Même dévastée, Beira veut relever le défi du changement climatique

Publié le : Last updated:

Temps de lecture : 3 minutes  

beira changement climatique

Dans le centre de Beira, le 21 mars 2019, deux jours après le passage du cyclone Idai
© AFP/Archives Yasuyoshi CHIBA

Maputo (AFP) – Depuis des années, Daviz Simango s’est dépensé sans compter pour protéger sa ville des effets du réchauffement climatique. Mais face au cyclone Idai, ses efforts n’ont pas pesé lourd. En quelques heures, Beira et son demi-million d’habitants ont été noyés.

Trois semaines après la catastrophe, le maire de la deuxième ville du Mozambique n’en revient toujours pas.

« Les inondations, les pluies, les variations du niveau de la mer, la destruction des côtes, Beira a été confrontée toute son histoire aux changements de climat », confie Daviz Simango. « Mais des vents de cette force-là, on en avait jamais connus (…) pour nous, ce qui s’est passé est le pire désastre mondial ».

Pour nombre de défenseurs de l’environnement, scientifiques ou dirigeants politiques, le passage du cyclone tropical Idai constitue en tout cas un avant-goût des menaces meurtrières que le changement climatique fait peser sur la planète.

Le 14 mai au soir, la cité portuaire de Beira et son centre à l’architecture coloniale « Art déco » ont été balayés par des trombes d’eau et des vents soufflant jusqu’à 240 km/h.

Arbres, pylônes et toits arrachés, voitures retournées, quartiers entiers noyés… Les dégâts sont considérables. Le dernier bilan provisoire livré par les autorités faisait état de près de 600 morts et de centaines de milliers de sinistrés.

Le cataclysme qui a frappé le Mozambique était redouté. Avec ses 2.500 km de littoral, le pays est chaque année une cible de choix des tempêtes qui se forment dans l’océan Indien.

Selon un classement établi par la Banque mondiale, le Mozambique figure, après la Somalie et Madagascar, au troisième rang des pays africains les plus menacés par les catastrophes naturelles.

Beira y est particulièrement vulnérable. Sa population a explosé de façon anarchique, sans les infrastructures de base, ni les ressources suffisantes. La catastrophe était inévitable.

« Idai a touché terre sur une ville en pleine croissance, géographiquement basse, le long d’une côte sensible aux tempêtes et victime de la montée du niveau de la mer », a énuméré le patron de l’Organisation météorologique mondiale, Petteri Taalas.

« Le cyclone Idai nous alerte sur les dangers du réchauffement climatique, spécialement dans les pays fragiles et à risque », a résumé le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres.

Beira et sa région se savent en première ligne de la bataille climatique depuis longtemps. En 2000, le cyclone Eline avait frappé au sud de la ville et fait déborder les fleuves. La ville de Chokwe, même à l’intérieur des terres, avait été engloutie.

Face à la menace, le maire Daviz Simango n’est pas resté les bras croisés. Des travaux de protection des bas-quartiers de Beira ont été engagés dès 2012, pour un coût de 120 millions de dollars financés par la Banque mondiale.

Onze kilomètres de canaux et des bassins de rétention ont vu le jour. Leur efficacité a déjà été démontrée.

« Les pluies qui sont tombées il y a deux ou trois mois n’ont pas noyé la zone industrielle parce que nous avons réussi à garder l’eau dans les bassins », se félicite M. Simango. « Nos infrastructures ont été conçues pour des vents de 120 km/h, (avec Idai) ils ont atteint 240 km/h. On va devoir s’adapter ».

Les scientifiques prédisent qu’avec le réchauffement actuel de la planète, la violence du cyclone Idai pourrait devenir la norme.

« L’intensité, plus que la fréquence, des cyclones tropicaux semble en progression dans le monde entier », fait remarquer le Pr Bob Scholes, de l’université du Witwatersrand à Johannesburg.

« Les études actuelles montrent que la force des précipitations et des tempêtes a probablement été aggravée par les conséquences des activités humaines sur le climat », renchérit son collègue Adam Sobel, de l’université Columbia à New York.

Face à de tels défis, les moyens du Mozambique, un des pays les plus pauvres du monde, apparaissent dérisoires.

La solidarité du monde riche, responsable de l’essentiel des émissions de gaz à effet de serre, s’annonce indispensable. Bien au-delà de l’appel aux dons de 251 millions d’euros lancé par l’ONU pour financer l’aide d’urgence des trois prochains mois.

« Je suis triste de dire que Beira va entrer dans l’histoire comme la première ville entièrement détruite par le changement climatique », a noté Graça Machel, la très respectée veuve de Nelson Mandela et du premier président mozambicain Samora Machel.

« Le Mozambique va avoir besoin de l’aide internationale pendant encore très longtemps », a-t-elle insisté.

Même s’il se plaint parfois des « interférences politiques » avec le pouvoir central de Maputo, Daviz Simango, élu de l’opposition naionale, veut croire qu’il peut sauver « sa » ville.

« Beira est vulnérable mais on ne pourra pas la déplacer », conclut le maire, « son importance est cruciale pour les pays voisins, leur développement dépend de Beira, celui du Mozambique aussi ».

© AFP

Media Query: