Gaspillage : le gouvernement déclare la guerre aux destructions d’invendus

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Le Premier ministre Edouard Philippe lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale le 29 mai 2019 © AFP/Archives FRANCOIS GUILLOT

Le Premier ministre Edouard Philippe lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale le 29 mai 2019
© AFP/Archives FRANCOIS GUILLOT

Paris (AFP) – Plus de 650 millions d’euros de produits neufs et non périssables jetés ou détruits chaque année en France : face à ce « gaspillage scandaleux », l’exécutif a annoncé mardi la prochaine interdiction de la destruction des invendus non alimentaires, au moment où il cherche à muscler sa politique écologique.

Cette mesure, présentée comme une « première mondiale » par le Premier ministre Edouard Philippe, impose aux enseignes de donner ces produits, par exemple à des associations, ou de les faire recycler pour réutiliser les matières.

Selon Matignon, elle s’appliquera à partir de fin 2021 ou de fin 2023 suivant les filières, en complément aux mesures déjà adoptées ces dernières années contre le gaspillage alimentaire.

« C’est un gaspillage qui choque, qui choque l’entendement », a souligné le Premier ministre Édouard Philippe, venu annoncer la mesure dans un lieu de collecte d’une enseigne de vente en ligne à Paris.

Vêtements, produits d’hygiène ou de beauté, équipements électroménagers ou électroniques… La destruction de produits est répandue tant parmi les grands distributeurs que les marques de luxe qui y voient une façon de protéger la propriété intellectuelle et d’empêcher la contrefaçon.

Mais la pratique, épinglée par de nombreuses enquêtes journalistiques et des ONG environnementales, est devenue un des emblèmes du gaspillage moderne. La destruction d’invendus non alimentaires (environ 660 millions d’euros chaque année, selon Matignon) est ainsi cinq fois plus répandue que leur don.

Si les consommateurs l’ignorent souvent, un produit rapporté dans une enseigne pour un échange ou un changement d’avis est fréquemment mis à la benne au lieu d’être revendu.

La mesure d’interdiction de l’élimination des « invendus neufs ou en général », a précisé M. Philippe, figurera dans le projet de loi sur l’économie circulaire préparé depuis plusieurs mois par la secrétaire d’État Brune Poirson, qui doit arriver en Conseil des ministres en juillet.

Indice de réparabilité des produits, nouvelles filières de responsabilité élargie des producteurs (jouets, articles de sport, bricolage et jardin, cigarettes…), modulation renforcée des éco-contributions jusqu’à 20% du prix des produits pour renforcer l’écoconception des produits, mise en place facilitée de systèmes de consigne : le texte prévoit plusieurs autres mesures écologiques. Mais son calendrier parlementaire, et donc sa date d’adoption, ne sont pas encore connus.

 Une loi, mais pour quand ?

L’exécutif veut « faire en sorte que nous passions à une nouvelle étape de notre modèle économique pour économiser les matières », a affirmé M. Philippe au côté de sa secrétaire d’État.

La mesure annoncée mardi vient compléter une offensive contre le gaspillage alimentaire, initiée lors du précédent quinquennat par une loi portée par le ministre socialiste de l’époque, Guillaume Garot.

Ce texte du 3 février 2016 interdit aux grandes surfaces de plus de 400 m2 de jeter de la nourriture et de rendre leurs invendus impropres à la consommation (en épandant de l’eau de Javel par exemple), sous peine d’amende. Elle oblige les distributeurs à passer des conventions pour les dons réalisés aux associations caritatives.

Le gouvernement vient d’étendre cette obligation de don aux collectivités et à la restauration dans la récente loi Alimentation, qui l’autorise aussi à prendre par ordonnances « diverses dispositions pour lutter contre le gaspillage alimentaire ». Les décrets d’application sont en cours d’élaboration, selon Matignon.

Si la crise des « gilets jaunes » a montré le caractère explosif de certaines mesures écologiques, comme la taxe carbone, le gouvernement essaie ces dernières semaines de convaincre de la sincérité de sa politique environnementale, au bilan jugé mitigé.

Si elle a choisi l’écologie comme thème numéro un de sa campagne aux européennes, la majorité n’a pas pu empêcher une percée du vote Europe Écologie-Les Verts (13,5%) lors du scrutin du 26 mai. Un score réalisé sur fond de prise de conscience croissante des effets alarmants du réchauffement climatique et de la progression rapide de la concentration de CO2 dans l’atmosphère.

Aux européennes, les électeurs ayant voté Macron au 1er tour de la présidentielle ont pour 20% d’entre eux donné leur voix à EELV.

© AFP

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