À New Delhi, riches et pauvres inégaux aussi face à la pollution

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Une famille indienne dans les rues polluées de New Delhi, le 5 novembre 2018
© AFP/Archives Prakash SINGH

New Delhi (AFP) – Plantes vertes et souffle de purificateurs d’air: à New Delhi, des enseignes fréquentées par la bourgeoisie indienne font désormais de la protection contre la pollution un argument commercial. Un privilège inaccessible au reste de la population, démuni face à l’air âcre et lourd de la capitale.

Dans la mégapole d’une vingtaine de millions d’habitants, qui souffre d’une des pires pollutions atmosphériques de la planète, un nombre croissant d’établissements fréquentés par les classes aisées se dotent de plantes vertes et de purificateurs d’air, assurant offrir ainsi un air plus pur.

Employé de bureau, Abhimanyu Mawatwal déjeune dans une cour couverte agrémentée de verdure au Worldmark Aerocity, un centre commercial et d’affaires proche de l’aéroport international. Dehors flotte un air grisâtre et vicié.

« J’adore venir ici pour mes repas. C’est comme prendre une rapide bouffée d’oxygène », décrit-il à l’AFP, entouré de plantes grimpantes et de petits cours d’eau artificiels, respirant un air filtré par d’onéreuses machines.

Cinémas, bars ou restaurants chics, la plupart des endroits vantant la qualité de leur air ne disposent toutefois d’aucun compteur de pollution à l’intérieur de leurs locaux. Il est donc difficile de connaître, derrière la tendance marketing, l’efficacité réelle de ces dispositifs.

« Nous devons apporter de la verdure dans les jungles de béton et créer des endroits où tout le monde peut venir respirer du bon air », déclare S. K. Sayal, PDG de Bharti Realty, une entreprise qui possède le centre commercial Worldmark Aerocity.

Cependant, seule une minorité fortunée peut s’offrir ce luxe. Au Worldmark Aerocity, certains plats coûtent presque deux fois le salaire mensuel de Ramavtar Singh, un conducteur de cyclo-rickshaw de 39 ans.

Ce père de cinq enfants fait partie de l’armée de petites mains qui permet à la gigantesque cité de tourner. Sans moyen de se mettre à l’abri, ces travailleurs pauvres sont les plus vulnérables à l’air toxique.

La seule protection de Ramavtar contre la pollution est un mouchoir qu’il noue parfois autour de son visage, une barrière dérisoire contre les microscopiques particules qui s’infiltrent dans le sang à travers les poumons et accentuent les risques de maladies.

« Je travaille six à huit heures par jour et mes enfants mangent et dorment dehors la majorité de l’année », raconte-t-il à l’AFP, en se restaurant pour quelques centimes à un étal de rue.

Il gagne autour de 1.200 roupies (15 euros) par mois: hors de question d’acheter pour sa famille l’un de ces purificateurs d’air électroniques dont s’équipent les foyers riches et les expatriés, qui coûtent des centaines d’euros.

Ramavtar n’envisage pas non plus de se rendre dans un lieu comme le Worldmark Aerocity pour y chercher un répit face à la pollution: « Que ferais-je si je dépensais tout mon argent sur un seul repas? Comment nourrirais-je ma famille? »

En 2017, la pollution de l’air a causé 1,2 million de décès prématurés en Inde, selon l’estimation d’une étude récente parue dans la revue scientifique The Lancet.

New Delhi a connu cette année-là une concentration de particules fines PM2.5 de 113 microgrammes par mètre cube d’air en moyenne, selon le site AirVisual. L’OMS recommande pour la santé un seuil maximal de 10 microgrammes en moyenne annuelle. En comparaison, la moyenne de Paris sur la même période était d’environ 15.

En Inde, « les riches et les pauvres doivent respirer le même air empoisonné. Mais les pauvres sont plus exposés à la pollution », explique à l’AFP Sunil Dahiya, membre de Greenpeace India.

« La plupart du temps, ils ne connaissent même pas les effets que l’air toxique a sur leur santé. Les communautés pauvres perdent clairement sur toute la ligne ».

© AFP

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