration en circuit fermé.

En mai dernier, à l’issue du premier « Conseil de défense écologique » et à trois jours des élections européennes, le gouvernement a jugé le projet industriel « incompatible avec les exigences de protection de l’environnement ».

Sur place, le collectif Or de Question, qui rassemble 30 associations guyanaises et 120 ONG opposés au projet, a décidé de fêter samedi, sur l’emblématique place des Palmistes, au centre de Cayenne, « l’enterrement » du projet, une « petite victoire », pour Nora Stephenson, porte-parole du collectif.

Mais « nous ne sommes pas dupes. C’est reculer pour mieux sauter », juge-t-elle, persuadée que la « réforme du code minier », promise en parallèle par le gouvernement sera « une manière de contourner les standards environnementaux » avec « des petits alinéas » qui permettront à d’autres grands projets de s’implanter.

Actuellement, rappelle le collectif, plusieurs projets sont en phase d’exploration (étape avant la demande d’un permis d’exploration), pour une surface totale de 360 000 hectares de forêt.

Pour Laurent Kelle, du WWF Guyane, le non au projet « est un signal fort », car la Montagne d’Or aurait eu un « fort impact sur l’environnement » (notamment par la déforestation et la proximité du site avec deux réserves biologiques) et aurait entraîné « un risque industriel majeur en cas de rupture de digues », censés contenir les boues issues du processus pour détacher l’or de la roche avec du cyanure.

Et « les retombées socio-économiques auraient surtout bénéficié aux multinationales », et non au territoire.

Opposants et partisans du projet le reconnaissent tous : il faut un véritable plan de développement de la Guyane, marquée par un fort taux de chômage (22%), un taux de pauvreté très élevé (42%), et une jeunesse qui se tourne de plus en plus vers le trafic de drogue.

 « Pollution maîtrisée »

Mais alors que les défenseurs de l’environnement réclament du gouvernement le développement de filières durables et porteuses selon eux de milliers d’emplois, comme l’agriculture, la pêche, l’éco-tourisme ou la transition énergétique, les socio-professionnels de Guyane défendent une industrie aurifère forte, à même d’attirer les investisseurs étrangers.

L’abandon de Montagne d’Or est « une occasion ratée », estime Thara Govidin, présidente du Medef Guyane, rappelant la promesse de création de 750 emplois directs et 3 000 emplois indirects.

« J’espère qu’il y aura d’autres projets. Aucun territoire ne peut se développer sans projet industriel », insiste-t-elle, en défendant une « pollution maîtrisée ». Elle souligne aussi que le projet Montagne d’or, de 800 hectares, représente 0,01% des 8 millions d’hectares de forêt que compte la Guyane.

Une grande partie des élus locaux défendaient aussi le projet, comme le président de la collectivité territoriale, qui a dénoncé une « prise en otage » de la Guyane par le gouvernement.

Le député Lenaïck Adam et le sénateur Georges Patient, pourtant membres de la majorité LREM, et fervent partisans d’une activité aurifère légale, ont également fait part de leur mécontentement. C’est « une décision politicienne », qui « tient compte des intérêts partisans, plutôt que de l’intérêt du territoire », explique M. Patient.

« C’est un cadeau aux écologistes », estime de son côté Lenaïck Adam, « et « une occasion que nous avons déjà ratée à plusieurs reprises. Dommage que la Guyane soit sacrifiée ».

Quant à la Compagnie Montagne d’Or, qui n’a officiellement pas encore déposé de demande d’exploitation, elle se fait discrète, mais estime que « tôt ou tard, ce projet verra le jour ».

© AFP

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