Coke : une méthode pour fabriquer de la laine de roche fait débat

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Des membres de l'association "Stop Knauf Illange" s'opposent à la contruction d'une usine de laine de roche, à Illange en Moselle le 15 mai 2019 © AFP/Archives JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN

Des membres de l’association « Stop Knauf Illange » s’opposent à la contruction d’une usine de laine de roche, à Illange en Moselle le 15 mai 2019
© AFP/Archives JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN

Illange (France) (AFP) – « Revenir au charbon, à notre époque ! » : à Illange (Moselle), l’implantation par l’allemand Knauf d’une usine de laine de roche, fonctionnant au coke, inquiète associations et riverains, alors que ses défenseurs assurent que tout est mis en œuvre pour limiter la pollution.

La production, estimée à 100 000 tonnes de laine de roche annuellement, doit démarrer dès septembre.

Sur le site de quinze hectares où se construit l’usine, les travaux avancent vite : sur le sol, de longs morceaux de la cheminée, rouge et blanche, qui culminera à 60 mètres de hauteur. Autour, un ballet d’hommes et de véhicules.

Au printemps 2018, le groupe Knauf Insulation avait annoncé la construction de cette nouvelle unité sur la Mégazone d’Illange-Bertrange, friche industrielle appartenant au département de la Moselle et proche de l’A31.

L’investissement s’élève à 110 millions d’euros, avec à la clé la création de 123 emplois et 20 millions d’euros de retombées économiques avec les emplois indirects et induits.

La matière isolante, utilisée dans la construction de bâtiments, sera destinée à la France, l’Allemagne et au Benelux.

« Revenir au charbon, à notre époque ! », s’étrangle Chantal Ehly, un pin’s aux couleurs du collectif « Stop Knauf Illange » épinglé sur son chemisier. « Et dire qu’avant, c’était un poumon vert avec des terres agricoles ! ».

Pour le collectif, l’usine émettra 80 000 tonnes de CO2 par an, sans compter la pollution des camions acheminant la matière première, alors que dans un rayon de 100 à 350 mètres se situent terrain de foot, école primaire, accueil périscolaire et habitations.

« Les enfants vont être exposés pendant des heures » à ces pollutions, se désole Danielle Sausalone, secrétaire du collectif.

« Les vrais problèmes de pollution ne seront pas décelés immédiatement, mais bien plus tard. Pour l’amiante, on a mis 40 ans à se rendre compte des dégâts », soupire Guy Vignard, président du collectif, qui compte 450 membres.

Régis Paul, exploitant agricole bio dans le secteur, redoute « qu’à cause de l’air pollué demain avec cette usine, on ne veuille plus de mes produits ».

« On a l’impression que d’un côté il y a les citoyens qui doivent faire des efforts et de l’autre, des gros pollueurs à qui tout est permis », peste l’agriculteur de 33 ans.

Le collectif a déposé devant le tribunal administratif de Strasbourg un recours et un référé suspension, qui sera examiné le 18 juin.

Aubaine économique

« Nous restons sereins, parce que nous avons appliqué les procédures les plus pertinentes et obtenu les autorisations », affirme Mark Leverton, directeur de la région Europe de l’ouest à Knauf.

« Réglementairement, nous sommes obligés, en Europe et particulièrement en France, d’utiliser les meilleures techniques disponibles pour assurer un niveau de substances polluantes le plus bas possible », abonde Philippe Coune, responsable environnement et santé du groupe.

Il assure que « toutes les études faites prouvent qu’il n’y a aucun impact sanitaire sur les populations, même les plus fragiles ».

L’utilisation du coke s’explique par l’absence « de technologie disponible pour utiliser d’autres sources d’énergie », explique M. Leverton.

« La laine de roche que nous produirons économisera deux cents fois la quantité de CO2 utilisée pour sa fabrication », souligne le directeur Europe de l’ouest, précisant que Knauf cherche à avoir « un impact positif sur l’environnement ».

Avant de céder le terrain au géant de l’isolation, le département a visité avec des élus concernés et deux association de défense de l’environnement deux usines du groupe, à St. Egidien (Allemagne) et Lannemezan (Hautes-Pyrénées).

« Une unanimité s’est dégagée, parce que nous avons rencontré un groupe très attentif aux questions environnementales, qui s’est engagé à être en-dessous des normes imposées en matière d’émissions de CO2 », souligne Patrick Weiten, président du conseil départemental.

Preuve de sa bonne foi, souligne-t-il, Knauf a accepté que des capteurs soient installés en périphérie du site pour mesurer l’impact de sa production sur l’environnement avec des relevés tous les trois mois et des contrôles inopinés.

« Toute activité humaine a un impact sur l’environnement, c’est inévitable », reconnaît M. Weiten.

L’arrivée du géant de l’isolation est surtout, selon lui, une aubaine pour la vitalité économique du territoire, marqué par la désindustrialisation, et peut attirer d’autres investisseurs.

© AFP

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