Au Paraguay, la vile d’Alberdi est transformée en île par les inondations

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Les habitants d'Alberdi se déplacent en bateau après la crue du rio Paraguay, le 3 juin 2019 © AFP NORBERTO DUARTE

Les habitants d’Alberdi se déplacent en bateau après la crue du rio Paraguay, le 3 juin 2019
© AFP NORBERTO DUARTE

Alberdi (Paraguay) (AFP) – L’impressionnante crue du Rio Paraguay a coupé la ville d’Alberdi du reste du Paraguay. Depuis un mois, les 10 000 habitants vivent retranchés derrière une muraille de pierres, en espérant qu’elle résistera.

Plus de 70 000 personnes ont dû être évacuées au Paraguay et 5 000 en Argentine en raison des inondations exceptionnelles. À Alberdi, le retour à la normale n’est prévu qu’en septembre.

« Nous sommes habitués. On a beaucoup perdu », souffle Mercedes Lutjohann, une mère au foyer de 39 ans. Avec son mari Marceliano Mereles et ses fils Waldemar et William, de 12 et 7 ans, elle vit au 1er étage de leur maison, le rez-de-chaussée étant sous les eaux.

Leur chien, leur cochon et les poules survivent comme ils peuvent.

Les écoles étant fermées, une institutrice se rend auprès des familles deux fois par semaine.

Pour sortir d’Alberdi, les habitants n’ont qu’une option : traverser en bateau le Rio Paraguay qui les sépare de l’Argentine. Sur l’autre rive, la ville de Formosa.

Alberdi est une ville où se rendent en masse les Argentins, pour acheter des produits à meilleur prix au Paraguay. Il y a trois ans, une muraille de 12 mètres de haut et de 6 km de circonférence a été construite pour protéger la ville des caprices du fleuve.

D’après le maire d’Alberdi Federico Centurion, 60% de la population est ainsi au sec, mais « 700 familles ont dû abandonner leur logement ».

Cauchemars

« J’ai tout perdu, je n’ai rien pu récolter », se lamente Samuel Fretes, un agriculteur de 68 ans.

Les services météorologiques annoncent une décrue, un soulagement pour les déplacés, dont 50 000 dans la capitale Asunción.

« On ne pensait pas que l’eau allait monter aussi haut. Le préjudice est inestimable. Trois murs de ma maison se sont effondrés. Et il y a des voleurs partout. En plus d’être pauvres, nous sommes vieux », dit tristement l’agriculteur.

Mariela Varela, une commerçante de 36 ans, est préoccupée par son fils Eduardo, 12 ans, qui fait des cauchemars durant la nuit.

« Il se lève en croyant que nous sommes en train de nous noyer, raconte-t-elle. Je lui ai dit que si la muraille cède, qu’il cherche un arbre sur lequel grimper ».

Une nouvelle route, surélevée, est en construction entre Asuncion et Alberdi, mais le chantier a été retardé.

Dans cette zone de marécages proche du lac lac Ypoa vivent de nombreux cerfs des marais et crocodiles. « Si vous voulez manger un cerf ou un yacaré (crocodile en guarani)… quand l’eau va baisser, on va en trouver plein », plaisante Antonio Avila, qui fait des aller-retour entre Alberdi et Formosa, avec sa pirogue-taxi.

À Formosa, des Argentins surnomment Alberdi « l’héroïque Venise paraguayenne ».

© AFP

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