Chagos : Londres sommé par l’ONU de rendre l’archipel à l’île Maurice

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Décollage d’un bombardier américain de la base de Diego Garcia pour une mission en Aghanistan en 2001
© DOD/AFP/Archives USAF

Nations unies (Etats-Unis) (AFP) – Le Royaume-Uni a subi mercredi un revers cinglant à l’Assemblée générale de l’ONU où une majorité de pays lui a demandé de rétrocéder sous six mois à l’île Maurice l’archipel des Chagos qui abrite une base britannico-américaine stratégique.

Initiée par Maurice, une résolution en ce sens, non contraignante mais à forte valeur politique, a été adoptée par 116 pays, six s’exprimant contre dont le Royaume Uni, les Etats-Unis, l’Australie et la Hongrie. 56 Etats ont choisi l’abstention.

Les pays africains ont voté massivement en faveur de la résolution, les Européens affichant des positions divergentes, partagés entre leur soutien à un pays de l’Union européenne et le respect du droit international. Paris, Berlin, Rome et Bruxelles ou Varsovie se sont abstenus, Madrid, Athènes et Vienne ont voté pour la résolution.

Les Chagos se trouvent au coeur d’un litige vieux de cinq décennies, depuis la décision britannique de séparer en 1965 cet archipel de l’île Maurice et d’y installer une base militaire commune avec les Etats-Unis sur l’île principale de Diego Garcia.

L’île Maurice a obtenu son indépendance en 1968. Le Royaume-Uni avait expulsé environ 2.000 Chagossiens vers Maurice et les Seychelles pour faire place à la base militaire. Depuis 1975, Maurice a multiplié les procédures judiciaires afin d’obtenir le retour des îles Chagos dans son giron.

« Le colonialisme ne peut plus être toléré », a lancé le Premier ministre mauricien Pravind Jugnauth, regrettant que Londres « n’ait pas fait amende honorable » après l’avis de la Cour internationale de justice (CIJ).

Cette instance a déclaré fin février dans un avis consultatif que Londres devait « dans les plus brefs délais » mettre fin à son administration des Chagos.

Cet avis étant resté sans suite, Maurice avait décidé de porter le dossier devant l’Assemblée générale des Nations unies, même si ses décisions n’ont pas force de loi internationale comme les décisions du Conseil de sécurité.

L’ambassadrice britannique à l’ONU Karen Pierce a souligné que ce dossier était un problème bilatéral et a insisté sur le « rôle vital » de la base militaire pour la sécurité de la région, « dont Maurice ».

Dans leur avis, les juges de la plus haute juridiction des Nations unies avaient estimé que le Royaume-Uni avait « illicitement » séparé l’archipel des Chagos de l’île Maurice.

En 2017, seulement quinze pays dont le Royaume-Uni et les Etats-Unis avaient voté contre une demande par Maurice de saisie de la CIJ.

Coincés entre leur soutien à Londres et la nécessité de respecter la justice internationale, 65 pays s’étaient alors abstenus dont l’Allemagne, la France ou le Canada, tandis que 94 avaient voté en faveur de la demande de Maurice d’un avis juridique international.

Pravind Jugnauth avait déjà estimé en février que « le temps était arrivé pour le démantèlement de la dernière colonie britannique en Afrique ». Il avait souligné dans le même temps que Port Louis ne réclamait pas le démantèlement de la base britannico-américaine de Diego Garcia.

Pour justifier le maintien de son contrôle, le Royaume-Uni avait alors insisté sur le rôle défensif de cette base qui permet de défendre le monde contre « les menaces terroristes, le crime organisé et la piraterie ».

En 2016, le Royaume-Uni a prolongé jusqu’en 2036 un contrat sur l’utilisation de la base militaire avec les Etats-Unis. Celle-ci a joué un rôle stratégique clé lors de la Guerre froide avant d’être utilisée dans les années 2000 lors des conflits en Irak et en Afghanistan.

© AFP

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